CHAPITRE XL
DE LA CONJOI^GTÎON.
Les difFérentes sortes de mois que nous avons fait connoître jusqu'ici, les Verbes, les Noms, les Articles, les Adjectifs, les Pronoms, les Prépositions et les Adverbes, concourent à former les Propositions, et à déterminer les rapports qui se trouvent entre les différens termes d'une même Proposition. Mais de même que les différens termes d'une Proposition sont en rapport les uns avec les autres , il arrive
bas, Je passerai par chez vous pour me rendre aupaîais^ De par le roi et justice.
La manière d'analyser ces sortes de constructions est de ne considérer dans ce cas la seconde Préposition avec son complément, que comme formant un seul tout; et effective ment ces complémens composés chez le roi, en haut, en bas, chez vous, par le roi, équivalent à la demeure royale, le lieu haut, le bas, votre logis, Vautorité royale : de même les Adverbes ici, là, oii, quand, peuvent être considérés comme des Noms, et équivalent à ce lieu-ci, ce lieulà, quel lieu ? quel temps ?
On a des exemples pareils en latin , comme dehinCy exindè, desursiim, etc.
aussi que diverses Propositions ont entre elles des rapports qu'il est nécessaire d'exprimer dans le discours.
Tantôt une Proposition est opposée à celle qui la précède, tantôt elle en dépend comme d'une condition nécessaire, tantôt elle lui sert de complément. Chacun de ces caractères doit être exprimé par un signe particulier, qui indique la dépendance mutuelle de ces Propositions, et la nature de leurs rapports. Eclaircissons cela par des exemples. Dieu a parlé, et tout a été fait: il a coniinandé , et tout a été créé. Dieu a parlée voilà une Proposition complète: Tout a été fait ^ en voilà une autre tout aussi complète. Le mot et qui les joint, n'appartient ni à l'une nia l'autre : il ne sert qu'à les lier , et à indiquer que la production de toutes choses a été une suite de la parole de Dieu. Il en faut dire autant des deux Propositions suivantes : // a été commandé. Tout a été créé. Chacune d'elles isolée forme un sens parfait : le mot et qui les unit, indique que l'efTet exprimé par la seconde, a eu pour cause le commandement de Dieu, que la première exprime.
Autre exemple: Cicéron dans sa jeu-nessefut couvert de gloire i mais s a vieil-
lessefut troublée par les malheurs de la République. Il y a ici deux Propositions complètes : le mot mais n'appartient ni à l'une ni à l'autre : il indique l'opposition qui existe entre la pensée exprimée par la première Proposition, et celle que contient la seconde.
F^ous viendrez dîner ici demain^ si vous voulez me faire plaisir. Il y a encore ici deux Propositions: l'une est Vous viendrez dîner ici demain -, l'autre Kous vou^ lez me faire plaisir: le mot ^/ qui joint ces deux Propositions , fait connoître le rapport conditionnel qui est entre elles.
Dieu veut que nous aimions notre prochain. La première Proposition est , Dieuveut\ la seconde, Nous aimions notre prochain. En effet, on pourroit exprimer le même sens sous une autre forme , en disant: Aimons notre prochain , Dieu veut cela \ et sous cette forme, on sent facilement la distinction des deux Propopositions. Le mot que qui lie ces deux Propositions, indique que la seconde est le complément de la première.
// pleu^>ra demain^ ou ilfera un grand vent; car le baromètre descend. Voilà trois Propositions : les deux premières sont liées
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par le mot ou qui indique le doute et Falternative 5 elles sonl liées l'une et l'autre avecla troisième par le mot car^ quiindi-^ que que les deux premières sont une conséquence de la troisième, que l'abaissement du mercure dans le baromètre est le motif qui me fait jnger qu'il pleuvra demain 5 ou qu'il fera grand vent.
Quoique ces mots et^ oii^ si^ que^ car^ mais ^ aient des significations bien différentes, ils ont tous néanmoins un usage commun,jc'estde lier diverses Propositions, et d'indiquer qu'elles ont un rapport entre elles (i): c'est pour cela qu'on les nomme Conjonctions^ mais les Conjonctions ne se bornent pas à cette indication vague d'un rapport, elles déterminent aussi la nature de ce rapport.
On peut souvent, au moyen d'une Conjonction, réunir plusieurs Propositions en une seule : ainsi l'on dit : Dieunous a faits pour r adorer et le sentir ^ ce qui équi-
(i)Les conjonctions et et ni sont aussi employées à lier les parties d'un sujet ou d'un Attribut simple complexe. Exemples, Aimer Dieu et vivre suipant ses passions^ cest une chimère. Ne craindre ni Dieu ni les hommes, ni le témoignage de sa conscience ^ cest le caractère d'un scélérat qui doit être proscrit de la société.
DE GRAMMATRE GÉNÉRALE. 67
vaut à ces deux Propositions : Dieu nous n faits pour r adorer ^ et il nous a faits pour le servir. Ne soyez ni avare ni prodigues , équivaut à ces deux Propositions: Nesojez point avares et ne soyez point prodigues. Ce n'est pas Vhoraine quil faut craindre^ mais Dieu^ équivaut à celles-ci : Ce n'est pas V homme quil faut craindre^ mais cest Dieu quil faut craindre.
[ Les conjonctions ne se bornent pas à indiquer les rapports qui sont entre diverses Propositions: ellesdëterminentde plus, comme nous l'avons dit , la nature de ces rapports : elles sont donc les exposansdes rapports établis entre deux Propositions qui sont les termes de ces rapports, l'antécédent et le conséquent, de même que les Prépositions sont les exposans de rapports qui existent entre deux Noms, ou entre un Verbe et un Nom.
Mais ces rapports sont encore indiqués assez fréquemment par une variation dans la forme du Verbe de la Proposition qui sert de terme conséquent, ou même dans celle des Verbes des deux Propositions.
La même chose a lieu, comme nous l'avons déjà insinué , dans le rapport établi
entre un Verbe et un Nom. Dans certaines langues , ce rapport déterminé par la Préposition , est encore indiqué par le Cas auquel se met le conséquent ou complément de la Préposition. Ainsi en îalin on dit: Eo adurbem^ Je vais à la ville-, J^enioaburbe^ Je viens de la ville. La nature du rapport qui est entre eo, je vais, et urbs ^ la ville, est déterminée , et par la Préposition ad à , et par la finale em du mot urbem. La nature du rapport qui est entre venio^]Q viens, et urbs^ la ville, est déterminée, et par la Préposition ab de, et par la finale e du mot urbe.
Il en de même entre deux Propositions formant les deux termes d'un rapport dont la Conjonction est l'exposant. Ainsi, si Ton dit : Je veux que tu saches ta leçon , il y a là deux Propositions en rapport : Fantécédent est , Je veux ; le conséquent , tu saches ta leçon. I/exposant est que : il détermine la nature du rapport qui est un rapport de subordination ; mais elle est encore indiquée parla forme du Verbe tu saches.
On dit de même : Les hommes seroient heureux ^ s'ils étoient vertueux. La Conjonction ^s-/ détermine la nature du rapport qui est entre ces deux Propositions et qui
est un rapport de supposition 5 mais, outre cela, la nature du rapport est encore indiquée parla forme du Y erhe seroîent.
Ces variations dans la forme des Verbes, sont ce qu'on appelle des Modes :
nous en parlerons ailleurs. ]