‹ Principes de grammaire générale, mis à la portée des enfans, et propres à servir d'introduction à l'étude de toutes les langues;Chapitre 23 sur 53 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

PE l'adverbe.

Il n y a point de rapport qui ne puisse être exprimé par une Préposition suivie de son complément, ou par un complément immédiat; mais il arrive souvent qu'au îicu d'employer une Préposition et son complément, on emploie un seul mot qui réunit tout à la fois la valeur de la Préposition et celle du complément. Ainsi au lieu de dire : J^wre dans la tranquil-lité^ marcher a\?ec lenteur^ écrire avec vitesse , parler d'une manière hardie , être riche avec excès ^ on peut dire: Vivre tranquillement ^ marcher lentement , écrire vite, parler hardiment, être trop liche : ces mots sont nommés adverbes.

Tout Adverbe équivaut à une Préposition suivie de son complément -, mais toute Préposition suivie de son complément ne peut pas, dans toutes les langues, être

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remplacée par un Adverbe (i): car il y a dans chaque langue des Adverbes qui n'ont point de mot équivalent dans les autres langues. Ainsi les Adverbes latins

(i) Gebelîn veut que l'Adverbe ne modifie jamais que l'action ou la m anière d'être comprise dans le Verbe, et il dit que ces phrases : // est extrêmement beau. Il est véritablement Roi, c'est le verbe et non l'Attribut qui est modifié par TAdverbe. Je crois cela faux : le Verbe abstrait n'indiquant que l'existence du Sujet, avec relation à un Attribut indéterminé, n'est susceptible d'aucune modification, à moins que ce ne soient des modifications circonstancielles de temps ou de durée, comme sont celles que renferment en arabe les Verbes qui signifient être au matin, être avec continuité^ être le soir.

Gebelin dit encore que les Adverbes, dans leur sens absolu, nes'emploientjamais qu'avec les Verbes. Mais il en est de même de tous les termes circonstanciels: ils modifient toujours un Verbe. Et si les Adverbes s'emploient avec les Verbes dans un sens absolu, c'est que ces Verbes renferment un Attribut que l'adverbe modifie, comme: Il j^eint supérieurement, c'est-à-dire. Il est peignant supérieurement, L'Adverbe ne modifie doncjamaisleVerbe, mais toujours l'attribut, et s'il paroît modifier les Verbes concrets, c'est que ces Verbes renferment un attribut. Quelle différence y a-t-il donc entre un Adverbe etunePrépositionsuivied'un complément? Aucune : car dans les langues qui n'ont point de Préposition , et qui ont pour y suppléer une multitude de Cas , tous ces Cas peuvent être regardés comme des Ad-

sursùm^ deorsùm ^ dextrorsùm^ sinistrorsùin ne peuvent se rendre en français qne par ces expressions , en haut^ en bas^ à droite y à gauche ^ qui renferment des Prépositions suivies de leurs complëmens.

verbes. D'un autre côté, il est certain qu'une langue pourroit se passer absolument d'Adverbes 5 mais ia réunion d'une Préposition et de son complément en un i^dverbe, n'a lieu en général que lorsque le Nom qui sert de complément exprime une idée vague ou abstraite, ou une qualité : elle a lieu rarement quand le Nom est appellatif ( on dit cependant pédesîrement, mais on ne dit pas cai^alièrement, ni équestrement -^Qwv à cheval) y et ne se rencontre jamais, dans la plupart des langues, quand le complément est un Nom propre. En grec il y a une exception pour les Ko m s de lieux.

De ce que je dis qu'il n*y a point dans le principe de différence entre une Préposition suivie de sou complément et un Adverbe, on ne doit pas conclure que dans une langue quelconque on puisse toujours employer indifféremment la Préposition suivie de son complément ou l'Adverbe équivalent. L'usage peut à cet égard avoir introduit des nuances délicates, auxquelles il est essentiel de se conformer: en français, par exemple, malignement peut se prendre quelquefois en bonne part d'une espièglerie ou d'un badinage innocent, ce qu'on ne pourroit pas faire de l'expression avec malignité. Mais ces nuances introduites par l'usage ne nuisent pas au principe^ qui est confirmé par la comparaison de diveises îansfues.

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Enarabe, au contraire, il n'est aucun Nom, aucun Verbe , aucun Adjectif qui ne puisse devenir Adverbe. C'est ainsi qu'en grec, au moyen d'une terminaison particulière, tous les Noms propres de lieux peuvent devenir Adverbes, et que Ton dit en un seul mot, d'Athènes^ à Athènes ^ àd.ns ces expressions: Venir d Athènes ^ aller à Athènes.

Les Adverbes serventà exprimer les circonstances qui accompagnent l'action, telles que les circonstances de temps, du lieu, d'inslrument , de manière. Ces circonstances se trouvent réunies dans l'exemple suivant: Hier je suis revenu ici pédes-^ trement^ très-vite. Us servent encore à modifier l'Attribut compris dans le Verbe, et l'Adjectif qui est de sa nature Attribut. Ainsi l'on dit : // écrit passablement , // est mort courageusement ^ Il a été battu rudement^ Il est extrêmement sage^ Il est puissamment riche. Plusieurs Adverbes sont susceptibles eux-mêmes d'être modifies par d'autres Adverbes. Les Adverbes qui peuvent être modifies par d'autres Adverbes, sont ceux qui expriment une qualité susceptiblede plus ou de moins. Les Adverbes qui servent à en modifier

d'autres, sontccux qui expriment la quantité, comme plus^ moins ^ très^ peu^ trop^ fort^ extrêmement^ aussi ^ etc. Ainsi Ton dit \ plus longuement^ très-sagement^ mais on ne peut pas dire : plus ou trèspremièrement.

Ces Adverbes de quantité qui servent à modifier les Adverbes de qualité peuvent aussi se modifier les uns les autres. On dit fort bien, par exemple: Il est infiniment plus sage , // se conduit très-peu sagement.

Certains Adverbes, et spécialementceux qui indiquent des circonstances de lieu , peuvent servir de complément aux Prépositions. C'est ainsi qu'on dit: Allez d\ci àRome^ Ilest ^enude la en peu de temps, Par où avez-vous passé'^ D'ov venezvous? A quajnd me remettez-vous (i)?

(i) Nous avons dit précédemment que les Adverbes équivalent à une Préposition et à son complément : il pourroit paroître extraordinaire par cette raison, que les Adverbes servissent de complémens à des Prépositions. Mais on cessera de s'en étonner, si l'on fait attention qu'il n'est pas rare qu'une Préposition ait pour complément une autre ^Préposition suivie elle-même d'un complément. C'est ainsi qu'on dit : // sort de chez le roi, La foudre descend quelquefois d'en haut, et quelquefois elle s^élève d^en

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