DES CAS
Ce que c'est que décliner et déclinaison.
Nous avons déjà vu (i) précédemment qu un Nom peut être en rapport avec un autre Nom ou avec un Verbe ou un Adjectif. Nous avons vu aussi que la nature de ce rapport peut être déterminée de plusieurs manières. Tantôt elle l'est par une Préposition, comme dans ces exemples :
t amour de la patrie^ venir à Rome, fidèle à Dieu. Tantôt elle l'est par la place que les deux mots en rapport occupent dans la Proposition , comme dans cellesci : Pauline aime Sophie , Sophie aime Pauline. Tantôt enfin ce rapport est déterminé par une variation dans la terminaison du Nom qui sert de terme conséquent au rapport, ou de celui qui sert d'antécédent , ou même de tous les deux. Quelquefois aussi plusieurs de ces moyens sont employés en même temps.
Prenons pour exemple ces deux Noms,
(i) Voje:^ cl- devant, première partie, chap. IX.
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le IwreetDieii. Je veux indiquer un rapport dont le terme antécédent estle Iwre^ et le terme conséquent est Dieu^ et la nature de ce rapport est un rapport de propriété. Je l'exprimerai en français, ea employant la Préposition de ^ que je placerai entre les deux termes du rapport, et je dirai le livre de Dieu.En latin, le Iwre se dit liber ^ et Dieii^ Deus ; mdi'is , pour exprimer ce rapport , je changerai la terminaison du mot Deus, et je dirai Dei. Je dirai donc, liber Dei ou Del liber ^ indifféremment : la terminaison suffisant pour distinguer, entre les deux termes du rapport , Tantécédent du conséquent, je serai libre de les disposer de l'une ou de l'autre manière, sans qu'il en résulte aucune différence dans le sens.
Si au lieu d'un rapport de propriété , qui s'exprime en français par la Préposition de , je vouiois exprimer un rapport qui indiquât le terme d'une action , j'emploîrois en français la Préposition à^ comme dansées phrases : êtrejfidèle àses amis^ donner V aumône à un pauvre. En latin , Jidèle se dît Jidelis\ et amis^ amici. Pour faire connoître que le mot amis est ici le terme conséquent d'un rapport dont fidèle
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est rantécédent 5 et indiquer en même temps la nature de ce rapport, on change la terminaison ide amici en is^ et on dit, fidelis amicis. Dans l'autre exemple, don-^ ner V aumône à unpauvre^ le Verbe donner est le terme antécédent de deux rapports, dont le premier a pour terme conquent V aumône , et le second a pareillement pour terme conséquent U7i pauvre.
Aumône se dit eleemosjna , et pauvre, egeizus ;m^is pour indiquer que le mot aumône est ici le terme conséquent d'un rapport dont donner est le terme antécédent, on change la terminaison a cVeleemosjna^ en am; et pour indiquer qu'w7^ pauvre est le terme conséquent d'un autre rapport dont donner est aussi Fantécédent, on change la finale us d'egenus^ eno, et on dit : Dure eleemosynam egeno» Ces terminaisons expriment en même temps la nature du rapport , et au lieu qu'eu français les deux termes conséquens doivent être placés après leurs antécédens , en latin , où les terminaisons empêchent qu'on ne confonde les conséquens avec >les antécédens , on peut mettre indifféremment les deux conséquens , ou l'un d'eux, avant rantécédent. On peut donc
dire: Eleemosjnam egeno dare, ou egeiio dare eleeomosjnam.
Ces variations dans la terminaison des JNomssont nommées Cas^ d'un mot latia qui signifie chute^ désinence^ parce qu'eu latin, c'est sur la finale des Noms que tom^ bent ces variations (i).
L'usage des Cas n'est point absolument nécessaire. On peut s'en passer tout-à~fail, comme nous le voyons en français et dans beaucoup d'autres langues ; et alors on emploie , pour indiquer et déterminer les rapports , des Prépositions , ou d'autres moyens , tels que la disposition des mots dans la phrase.
Les langues qui admettent des CaSp n'en
(i) Je n'ignore point que les écrivains latins pa* roissent avoir entendu par le mot casus , plutôt les circonstances qui accompagnent une action, et les rapports qu'ont entre elles les idées exprimées par les mots, que les injlëxicns ou désinencss^ destinées Q caractériser et faire reconnaître ces circonstances et ces rapports. Eu s'en tenant à cette signifieatioa du mot casusy il faut de nécessité admettlre avec Sanctius, qu'il y a des Cas dans toutes les langues, ou plutôt, il faut dire que les Cas ne sont pas dans les langues, mais sont dans la nature des choses et dans les rapports mutuels des choses et des idées. Je ne pense pas cependant que l'on doive dire aves ce Grammairien, que les Cas naturels sont au nom-
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ont pas toutes le même en nombre. Les Latins en ont six, les Grecs n'en ont que cinq, les Arabes n'en ont que trois. Ea Suédois, au contraire , en lapon, en hongrois , en groënlandais ^ en basque, il y en a un plus grand nombre.
[ Si le nombre des Cas étoit égal à celui des rapports qui peuvent exister entre les les Noms et les diverses parties du discours auxquelles les Noms peuvent servir de complément , les Prépositions ne seroient d'aucune utilité ; et, sans doute , les langues qui admettroient cette abondance de Cas, n'auroient point de Prépositions. Chaque Cas alors, en même temps qu'il indiqueroit le terme conséquent d'un rapport, r^mpliroit la fonction d'exposant^
brc de six. Au surplus, j'ai cru devoir prendre le mot Cas dans la signification que lui donnent la plupart de nos Grammairiens, et qui semble autorisée par le mot ttIcûois, dont les Grammairiens grecs se servent pour exprimer la même idée. En ce sens, on doit dire que certaines langues ont des Cas, tandis que d'autres n'en ont point. Si Ton s'en tenoità la signification plus rigoureuse du mot Cas, on devroit dire que, dans daus certaines langues, les noms admettent des inflexions ou des désinences, destinées à exprimer les Cas, tandis que ces signe* ou exposans des Cas manquent tout-à-fait dans d'autres idiomes.
et dermiiieroit d'une manière précise la nature de ce rapport : tous les Cas renferineroient donc la valeur d'une Prëpositioa et de son complément 5 ils seroient ainsi de véritables Adverbes (i).
Le nombre des Cas, au contraire, étant fort au-dessous de celui de tous les rapports possibles, un même Cas est nécessairement employé pour indiquer les termes conséquens de difFérens rapports ^ d'où il résulte que , pour déterminer la nature des rapports, il faut encore des exposans, qui sont les Prépositions. Ainsi, en latin^ le Cas nommé Accusatif ^ sert de terme conséquent à plusieurs rapports, dont les exposans sont les Prépositions ad^in^ pei\ etc.
Un même cas peut aussi être employé tantôt avec une Préposition , tantôt sans Préposition. L'accusatif latin en fournit , encore un exemple. *
Ce que je viens dire ne concerne que les Cas qui servent à indiquer les termes . conséquens des rapports. Les Noms étant ? souvent employés sans aucune dépendance avec ce qui précède, comme sujets
(1/ To^. ci-devant, première partie, chap. S, p.^.
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d'une Proposition , comme termes antécëdens des rapports, ou comme Compellatifs, il doit aussi y avoir des inflexions destinées à indiquer ces diverses fonction^.
D'après ces observations, je crois que l'on peut diviser les Cas , d'une manière gérérale^ en Cas adverbiaux ^ complémentaires et absolus.
J'appelle Cas adçerbiauœ^ ceux qui ne servant jamais de complément à une Préposition , renferment toujours Fexposant du rapport dont ils forment le terme conséquent : tel est en latin et en allemand le Génitif 5 et en latin seulement le Datif.
Je nomme Cas complémentaires^ ceux qui admettent soit nécessairement , soit seulement dans certaines circonstances, l'emploi d'un exposant, pour déterminer la nature du rapport dont ils forment le terme conséquent. L'Acusatif et l'Ablatif en latin sont des Cas complémentaires.
Enfin, je donne le nom de Cas absolus à ceux qui servent uniquement à caractériser les circonstances où les Noms sont exempts de toute dépendance antécédente; tels sont le Nominatif lÊt le Vocatif en latin.
Dans la langue arabe, il n'y a que trois
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Cas, l'un absolu, le second complémentaire , le troisième adverbial.
Les Cas absolus ne sont pas nécessairement bornés à deux. Il peut y avoir, et il y a en effet dans quelques langues plusieurs formes de Nominatifs et de Vocatifs, soit pour distinguer le rang et la qualité des personnes de qui l'on parle , ou auxquelles on adresse la parole , soit pour caractériser les diverses natures de Propositions actives , passives et neutres , indicatives , interrogatives, impératives, suppositives, conditionnelles, etc. Le sujet pourroit être aussi indiqué par des Cas différens , dans les Propositions principales ou subordonnées , complémentaires ou incidentes. Ce seroient de vrais Modes dans les Noms , comme on le verra quand nous définirons la nature et Fusasse des Modes dans les Verbes. C'est ainsi qu'en latin, dans les Propositions directes, soit principales, soit subjonctives, ou simplement conjonctives, le Verbe étant à l'un des Modes personnels, le Sujet se met au Nominatif; que dans les Pronositions complémentaires, le Verbe étarrrà llnfinitif, le Sujet se met à l'Accusatif ; et qu'enfin dans les Propositions que l'on nomme ordinairement ab-
solues^ et que j'aime mieux nommer adverbiales^ \q Verbe 5 s'il y eu a un, est toujours au Participe, et le Sujet toujours à rAbîatif, ainsi que TAltribut , soit qu'il soit Verbe ou non.
Pour me faire mieux comprendre, je vais donner des exempks de ces diverses Propositions en latin.
Propositions directes : Deus nobis hœc otia FEciT. Sic tibi , cum fluctus subterlabere Sicanos ^ doris amara suam non
INTERMIGEAT UndaïU.
Proposition complémentaire: Spero te