‹ Principes de grammaire générale, mis à la portée des enfans, et propres à servir d'introduction à l'étude de toutes les langues;Chapitre 39 sur 53 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

YOIX DES VERBES.

Voix subjective, objective et neutre, Yerbes absolus , relatifs et doublement relatifs. Terbes trainsîlifs et intransitifs. Verbes réfléchis. Formes dérivées des Yerbes. Verbes dont le Sujet est exprimé d'une manière indéterminée.

LEVerbe attributif, outre l'idée deFexistence avec relation à un attribut, renferme encore FAltribut. Cet Attribut exprime toujours, ou une action ou une qualité. Dans TAttribut qui exprime l'idée d'une action, cette action peut être considérée par rapport au Sujet qui agit, et comme proditile par lui , et alors TAtknbut se nomme actif; ou par rapport à la personne ou à la chose sur laquelle tombe l'action, et comme faite stir cette personne ou sur cette chose, abstraction faite de l'agent et de son concours, et alors l'Attribut se nomme passif» Si l'Attribut n'exprime qu'une qualité, une manière d'être qui appartient au Sujet, on l'appelle neutre j mot qui signifie qu'il n'est ni actif ni pas-

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sif. Dans cet exemple, ye lirai ce livre ^ ce qui équivaut k je serai lisant^ l'Attribut est actif: car lire est ici une action du Sujet. Dans cet autre exemple^ Ce livre sera lu, l'Attribut est passif: car lire est ici une action dont le livre est l'objet, et qui sera faite sur le livre par un autre agent. Si je dis, Ce livre vaut 6 francs^ l'Attribut est neutre^ car vaut signifie est valant^ et valant n'est ni actif ni passif.

Des deux points de vue ditFërerens sous lesquels on peut envisager la même action, naissent naturellement deux formes nommées Voix^ l'une active^ V^xxXxe passive. Les Attributs neutres pourrôîent produire une troisième Voix, consacrée aux Verbes neutres.

Cependant il n'y a à cet égard aucune uniformité dans les langues. Les unes, comme le copte, n'ont qu'une seule Voix 3 d'autres en ont deux, ou même trois, sans qu'aucune de ces Voix soit exclusivement affectée à la signification active, passive ou neutre. En Jatin, par exemple, on appelle communément Verbes actifs , tous ceux dont l'Infinitif se termine en re, comme azTzare aimer, %e/-^lire, docere enseigner. Cependant vapulare est un

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verbe passif, car il signifie être battu: cô qui n'est assurément pas une action du Su» jet; constaw ccûler, valere pouvoir, sont des Verbes neutres ; prœstare^ signifiant être supérieur en prix ^ est neutre ; signi» fiant payer y il est^actif. Les Verbes dont rinfinitif se termine en f , sont nommés communément pa^xf/i"^ comme, amari être aimé, legi être lu, doceri être enseigné: cependant, sequi suivre, hortari exhorter, sont certainement actifs; Icetari se réjouir est un Verbe neutre (î).

11 faut donc bien distinguer la Voix d'ua Verbe, de sa significalion. Pour faciliter cette distinction, je nomme Verbe actifs tout Verbe qui contient un Attribut dans lequel l'action est considérée comme faite par le Sujet, et Verbe passifs tout Verbe qui contient un Attribut dans lequel Taclion est considérée comme soufferte par le Sujet j et produite sur lui par un autre

(i) On a, îl est vrai, distingué ces derniers par ]e nom de Verbes cUponens, Mais il eût mieux valu généraliser Tobservation , et faire remarquer qu*il 5e trouve des Verbes passifs et neutres sous chacune de ces deux formes 5 et , au lieu de nommer ces formes active et passive, on auroit pu les nommer formes en o et en 07?.

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agent. J'appelle p'^oijc subjective^ celle qui est le plus ordinairement affeclée au Verbe actif, et T^oix objective^ celle qui est le plus ordinairement affectée au Verbe passif. Quant aux Verbes neutres , s'ils ont une forme particulière, je la nomme Voix neutre.

Un Verbe qui est actif dans «ne langue^ ne peut avoir pour correspondant exact, dans toute autre langue, qu'un Verbe actif. Un Verbe qui est passif dans une langue , ne peut de même avoir pour correspondant exact, dans toute autre langue, qu'un Verbe passif. Mais un Verbe dont la forme est subjective dans une langue, peut avoir pour correspondant, dans une autre langue , un Verbe à forme objective , et à un Verbe dont la forme est objective^ peut répondre un Verbe dont la forme soit subjective. Ainsi sequi^ Verbe actif, a eu latin la forme objective, et il répond en français au Verbe suivre ^ qui a la forma subjective.

Dans quelques langues, la Voix objective se dérive de la Voix subjective , par une variation dans la terminaison, comme en latin /eg*o, jelis, legor^jQ suis lu, ou dans la forme même du Verbe, comme en

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turc, sevmek aimer, sevilmek être aimé; dans d'autres laugues, elle se forme par la réunion du Verbe e^reet de l'Attribut passif, comme en français, être lu.

[ Le changement de l'attribut Actif en un Attribut passif, est d'une grande utilité dans le discours. L'usage du passif peut être réduit à trois objets.

Le premier et le principal emploi de la Voix passive, est d'exprimer une actioa sans exprimer le Sujet qui agit, ce qu'on est* souvent obligé de faire , soit parce qu'on ne connoît pas le Sujet qui agit , soit parce qu'on ne veut pas le faire connoître à ceux à qui l'on parle. Ainsi je dirai : Siéphanie a été contrariée ^ car elle pleure^ parce que je m'aperçois à ses pleurs qu'elle a éprouvé quelque contradiction , sans que je sache quelle est la personne qui l'a contrariée. Je dirai de même: On assure que Ganganelli a été empoisonné ^ soit parce que j'ignore à qui l'on attribue ce crime, soit parce que je ne juge pas à propos de le faire connoître.

Quelquefois on emploie le Passif, quoique l'on exprime en même temps le Sujet par lequel l'action a été faite, et c'est le second usage du Passif. On a recours à

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cette forme de Proposition, principalement lorsqu'on veut fixer l'attention de ceux à qui l'on parle, sur la personne ou la chose qui est l'objet de l'action, plutôt que sur le Sujet qui agit. Alors le Sujet n'est exprimé que comme une circonstance de l'action, au moyen d'une Préposition à laquelle il sert de complément. Que je raconte l'histoire de la vie de Britannicus , je la terminerai en disant : Britannicus fut empoisonné à la table de Néron , et par Néron lui-même. Mon objet principal est Britannicus, et c'est pour cela que je me sers du Passif, et que j'exprime le Sujet comme un terme circonstanciel, en, disant , par Néron lui-même. Si , au contraire, j'avois pour but de faire le détail des crimes de Néron, je dirais : Néron em-poisonna à sa propre table Britannicus ^ parce que je m'occuperois moins de faire connoître la cause de la mort de Britannicus, que le crime Néron,

Ce second usage du Passif a surtout lieu dans les langues où la construction est fixe et admet peu d'inversions.

Troisièmement enfin, on emploie le Passif pour varier l'expression et donner plus de grâce au discours.

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L'usage du Passif n'est pas cependant d'une absolue nécessité. Il y a des langues» telles que le copte, qui n'ont point de Voix passive. Dans ce cas , quand le Sujet qui agit est inconnu, ou qu'on ne veut pas l'exprimer, on se sert d'un Sujet vague et indéterminé. Ce Sujet est ordinairement le pluriel du Pronom de la troisième Per* sonne. Ainsi, au lieu de dire: Stéphanie a été contrariée^ car elle -pleure , on diroit: Ils ont contrarié Stéphanie ^ car^ elle pleure.

Cette forme d'expression est aussi usitée dans les langues même qui admettent une Voix passive. Ainsi on dit en \^\ax\ ^ ferunt^ ils rapportent, quoique l'on puisse dire, fertur^ il est rapporté.

Quelques langues ont des mots destinés à exprimer le Sujet d'une manière vague et indéterminée. Tels sont les mots on en français, et man en allemand. Par le secours de ces expressions, on peut employer la Voix active, sans déterminer le Sujet.}

La réunion de toutes les variations dont un même Verbe est susceptible, pour indiquer les Voix, les Temps, les Modes, les Genres, les Nombres et les Personnes se nomme Conjugaison; et réciter un

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Verbe, en le faisant passer successivement par toutes ces variations, c'est ce qu'on appelle le co?ijuguet\

Parmi les Verbes, il y en a qui sont absolasd'autresqui sont relatifs. On appelle absolus ceux qui renferment en eux-mêmes unsenscomplet, comme : je dors^ j'éveille. On nomme relatifs^ ceux qui exigent un complément, comme : je possède, je vois , je regarde: car,pourla plënitudediisens, il est nécessaire d'ajouter quelle est la chose que l'on possède, que Ton voit, que l'on regarde; et si l'on supprime quelquefois le complément de ces Verbes, ce n'est que parce que ceux à qui Ton parle , peuvent le suppléer.

Souvent les mêmes Verbes sont susceptibles d'être employés, tantôt dans un sens absolu, tantôt dans un sens relatif. Ainsi, on dit: Je veille depuis hier matin , sens absolu -, Je veille ce jeune homme de peur qu'il ne fasse des sottises ^ sens reiatif.

Plusieurs Verbes exigent deux conipiémeus. Tel est le Verbe donner^ qui suppose nécessairement une chose que l'on donne , et une personne à qui on la donne. On pourrait appeler ces Verbes doublement relatifs.

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Les Verbes relatifs se joignent à leurs complëmens, ou immédiatement, ou médiatement. Je nomme transitifs ceux qui se joignent à leurs complëmens immédiatement-, j'appelle les autres intransitifs. Ainsi , en français , lire est un Verbe transitifs car il prend son complément immédiatement: Je lis le Cid ; venir est ua Verbe intransitif ^ car il prend son complément par rintermède d'une Préposition:

Je viens de Rome ^ je viens de Paris (i).

Un Verbe peut donc être transitif dans une langue, et avoir pour correspondant, dans une autre langue, un Verbe intransitif: car d'après la définition que j'ai donnée de ces deux dénominations , elles tiennent essentiellement, non à la signification du Verbe , mais à la manière dont il se joint avec ses complëmens. Venir ^^l intransilif en français , en arabe il est transitif ; saluer est transitif en français, intransitif en arabe.

(i) La relation qui est entre uu Yerbe et son complément, peut être envisagée comme une sorte de dominalioii que le Yerbe exerce sur son complément ^ et par cette raison on donne aussi au complément le nom de Régime , et on dit que le Verbe gouverne ou rép;^ son complément , du mot latia regere, gouverner.

[Dans les Verbes transitifs , le Verbe qui est le terme antécédent dW rapport, détermine en même temps la nature de ce rapport^ ou ce qui est la même chose, fait en même temps la fonction d'exposant. Si le complément du Verbe est indiqué par une de ces inflexions dans la forme des Noms, que Ton nom.meCas, c'est cette inflexion qui remplit véritablement la fonction d'exposant. Dans lesVerbes intransi tifs, ]a nature du rapport est déterminée par une Préposition. Un Verbe qui a deux compîémens^est leplus souvent transitif, par rapport à l'un, et intransitif, par rapport à l'autre. Ainsi, en français, donner est transitif, par rapport à la chose que l'on donne et intransitif, ^ar rapport à la personne à laquelle on donne. Exemple: T ai donné un soufflet à cet insolent. Dans d'autres langues , le Verbe qui répond à donner est transitif, par rapporta la personne à 'laquelle on donne , et intransitif, par rapport à la chose donnée. Au surplus, ces différences tiennent le plus souvent à quelques nuances différentes dans la signification. C'est ainsi que Ion dit en latin: Dare poculum Tytiro^ et donare Titjrumpoculo^ phrases qui reviennent

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à peu près au même, sans que néanmoins le Verbe dare soit le synonyme exact de donare. La première expression signifie donner un vase à Titjre; la seconde, gratifier Tityre d'un vase. ]

La personne^qui est le Sujet d'un Verbe peut aussi être en même temps son com" plément, comme, je me brûle ^ tu te trompes , il se tue: le Verbe est alors refléchi. Le Verbe réfléchi peut prendre une forme particulière , il peut aussi prendre forme subjective.

[ On peut ajouter à la signification principale du Verbe une multitude de significations accessoires , au moyen de quelque changement , addition ou suppression dans la forme du Verbe. Ainsi, le même Verbe peut avoir une forme affirmative ou une forme négative, des formes qui signifient Témuladon ou la réciprocité d'action entre deux Sujets, une action simplement commencée, ou le désir de faire faction signifiée par le Verbe^ d'autres qui expriment la fréquente répétition ou l'intensité de faction ; d'autres encore qui indiquent que le Sujet qui agit produit l'action par le moyen d'un autre qu'il fait agir , ou qu'il n'ngit que sous l'influence

d'un autre qui est le principe primitif de son action, ou enfin qu'il feint une action ou une qualité qu'il n'a pas: Je bats ; Je ne bats pas ; Je m'efforce de battre plus fort qu'un autre; Je bats quelqu'un qui me bat; Je commence à battre; Je voudrois battre; Je suis dans V habitude de battre; Je bats ai^ec vigueur; Je fais battre mon fils par sa mère; Je suis con^ traint par Pierre de battre Paul; Je fais serrMant de battre.

11 n'est aucune de ces significations accessoires qui ne produise dans quelques langues des formes particulières, et ces formes sonttrès-souvent susceptibles d'Actif et de Passif (i). Dans les langues qui n'ont point de formes pour joindre ces idées accessoires aux idées principales, on les exprime par des circonlocutions, et, à dire Yrai, toutes ces formes ne sont que des expressions elliptiques.

(i) La langue latine fournit des exemples de ces formes dérivées d'un Yerbe primitif. Il y a des Ver* bes à forme fréquentative, comme dictito ^ lectito, /acfi/t; 5 d'autres a forme inchoative, comme lucesco^ ardesco , obdormisco , ou intensitive , comme capesso, incesso, ou désidérative , comme parturio^ mincturio, esurio , ou fréquentative et diminutive en même temps, comme cantillo, sorbilloj etc.

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La même observation s'applique aux langues dans lesquelles le Verbe prend un grand nombre de formes différentes, parce qu'il renferme en lui-même son complet ment, ou même ses deux complémens, lorsque ce sont des Pronoms. Je ne coanois que Ja langue basque qui incorpore ainsi dans le corps même du Verbe , les Pronoms qui servent de complémens-, mais peut-être y a-t-il d'autres langues qui possèdent un système semblable de conjugaison. Dans le basque , le Verbe a des formes ou conjugaisons différentes pour dire : Je me rends ^ je te rends ^ je le rends ^ je vous reîidSyje les rends ^ etc.: Je m!a^ bandonne à moi-même^ à toi^ à lui, etc.

Tout Verbe employé à un Mode personnel, a nécessairement un Sujet. Mais il arrive très-souvent que nous sommes témoins d'une multitude d'effets dont les causes nous sont inconnues, ou que nous voulons exprimer ces effets, sans en indiquer la cause autrement que d'une manière vague. Alors on emploie communément pour Sujet le Pronom de la troisième Personne, et, dans les langues où ce Pronom a trois Genres, on choisit ordinairement le Neutre. Ainsi, quand nous disons en

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français , // tonne , il pleut , il fait du vent, il est certain que le Pronom // indique d 'une manière vague et indéterminée, le Sujet dont l'Attribut est tonnant^ pleuvant^ faisant du vent. C'est comme si nous disions: La cause qui produit le tonnerre , ou la pluie , tonne ou pleut.

Il arrive aussi très-souvent que nous substituons le Pronom delà troisième Personne au Sujet véritable delà Proposition, et que nous exprimons ensuite le Sujet sous la forme d'un complément , ou du moins que nous lui donnons une place différente de celle que le Sujet devroit occuper dans la Proposition. Au lieu de dire : Un Dieu est dans le ciel, nous disons : // est un Dieu dans le ciel^ et , Ilj a un Dieu dans le cieL

Remarquons qu'en général , dans la langue française , toutes les fois que le Sujet n'est pas à la place qu'il devroit occuper, par la nature delà Proposition , nous mettons, à la place due au Sujet , le Pronom de la troisième Personne.

Dans une Proposition aflirmative , le Sujet doit précéder ie Verbe. Si on la déplace, on met avant le Verbe le Pronom de latroisième Personne. Exemple : // est sans

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doute panni les hommes les plus corrom* pus , quelques cœurs qui rïont pas encore perdu e?itièrement V amour de la justice. Le vrai Sujet est quelques cœurs ^ etc, et ]a construction naturelle de Ja Propo-^ sition serait: Quelques cœurs qui nont pas encore perdu entièrement Vampur de la justice^ sont sans doute parmi les hommes les plus con^ompus.

Dans la plupart des Prépositions interrogatives , le Sujet doit être mis après le Verbe. Mais si ce Sujet n'est pas un Pronom, on le met avant le Verbe, et on place immédiatement après le Acerbe, le Pronom delà troisième Personne. Exemple : Z?/ez/ est-il sujet à V erreur? pour Est Dieu sujet à terreur (i) ?

(i) La raison de cette conslrucllon de nos Propositions inlerrogatives ne doit pas être tirée delà réunion de deux Propositions, Tune négative, Tautre positive, dont la première n'a conservé que son Sujet, et la seconde a conservé son Sujet, son Yerbe et son Attribut. Suivant cette théorie, cette Proposition inlerrogative , Dieu est-il sujet à V erreur ? est formée des débris de ces deux Propositions opposées : Dieu n est pas sujet à V erreur j Dieu est sujet à Verreur (Cours d'instruction diin Sourd-Muet de naissance, p. i5o \ Je demande d'abord comment on appliqueroit cette analyse a ces propositions interrogatives, Eies-uous cuntens? Suis-je aimable?

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Lorsque Toïi reut exprimer en français^ çt dans plusieurs autres langues, le Sujet d'une manière vague et indéterminée, on emploie , comme nous venons de le dire ^ le Pronom de la troisième Personne; mais dans les langues où les inflexions du Verbe

Sommes-nous tous ici? En second lieu , j'observe que ee double Sujet se trouve dans des Propositions qui ne sont point interrogatives, comme celle-ci : Je ne CKois pas que la vertu demeurât Jamais sans récom^ compense y Dieu fut-il aussi injuste qu'il est juste. Cherchons donc ailleurs la raison de cette construction , qui n'est pas commune à toutes les langues.

Je crois Tavoir trouvée dans l'ellipse d'un Conjonctif , ou d'une Conjonction. Observons premiè*» rement que Ton interroge quelquefois sous la forme affirmative. C'est ainsi que La Fontaine a dit :

Vous ne courez donc pas toujours où vous voulez? Secondement, remarquons que la forme interroga* live peut toujours être rappelée à la forme affirmative ou hypothétique, par le rétablissement d'ua Conjonclif ou d'un antécédent.

Que faites-vous? Dites-moi ce que vous faites.

Comment vous portez-vous? Dites-moi la manière dont vous vous portez.

Est-il sujet à l"" erreur? Dites-moi s'il est sujet à t'erreur.

Quand le roi viendra-t-il? Dites- moi le temps auquel le roi viendra.

En troisième lieu, la même transposition du Sujet a lieu dans les Propositions optatives, comme :

sont assez sonores pour qu'il ne soit pas nécessaire d'exprimer le Pronom , on sa contente , en pareil cas , d'employer la troisième Personne du Verbe. Ainsi on dit en latin 5 pluit ^ grandinat^'û pleut, il gvêle-^ ventum est ^ il 2i été venu, pour on est venu 5 itum est^ pugnatum est j

Fasse le Ciel que nous soyons heureux! Puisse le Sel" gneur vous bénir! supposilives , comme : L'homme vertueux y fût -il malheureux ^ na pas moins de droit à notre estime ^ ou concessives, comme : Soit une ligne droite tirée du Palais du Luxembourg au Col" îége Mazarin. Dans toutes ces Propositions, il y a ellipse d'un Conjonctif et de son antécédent. Ea restituant les antécédens qui sont sous entendus; on aura les phrases suivantes : Je souhaite que le Ciel fasse que nous soyons heureux^ Je souhaite que le Seigneur puisse vous bénir ; L'homme vertueux, en supposant même qu'il fût malheureux, n^a pas moins de droit à notre estime ; Supposons quune ligne droite soit tirée, etc.

Observons en passant que quand on dit : Dieu veuille que,,. Lieu vous bénisse , Dieu vous le rende , quoique le sens soit optatif, la Proposition a une forme purement subjonctive, et il y a de même ellipse de l'antécédent et du Conjonctif, Je souhaite que.,,.

Parmi les Propositions qui exigent cette inversion du Sujet et du Verbe , à cause de leur forme elliptique, il y en a dans lesquelles elle ne peut avoir lieu, quand le Sujet n'est pas un Pronom: telles

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il a été allé, il a été combattu , pour , on est allé , on a combattu.

On appelle communément cette forme impersonnelle : mais cette dénomination est fausse et inadmissible , puisque ces Verbes sont réellementà la troisième Personne. Il vaudroit mieux nommer les Verbes qui ne sont usités que sous cette forme. Verbes de la troisième Personne.'^

sont les Propositions înterrogatives. Dans ce cas-là, le Sujet étant un Nom , on le place avant le Verbe 5 mais on conserve le Pronom immédiatement après le Verbe. C'est ainsi qu'on dit : Votre père est-il vi^ vant ? On peut observer la même construction dans certaines Propositions oplatives, comme : Ce projefypuisse-t'ilpous réussir l et on Tobserve toujours dans celles qui sont suppositives , comme : J^ous ne devriez pas, votre père fût-il mort , vous permettre de révéler ses fautes.

Dans quelques Propositions incidentes et conjonctives, on observe la même inversion : Je veux ^ dit le prince ^ vous faire du bien; C^est ainsi quagit un homme d'honneur ; mais je crois que ces inversions tiennent à d'autres causes.

DE

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