‹ Principes de grammaire générale, ou, Exposition raisonnée des éléments du langageChapitre 1 sur 45 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

C'est pour riiomme un besoin de fixer dans son esprit et de communiquer ses idées par des mots. Afin qu'il puisse atteindre ce double but, le Créateur lui a donné un appareil vocal; et , en ce sens, il est vrai de dire que la parole nous est naturelle.

Les mots primitifs , appelés racines, ne sont pas nombreux ; mais soit par composition, soit par dérivation, soit par leffct de tels ou tels changements, chacun de ces mots en a produitbeaucoup d'autres, qui ont remplacé les premiers et dont les plus simples sont devenus eux-mêmes de nouvelles racines.

Leuphonie et Y analogie nous dirigent, même h notre insu, dans tous ces procédés de la parole ; elles sont, pour ainsi dire, la source du bon usage. L'euphonie, suivant les climats, les occupations de chaque jour et le degré de civilisation, façonne et change les mots dans leur élément matériel, pour en rendre la prononciation plus facile, et plus agréable à Toreille ; l'analogie, selon que se développent et varient nos idées, modifie , restreint ou étend ces mêmes mots dans leur significa-

lion ; elle nous guide dans les combinaisons diverses quQ nous en faisons, pour exprimer avec précision et netteté nos pensées dans toute leur étendue. Eclaircir et expliquer, autant qu'il se peut, les phénomènes les plus communs et les plus remarquables du langage , en y appliquant ces deux principes, tel est, ce me semble, l'objet, sinon le seul, du moins le plus important d'une grammaire générale ; tel est aussi le but de ce traité. Uétude des langues n'appartient pas uniquement à la mémoire : plus on parvient à y appliquer le raisonnement et l'intelligence, plus on la rend aisée et accessible aux bons esprits.

Quoique les conclusions où je suis arrivé soient fondées sur Texamen de plusieurs langues, anciennes et modernes, les exemples dont je les ai appuyées sont en général empruntés à nos trois langues classiques. Cela tient à ce que ce traité, trop élémentaire sans doute pour les savants, est rédigé surtout à Tusage des jeunes gens qui, après avoir achevé leurs humanités, cultivent les études philologiques, soit pour s'instruire euxmêmes, soit en vue d'instruire les autres. Le même motif servira d'excuse aux détails minutieux où je suis entré touchant quelques formes et quelques expressions, qui n'appartiennent qu'à l'une ou l'autre de ces langues. En effet, si elle ne servait à lever les difficultés qui nous arrêtent à chaque pas, la grammaire générale serait de peu d*utilité.

Quant aux conjectures que j'ai hasardées sur quelques points , je ne les donne que pour ce qu'elles sont. C'est au lecteur à en juger.

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