‹ Principes de grammaire générale, ou, Exposition raisonnée des éléments du langageChapitre 2 sur 45 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Aussitôt que uos facultés intellectuelles , la perceplion , Yaltention , V imagination , la mémoire , out acquis une certaine force , les objets qui nous entourent font sur les organes do nos sens une impression telle .que nous nous en formons mie image représentant les diverses qualités que nous avons aperçues en eux. Cette image s appelle idée (lâéa vue, de aiâo), je vois ; en latin fonmi) : c est la représentation d un objet dans notre esprit (1).

Les idées ne s'éloignent pas , ne disparaissent pas avec les objets qu'elles représentent ; notre imagination ,

(l)On donne le nom gt'iierul iVo^^/eHi tout ce »]ui se jnv'scnto anx sens on k Tesprit.

suflisainment développée , les recueille el les coiilie à lu mémoire , qui en est comme le dépôt , où nous uUons les retrouver à loccasion. C'est ainsi que , dans la retraite la plus isolée , dans la nuit la plus profonde , nous pouvons nous rappeler ou passer en revue les objets qui nous ont fortement frappés pendant le jour.

Une fois en possession de plusieurs idées , Icsprit humain qui aime à voir et à connaître ce qu'il a vu , les œmpare les unes avec les autres , et, à la suite» de cette comparaison , il découvre entr elles un rapport , soit d'identité ou de divereité, soit de convenance ou de disconvenance , soit de ressemblance ou de dissemblance, soit de tout autre espèce. La conscience que nous avons de Texistence d un rapport entre deux idées , est ce que j'appelle connaissance. Quelque nombreuses que soient nos idées, nous n'arrivons donc à la connaissance que du moment où nous avons saisi entre elles un rapport. La perception de l'existence d'un rapport quelconque entre deux idée» , que j'appelle ici connaissance , porte en lofriiiue le nom de jugement, et celui-^i, quand il est exprimé par la parole , se nonnue proposition.

Par rapport , on entend la manière d'être d'un objet envers un autre quand on les compare à un troisième sous Tun ou l'autre j)o//î^ de vue. (jb point de vue est toujours une qualité commune tant aux objets à compai*er qu'à celui ([u'on prend pour point de comparaison. Pour saisir le rap})ort entre les deux objets , on les rapproche

«uceessivement du troisième , on examine ce que chacun d eux a de commun avec celui-ci , et de là on déduit ce ij'uls ont de commun entre eux , c'e?«t-&-dirp leur rapport. J'ai, par exemple, deux pièces d'étoffe, dont je ne puis, à la seule vue, apprécier le rapport quant à la longueur. Je les approche tour à tour d'une mesure , et je trouve que la première est de quatre mètres et la seconde de deux ; d'où je conclus que la première est le double de la seconde , et celle-ci , la moitié de la première. Dans cet exemple, la mesure que j'emploie est le troisième objet et sort de point de comparaison, l'idée de longueur est le point de vue ; et les idées exprimées par les mots double et moîï/e représentent le rapport entre ces deux pièces d'étoffe , c'<«t-à-dire ce que l'une est à l'autre quant à la longueur.

On emploie les mots relation et rapport assez indistinctement, même dans le langage scientifique ; ainsi nous disons indifféremment une relation ou un rapport de lieu, de temps, do couleur , de forme, de cause, de but, etc. Il me semble qu'on serait plus clair et plus précis, en se servant du mot relation uniquement pour indiquer la comparaison entre deux objets par le point de vue sous lequel elle se fait , et on réserverait le mot rapport pour indiquer le résultat de la comparaison. Ainsi on dirait relation de lieu , mais rapport de supériorité ou d'infériorité; celation de temps , mais rapport de simultanéité , d'antériorité ou de postériorité. En expliquant ainsi la valeur

de lu pivpositiou sur daas cette locution : être assis sur le lK)rd d une fontaine , ou dirait qu elle marque une relation de lieu et un rapport de supériorité , comme dans cette autre locution : arriver sur la fin de la nuit , on dirait que la préposition sur marque une relation d(^ temps et un rapport de proximité.

Uliomme qui est créé pour vivre en société , ne se contente pas d avoir des idées et de connaître les rapports des objets soit entre eux soit à lui-même ; dès que sou

appareil vocal est suffisamment formé , il communique ses idées et ses connaissances à ses semblables au moyen du son de sa voix , et nous disons qu'il parle. Parla* n est ilonc autre chose qu'exprimer de vive voix ses connaissances dans toute leur étendue , c'est-à-dire ave^ les sentiments que nous éprouvons à leur occasion. L ensemble des mot.s , avec toutes leurs formes (1) , dont se sert une nation pour exprimer ses connaissances , est ce qui constitue sa langue particulière.

H n entre pas dans mon plan d'examiner ici jusqu a quel point la peinture, la sculpture, l'architecture , la

[\) La forme des mots consiste dans les lettres dont ils sont composes et dansTaiTangeinent de ces lettres. Klle change consdquemment par Taddition , la suppression , la perinutntion, la transposition , d*uno ou do plusieurs lettres.

musique , seivent également de moyens pour communiqaer aux autres nos iéées et leur faire partager nos sentiments ; je ferai pourtant remarquer que ces arts expriment plutôt un (mire d'idées et de sentiments que des idées ou des sentiments nettement déterminés , et ne sont ainsi , auprès de la parole y qu un moyen très-imparfait pour donner à autrui une connaissance complète et exacte de tout ce qui se passe en nous.

Chaque langue particulière est assujettie à des règles qu il faut nécessairement observer , à moins de s exposer à ne pas être compris. La totalité de ces règles , une fois admises chez une nation, forme la Grammaire particulière de sa langue.

Par règle , on entend Tusage attentivement considéré et méthodiquement exprimé par les autorités compétentes, c est-à-dire par les corps savants et la partie éclairée du public (1).

Dès qu on étudie les granunaires particulières de plusieurs langues , on y découvre des différences plus ou moins nombreuses : telle langue a des cas, telle autre n'en a pas et y supplée par des prépositions ; une troisième pos-

(1) Régala est , disent les jurisconsaltes romains , qu» rem quse est breriter enarrat ; non ut ex régula jus sumatur , sed ex jure quod est , régula fiât. (Paul, jnriscon. lib. I, de reg. jur.)

sède à la fois des cas et des prépositions ; Tune a plusieurs modes , indicatif , subjonctif , optatif , impératif , Tautre n en a que deux , indicatif et impératif ; lune a seulement deux ou trois temps , une autre en a cinq , six et même davantage ; la plupart ont l'article , plusieurs pourtant ne 1 ont pas; Tune est riche en roots composés et dérivés, Tautrc f»n est presque dénuée, et chacune a pour ainsi dire sa cons- Iruclion particulière. Ces différences , ainsi que beaucoup d autres , sont ordinairement d'autant plus nombreuses et plus sensibles , que ces langues sont plus éloignées de leur origine commune.

Mais , pour peu qu'on réfléchisse sur chacune de ces grammaires particuUères, en les comparant entre elles , on reconnaît également que , malgré toutes leurs différen- (!es , elles ont pourtant quelque chose de commun , qui est en quelque sorte le fondement du langage en général :

1° Dans chaque langue , il y a deux grandes rlass«»s de lettres , les voyelles et les consonnes.

2" La plupart de ces lettres se retrouvent dans toutes les langues et subissent des permutations assez régulières, soit chez la même nation à plusieurs siècles de distance , soit par le passage des mots d'une nation à une autre.

3° Plusieurs parties du discoKrs sont communes à toutes les langues : le nom , le verbe, et la préposition ou l'adverlK».

i° Parmi les parties du discours , les unes soni cous-

Uunment invariables et les autres presque partout variables.

5"" Presque toutes les langues ont des temps et la plupart ont aussi des modes.

6"* Dans chaque proposition, il y a un sujet, un prédicat et en outre un verbe , ou du moins une tournure qui en tient L'eu.

7** Plus une langue est riche en formes , plus la cotistruction en est libre et subordonnée , non au besoin de l'intelUgence , mais à l'expression des sentiments et k rhaimonie.

Ces analogies et plusieurs autres qu on remarque facilement en jetant un simple coup d œil sur quelques grammaires particulières , ne sont pas des faits accidentels ei spéciaux à tel temps, à tel pays; ce sont des faits universels qu'on observe dans toute société humaine , au milieu des circonstances et sous lempire des mœurs les plus dilTérenles.

De Faccord des langues sur ces points que je viens d enumérer et sur beaucoup d'autres , nous devons bien conclure qu'elles n'obéissent pas aux caprices d'un usage arbitraire et aveugle, mais à certaines lois générales qui tiennent à la nature de l'homme lui-même , c'est-à-dire à son organisation corporelle et à la satisfaction de ses

besoins intellectuels. Cette conclusion est d*autant mieux fondée que Thomme qui parle est partout et toujours le même : c'est le même esprit humain qui forme les idées et qui les compare entre elles ; le moyen d'expression , le son de la voix^ est le même ; ce sont partout au fond les mêmes organes qui produisent les sons , c'est le même organe qui les saisit ; enfin c'est la même intelligence qui en fait des mots , en y attachant telle ou telle idée. J'appelle Grammaire générale l'ensemble des lois et des principes auxquels l'homme obéit dans son langage , soit par nécessité soit par un sentiment instinctif.

Par le mot lot\ j'entends la manière constante et uniforme dont un phénomène se présente toujours dans les mêmes circonstances ; et par le mot pincijye , j'entends la cause , le motif , l'élément générateur de cette uniformité. Ainsi je regarde la concordance de l'adjectif avec le substantif comme une loi, et la clarté du discours ou , si l'on veut , l'inhérence de la qualité h la substance comme le principe de cette loi.

La grammaire générale diffère donc de toute grammaire particulière en ce que celle-ci s'attache spécialement à constater les expressions et les tours consacrés par l'usage chez une nation déterminée ; elle n'est qu'un recueil d'observations faites sur ce qui existe ; tandis que la premièiv. a pour objet de découvrir les lois et les principes qui président à la formation , au développement et à toutes les vicissitudes du langage : elle cherche la raison de

ridentité comme de la diversité des faits et des règles que nous reaconirens dans les langues particulières. Ou peut même dire que la grammaire particulière n'est qu un art , c est-à-dire un ensemble de préceptes formant une méthode de perfectionnement , et que la grammaire générale est une science , c'est-à-dire un ensemble de principes communs à toutes les langues (1) , auxquels Thomme ne parvient que par le raisonnement et qui servent à expliquer un grand nombre de faits, qui en sont les conséquences.

Comme nous ne po.uvons constater les lois générales du langage que par la comparaison de plusieurs langues entre elles , ni remonter aux principes de ces lois que par le raisonnement , la grammaire appelée (/éfiérale ou universelle parce qu'elle s'applique , si non à toutes les langues y du moins à la plupart d'entre elles , vni aussi appelée grammaire comparée ou raisonnée. D'au-

(1) Od conçoit sans peine que dans les langues , appelées tartaret (le chinois, etc.), composées exclusivement de mots d'une seule syllabe inrariable et dont lo sens dépend de leur place , de leur entourage et du ton , les principes de la grammaire générale ne trouvent pas une application aussi étendue que dans les langues indo-européenne» ( le sanscrit , le persan , le turk , Tallemand , le grec , le latin , etc.) et les langues §émilique$ ( Thébrcu , Tarabe , le syriaque , etc.) , oii les mots reçoivent différentes furracs ou terminaisons qui répondent asBez régulièrement à la variation , soit de Vidée exprimée pur la racine du mot , soit de ses rapports avec d'autres idées. J'ajouterai cependant que là encore c'est seulement à l'aide des principes qui règlent le langage en général , qu'on comprend comment et par quel artifice rUomme , dans une langue si impaifaite, réussit à exprimer ses idées avec assez de précision et sans laisser trop k deviner.

ti-es auteurs la nomment grammaire philosophique . soit parce qu elle recherche , comme la philosophie , les causes des phénom''nes , soit parce quo , potir trouver la raison de ce qui est commun aux diverses langues qui expriment les idées avec leurs rapports , elle s'adresse souvent à la philosophie , qui s'occupe des habitudes de Tàme , des opérations do rentendcment , de la nature des idées , de leur génénition , de leur transformation et de leurs rap- ])orts.

« On peut à la vérité , dit très-bien Court de Gebelin . 4:onnaitre les langues sans le secours de la philosophie ; mais il n'est pas moins sûr qu'on ne saurait raisonner du langage et des langues sans le secours d'une saine philosophie , qui apprenne à les analyser , à connaître leurs procédés , à remonter aux causes de ces procédés , à comparer entre eux les procédés de chaque langue , à voir en quoi ils se ressemblent , en quoi ils difièrent , les causes do ces rapports et de ces différences. La connaissance des langues fournit les faits ; la philosophie les rapproche et les lie ; par là elle s'élève à la théorie entière des langues , elle préside à leur origine , elle les suit dans leurs dérivations , elle voit les causes de leurs différences ; et jamais l'altération des mots no peut lui faire prendre le chan-

(1) Court de Gebelin, Monde primitif , vol. II, pag. <»>.

Le langage eu géuéral se compose d'un ceriaiu nombre de mots qui sont les signes (1) de nos idées , et de diverses combinaisons de ces mots , qui expriment les rapports de nos idées entre elles. Ces deux éléments fournissent aux grammaires particulières un principe de division assez méthodique , d'après lequel la grammaire générale peut également se distribuer en deux parties .

I^ première aura pour objet les lois que nous obser-

(1) Par êiyne, on eutond tout objet , tout phenomèiio en tant qu^il en repre'sente ou en rappelle un autre.

Ou peut distinguer trois espèces de signes selon la nature de la liaison qui subsiste entre le signe et la choso signifiée :

1® Ceux dont la liaison avec la chose signifiëo est fondée sur une loi constante de la nature. On les nomme natureU* A cette classe appartiennent , dans le langage , les exclamations do joie , de douleur dWniiration , etc., espèce dVcho des sentiments et des impressions intérieures de Tàmc ; elfets de la constitution humaine, elles sont , pour ce motif, comprises de tout le monde.

2^ Ceux qui ont un rapport de ressemblance assez sensible, peu importe sous quel point de vue , avec la chose signifiée. Ils se nomment analogues ou artificiels. Tels sont surtout les mots qui nous frappent encore par une forte onomatopée , par exemple , 6au-bare, aboyer ; ha-Xave , bêler , etc,

;;• Ceux qui n*ont par eux-mêmes aucun rapport k la chose signifiée , et dont la signification est conséquemment fondée uniquement sur Thabitude ou Tusage. On les appelle conventionneU ou arhitraimê, A cette classe appartiennent évidemment aujourd'hui la plupart des racines des langues anciennes et modernes ; car la ressemblance ou le secret rapport que ces mots , dès leur création et dans leur première simplicité , peuvent avoir eu avec la chose signifiée , s'est efi'acé avec le temps , et ils ne sont plus que den chiffres do convention ponr les personnes qui les emploient. Voyez M. Degérundo , Den signe» et de Vart dépenser y etc. Taris , I8o0, 4 vol. in M.

vous en exprimant les idées isolées au uioyeu de mots. On peut rappeler la Partie élémentaire de la grammaire générale.

La seconde s^ocoupera des lois qui président à lexpression des idées 9 en tant quelles constituent une connaissance , c'est- à-dire des lois d'après lesquelles les mots se combinent pour exprimer les rapports existant entre les idées dont se composent nos connaissanceo. On peut la nommer Syntaxe de grammaire générale.

(Uiaque mot isolé doit être envisagé sous le double pomt de vue du son et de la valeur ou de la signification du son ; la Partie élémentaire peut donc être subdivisée en deux autres, dont Tune s'occupera de tout ce qui concerne le son du mot, l'élément matériel du signe ; l'autre , de tout ce qui a rapport à la valeur du mot , à Félémont logique du signe.

De même on peut subdiviser la Syntaxe en se fondant sur les rapports de concordance et do dépendance , et sur la construction , qui font lobjet principal do nos syntaxes particulières.

Au lieu de suivre dans ce traité la marche que je viens d'indiquer , et de faire de la t^^yntaxe une partie spéciale , j'ai mieux aimé la fondre dans la seconde moitié de la première Pailie ; parce que , pour ti-ailer avec quelque succès l'origine et la valeur des Cas , des Temps , des Modes , etc. , il faut avoir à chaque instant recours à des exemples et à des remarques , qui par leur nature appar-

— ir,

tiennent à la Syntaxe ; de manière que celle-ci ne pourrait plus être traitée séparément y à moins de se composer de discussions sèches et abstraites ou de répétitions inutiles. J ajouterai pourtant un aperçu assez étendu de 1 ensemble de la Syntaxe et de chacune de ses parties.

La composition d'une bonne grammaire générale présente d'immenses difficultés : pour s en occuper avec quelque succès , il faut évidemment posséder la connaissance de plusieurs langues diverses , indo-européennes et sémitiques, anciennes et modernes, les comparer entre elles , et , pour bien saisir leurs analogies et leurs différences, savoir s'élever aux hautes spéculations de la philosophie et descendre à tous les détails de la philologie. « Si les siècles précédents , dit fort bien M. Séguier , Marquis de Saint-Brisson , n ont pas fiût tous les progrès désirables dans cette science , parce qu'ils ont négligé la comparaison dos idiomes pour arriver à la connaissance des lois générales , nous pécherions à notre tour , si nous croyions que cette comparaison suffise pour tracer la marche de l'esprit humain dans la formation des langues. C'est du concours et du parallélisme de la philosophie et de la philologie que doit résulter la connaissance la plus étendue de la parole qui n'est que l'image de la pensée humaine. (1) »

(1) La pkilosupl.iz du ^f^fï^/c exposée d%»prc.s Aristnte, pnr M. Séguier. PartH, 1838, jiag. X.

Aussi malgré tous les travaux qui ont paru sur la linguistique , sous quelque titre que ce soit , depuis le traité de Jules-César Scaliger y De causis liiiguœ latinœ , iS80 , jusqu'à nos jours , ce ne sera qu'après plusieurs essais et tâtonnements qu on parviendra à réunir en un seul corps bien coordonné tout ce qu'il est essentiel de (^nnaitre sur le langage en général.

J'ai indiqué à la fin de ce volume , en suivant Tordre chronologique , un assez grand nombre d'ouvrages , dont les uns ont pour objet exclusif la grammaire générale ou Tune de ses parties ; et les autres, selon la matière dont ils traitent , renferment ou des vues générales ou des observations ingénieuses et sages , qui méritent l'attention du grammairien. Dans ces mêmes ouvrages se trouvent les titres de beaucoup d'autres , accompagnés souvent d'une appréciation plus ou moins étendue de leur mérite.

n serait, je pense , superflu de m'étendre ici longuement sur les avantages de la grammaire générale. Sagement appliquée à l'étude des langues , elle est sans doute un des meilleurs exercices pour habituer les jeunes gens à l'observation , à la réflexion , à l'abstraction , enfin à former leur jugement , en dirigeant leur attention sur ce qui fait jusque-là pour ainsi dire tout leur savoir , je veux dire l'expression de leurs idées par la parole ; elle leur rendra en même temps cette étude plus aisée , et par là même plus intéressante. J'ajouterai que le professeur d*une langue morte ou vivante , maternelle ou étrangère , qui

n'a jamais réfléchi sur les principes qui régissent le langage en général y verra souvent une difliculté là où il n y €n a pas ; quant aux difficultés réelles , il ne fera que les indiquer ou en donnera des explications superficielles , qui sont toujours mauvaises.

Page 1