CHAPITRE II
d'assurance et plus de justesse que celui qui a vécu longtemps avant lui. Il y a une certaine formation de l'intelligence qui augmente beaucoup sa force naturelle. Cette formation est surtout le firuit de Texercice et, dans les conditions normales, c'est-àdire en supposantes mêmes ressources extérieures et la même application à Tétude, elle se transmet comme un héritage de génération en génération, avec cette différence que ce qui a été le terme pour la génération qui s'éteint est à peu près le point de départ pour celle qui commence, de manière que, même sous cerapport, il y a toujours avantage à venir en dernier lieu.
Qu'on s'applique donc avec le plus grand soin à s'approprier toutes les bonnes idées de ses devanciers, rien de mieux. Mais afin que ce travail produise le fruit qu'on est en droit d'en attendre, il faut Taborder avec une résolution sagement opiniâtre de ne se laisser convaincre que par l'évidence, et par 1 évidence puisée aux sources. L'éclat des grands noms sous lesquels s'abrite une opinion formera sans doute toujours un préjugé légitmie en sa faveur; on s'enprévaudraàbon droit pour appuyer son propre sentûnent, et ce ne sera d'abord qu'avec une modeste hésitation qu'on se permettra d'ouvrir un avis contraire. Mais si, après mûr examen, on ne peut méconnaître que la valeur de certains arguments a été exagérée, dissimulée ou dénatu-
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rée d'une manière quelconque, on ne craindra pas de le constater et, à l'occasion, de combattre vigoureusement l'erreur, quel que soit le prestige qui l'environne.
Cette indépendance a ses inconvénients, nous le savons bien. Plus d'un esprit léger se persuadera facilement que jusqu'à lui des documents parfaitement connus et soigneusement étudiés ont été lettre morte pour tous. Il y verra clairement des choses que les plus habiles n'y ont pas même soupçonnées, et aussitôt il s'empressera de proclamer ses merveilleuses découvertes de ce ton tranchant* qui caractérise la demi-science. Mais ces témérités, dont on aura bientôt fait justice, deviendront de moins en moins possibles à mesure qu'il y aura plus d'hommes déterminés à juger par eux-mêmes et, par suite, à ne pas se laisser émouvoir par la présomptueuse assurance des faux savants.
Ainsi, amour ardent de la vérité, empire sur ses affections, horreur des jugements à ptnori fondés sur des données étrangères à la science historique, étude consciencieuse des textes, indépendance de jugement et, autant que possible, connaissance des idées émises par ceux qui ont traité la matière avant lui, voilà ce qu'il faut au critique poiu* se trouver à la hauteur de son rôle. Supposons-lui en outre un esprit doué de quelque pénétration et de cette précieuse qualité qu'on a rangée avec raison