CHAPITRE m
On le voit, les théologiens n'ont pas attendu le XIX® siècle pour faire remarquer * que la sagesse divine a dû descendre à la portée des premiers hommes et leur parler un langg^e qu'ils pussent comprendre (1). » M. Vacherot se serait dispensé d'en faire honneur à ceux de notre époque, s'il avait daigné jeter un coup d'œil sur les ouvrages de leurs devanciers, et on est vraiment un peu mal venu à se poser en représentant de Vécole crptique, lorsqu'on prononce aussi légèrement sur les faits, sans paraître avoir aucune connaissance des textes les plus indispensables à consulter pour asseoir son jugement (2).
(1) Ajoutons ici une réflexion d'im écrivain allemand, qui, pour être ingénieuse, n'en est pas moins extrêmement sensée, et peut donner à réfléchir à ceux qui sont tentés de trouver plaisante la remarque des théologiens. *• Supposons
* qu'un fondateur de religion comme Moïse eût été déjà en
* possession de toutes les connaissances les plus récentes
* en astronomie et en géologie : ne lui aurait-îl pas été beau-
* coup plus nmsible qu'utile de parler la langue de Goper-
* nie, de Newton, de Laplace, de Wemer, de L. de Buch ou '^ de sir CSiarles Lyell? U aurait été certainement pendant
* deux mille ans incompris et mal jugé, et cela pour donner
* une satisfaction particulière au dix-neuvième siècle, car le
* vingtième n'aurait déjà plus éprouvé toute la satisfaction
* du dix-neuvième. , Cité par M. Reusch, La Bibie et la Nature (trad. de l'abbé Xav. HerteL Gaume et Duprey 1867), p. 33, note.
(2) La doctrine de saint Augustin et de saint Thomas a déjà été invoquée par Galilée dans sa défense du système de Copernic contre les fongueux tenants des théories péripaté-
Nous ne sommes pas au bout. D y a encore une distraction à signaler dans la triomphante conclusion de M. Vacherot. Le spirituel adversaire de la théologie constate avec plaisir,dans l'accommodation des textes de la Bible aux découvertes modernes, une réduction de l'empire du surnaturel. S'il faut s'en tenir aux exemples qu'il rapporte, M. Vacherot n'est pas difficile. Le surnaturel, tel que le définit la théologie, se borne à ce qui surpasse les forces et la capacité naturelles des créatures. Nous avouons ne pas bien comprendre quelle part plus large lui est faite dans le système de l'immobilité de la terre que dans celui de son mouvement ; dans l'idée que les théologiens se faisaient autrefois, avec tous les savants, de la constitution physique du globe, que dans celle qu'on s'en fait aujourd'hui; dans l'hypothèse d'un monde solaire unique, que dans celle d'wne infinité de mondes semblables au nôtre. Les provinces que M. Vacherot croit avoir été enlevées par la science à l'empire du surnaturel ne lui ont jamais appartenu, et si, comme on nous l'assure, le passé répond de l'avenir, la théologie n'a pas lieu de craindre la science moderne comme une ennemie : bien plutôt doit-elle être disposée à l'accueillir comme une
ticiennes. Elle a été plus d'une fois rappelée depuis, et tout dernièrement par M. Reusch. U est vraiment étrange que M. Vacherot ait pu Tignorer aussi complètement.