CHAPITRE m
** dès qu'elles n'ont rien de contraire à la foi ; ** mais qu'on se garde de les présenter comme des ^ dogmes de foi ou de les stigmatiser comme ** contraires au dogme, pour ne pas donner lieu * aux savants de mépriser la doctrine révélée (1). „ Le docteur angélique est resté fidèle à ces principes dans sa Somme théologique. Dans la partie où il expose ex professa la doctrine de la création, venant à parler de l'œuvre du second jour, il commence par énoncer cette règle pour l'interprétation du texte sacré : ^ Dans les questions de cette " nature, il y a deux choses à observer : la pre- " mière, c'est de s'en tenir invariablement au sens ^ véritable de l'Écriture ; mais, en second lieu, " l'Écriture pouvant être expliquée de différentes " manières, on ne doit pas s'attacher trop exclu- " sivement à ime explication déterminée, au point
(1) Nihilominus tamen, quantum percipere potui, in singulis ad id quod dubîtationem facit respondere curavi, hoc tamen in principio protestans, quod plures horum articulorum ad fidei doctrinam non pertinent, sed magis ad philosophorum dogmata. Multum autem nocet talia quœ ad pietatis doctrinam non spectant vel asserere, vel negare,
quasi pertinentia ad sacram doctrinam Unde mihi videtur
tutius esse, ut haec quae philosophi communes senserunt, et nostraB fidei non répugnant, neque sic esse asserenda ut dogmata fidei, licet aliquando sub nomine philosophorum introducantur, neque sic esse neganda tamquam fidei contraria, ne sapientibus hujus mundi contemnendi doctrinam fidei occasio prsebeatur {S, Tliom, Opusc, Xf init.).
56 PRmCIPES DE LA CRITIQUE
* que lorsqu'elle serait démontrée certaineinent
* fausse, on prétende néanmoins que c'est là le
* sens du texte sacré. Ce serait exposer les saintes
* lettres aux railleries des infidèles et leur fermer
* le chemin qui pourrait les conduire à la foi (1). „ Enfin, dans un autre endroit de sa Somme, le
même saint docteur répond brièvement à une objection tirée du texte de la Bible: "L'Écriture parle ici d'après l'opinion populaire (2). „ Saint Jérôme avait, du reste, posé en principe général que
* beaucoup de faits sont rapportés dans les sain-
* tes Écritures d'après l'opinion reçue à l'époque " où ils eurent lieu, et non d'après la vérité intrin-
* sèque des choses (3). „
(1) In hujttsmodi quœstionibus duo sunt observanda. Primo quidem, ut veritas Scriptufœ inconcussa teneatur. Secundo, cum Scriptura divina multipliciter exponi possit, quod nulli expositioni aliquis ita prœcise inhsereat, ut si certa ratione constiterit hoc esse falsum quod aliquis sen> sum Scripturse esse credebat, id nihilominus asserere prœsumat : ne Scriptura ex hoc verbo abinfldelibusderideatur, et ne eis via credendi prœcludatur (Summa, p. 1, q. 68, art. 1, in corp,).
(2) Secundum opinionem populi loquitur Scriptura (1, % q. 98, art. 3, ad 2).
(3) Quasi non multa in Scriptùris sanctis dicantur juxta opinionem illius temporis quo gestareferuntur, et non juxta quod rei veritas continebat (Hieran, in Jerem. Prqphet,, cap. xxviii, V. 10, 11). — n est vrai que saint Jérôme parle ainsi à propos des récits historiques ; mais son principe est général et doit s'entendre à fortiori de ce qui a rapport aux phénomènes naturels. Gomp. la note suivante.