CHAPITRE I O
comme les champions de ses droits et à populariser des assertions où elle se voit indignement méconnue et outragée.
En présence de ces malentendus, au lieu de crier contre les excès de la critique, il est plus sage de préciser ses véritables exigences et de les revendiquer avec vigueur contre fceux qui abusent si audacieusement de son nom. La chose n'est pas bien difficile, à la condition toutefois qu'on soit préparé à la lutte par de bonnes études. Pour peu qu'on y apporte d'application et de droiture de jugement, on reconnaîtra bientôt dans la critique ce qu'elle est en efifet, c'est-à-dire un des plus puissants auxiliaires de la vérité, et en particulier de la vérité révélée.
Que faut-il entendre, en effet, par le terme de critique ? D'après le sens étymologique du nom, confirmé par les habitudes du bon langage, c'est tout simplement l'art de discerner le vrai du faux dans les recherches scientifiques et ce qui est de bon aloi de ce qui ne l'est pas dans les productions *de l'esprit humain, dans les matériaux et les procédés qui y sont mis en œuvre. Inutile de définir ses différentes branches, critique philosophique, scientifique proprement dite, artistique, littéraire et historique : les épithètes indiquent assez que ces différentes espèces répondent à celles des objets auxquels elles s'attachent. Nous
n'avons à nous occuper ici que de la dernière. C'est d'ailleurs celle qui est ordinairement désignée par le terme de critique pris absolument
D n'y a guère moyen de contester l'exactitude de ces définitions sans aller à rencontre du sens commim. Et dès lors peut-on ne pas voir combien il est maladroit de traiter la critique en ennemie ? Ne serait-ce pas donner à croire qu'on a peur de ses lumières et qu'on est intéressé à se mettre à couvert de son regard pénétrant?
Mais ici nous nous heurtons à une autre classe de contradicteurs, peut-être plus nombreuse et non moins injuste que la première. Ceux-ci ne font pas à la critique l'honneur de la craindre ; ils se bornent à montrer pour elle une dédaigneuse pitié. A la vue des directions diverses suivies par les auteurs qui prétendent ne se laisser guider que par l'éclat de sa lumière, et des résultats opposés auxquels ils vont aboutir, ces judicieux esprits concluent que la clarté de ce flambeau tant vanté est bien vacillante, et que mieux avisés sont ceux qui se retranchent dans leur Credo et laissent le monde aux disputes des hommes assez fous pour y perdre leur temps et leur peine.
A ce compte, il îaudrait renoncer à toute science. Physique, astronomie, histoire naturelle, philosophie surtout et théologie, quelle est celle qui pourrait se vanter d'être à l'abri d'une pareille