‹ Principes de la critique historiqueChapitre 91 sur 146 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

témoignage contemporain; mais alors il a soin de marquer cette circonstance par quelque on dit, on rapporte, glissé dans un coin de la phrase.

Pour d'autres auteurs, on peut se convaincre, à Taide des documents qui existent encore, qu'ils ont mis un grand soin à ne rien affirmer que sur des données bien solides, et une extrême réserve à accueillir des traditions populaires qui avaient certainement cours de leur temps : on sera naturellement amené dès lors à s'en rapporter à leur autorité pour des faits qu'on n'est pas à même de contrôler ainsi. D'autres fois encore, sans avoir une confiance générale dans la science d'un écrivain, on ne laissera pas d'accepter sans crainte son témoignage par rapport à certains faits particuliers, parce que, vu la nature de ces faits et la position de celui qui les raconte, on ne peut douter de la sûreté de ses informations.

Hors de là, les sources dont il est question ici sont loin de valoir les monuments contemporains, et leur autorité n'est guère supérieure à celle des traditions populaires.

Et remarquons que ces règles ne doivent pas moins s'appliquer aux Pères de l'Église qu'aux autres écrivains. Leur témoignage a sans doute une très haute valeur lorsqu'il s'agit de dogmes ou de faits dogmatiques ; mais quant aux détails purement historiques, nous ne voyons pas à quel

titre on leur décernerait un privilège de quasiinfaillibilité, parfaitement inutile pour la mission qu'ils avaient à remplir. Qu'on ne suspecte jamais leur véracité, à la bonne heure. Mais faut-il leur supposer, à cause de la qualité de témoins de la tradition catholique, — et sauf les talents particuliers qu'on constate chez chacim d'eux, — une perspicacité et un sens critique d'un degré supérieur à celui qui caractérise les œuvres du temps et du pays oîi ils vivaient? Leur fait-on injure en observant que la plupart d'entre eux ne s'occupèrent jamais d'études historiques, qu'ils n'avaient guère le loisir de s'y livrer, et qu'ils citent les faits pour lesquels on invoque leur autorité dans des discours, dans des lettres ou dans des ouvrages de controverse souvent composés fort à la hâte? Et un historien moderne doit-il être taxé de témérité lorsque, en considération de telle ou telle de ces circonstances ou de toutes réunies, il manifeste la crainte que certains détails n'aient été rapportés par un Père de l'Église uniquement sur la foi d'une tradition populaire? Nous ne le pensons pas. Il n'y a aucmi avantage, nous semble-t-il, à s'en tenir au vague principe du respect dû aux anciens Pères et à la recommandation générale de n'abandonner leur autorité que pour des raisons très graves. Ce sont là des règles trop élastiques pour servir de base aux jugements de la science. Elles

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