‹ Principes de la critique historiqueChapitre 90 sur 146 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

regardés comme exprimant les idées reçues chez ces castes au temps où elles furent définitivement constituées et commencèrent à fonctionner régulièrement. Il en sera ainsi pour toutes les institutions empreintes du même caractère de stabilité.

Avant de passer à Texamen des traditions populaires proprement dites, telles que nous les avons définies au début de ce chapitre, il faut encore dire un mot d'un genre de témoignages qui paraissent au premier abord identiques et qui s'en distinguent très nettement.

Ce n'est guère que depuis trois siècles que les savants ont pris la louable habitude de ne jamais avancer un fait sans citer leurs sources d'informations. Les anciens écrivains, ecclésiastiques ou profanes, ne se croyaient pas obligés à tant de précaution. Ils parlent de faits dont plusieurs générations les séparent, comme s'ils en étaient les témoins, et vainement chercherait-on chez eux l'indication des documents qui les ont guidés. Bon nombre de ces documents ayant disparu, impossible d'y recourir et de les contrôler. De plus, aux détails recueillis dans les monuments historiques, ces écrivains en mêlent d'autres puisés dans une tradition orale d'origine incertaine. Ici encore les secours nécessaires pour faire le triage nous manquent, et il serait imprudent d'y suppléer par des coiyectures.

Évidemment de pareils témoignages n'ont pas^ en général, le même poids que ceux des contemporains. D'un autre côté, il serait injuste de les confondre indistinctement avec les traditions populaires. Le seul moyen judicieux de les mettre en œuvre, ce sera de discuter pQur chaque auteur, et parfois même dans chaque cas particulier, les raisons qui doivent nous inspirer plus ou moins de confiance dans la fidélité de ces narrations relativement récentes.

Ainsi, il y a d'abord de précieuses exceptions à la méthode ordinaire des écrivains anciens. Parmi elles il faut mettre au premier rang le père de l'histoire ecclésiastique, le consciencieux Eusèbe de Césarée. Son grand ouvrage historique est plutôt une collection de documents disposés par ordre chronologique et précédés de courtes introductions qu'un récit continu (1). Il ne néglige pas cependant de rapporter aussi à l'occasion les traditions à l'appui desquelles il ne peut citer aucun

(1) Aussi n'avons-Dous pu voir sans un profond étonnement quelques auteurs modernes, qui avaient certainement lu Eusèbe avec attention, fonder une supposition d'interpolation sur cette remarque, que le chapitre où se trouve tel docimient assez embarrassant pour eux peut se retrancher sans rompre aucunement le fil de la narration. Us auraient dû s'apercevoir que la même remarque s'applique presque à tous les chapitres des dix livres de V Histoire ecclésiastique.

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