‹ Principes de la critique historiqueChapitre 96 sur 146 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

tant la mention en est brève ou obscure, mais dont le sens est éclairci et en quelque sorte révélé par elles.

Recueillons donc avec soin les traditions populaires des différents pays et des différentes époques, comparons-les entre elles, examinons-en la valeur à la lumière des autres renseignements acquis par la science ; et lorsque cette lumière nous fera complètement défaut, ayons la patience d'attendre qu'elle nous soit apportée par de nouvelles découvertes, nous contentant jusque-là de la probabilité quelconque qui résulte de la tradition. Ce sera le moyen de ne rien perdre de nos richesses, sans nous exposer à en exagérer l'importance et à les rendre suspectes en y mêlant des pièces de mauvais aloi.

Mais l'attente est pénible. On est impatient d'exploiter le fonds actuel et d'en tirer le meilleur parti possible. Aussi ne peut-on s'étonner que des critiques aient essayé d'établir certaines règles pour distinguer dans les traditions populaires, prises isolément, la part de vérité qu'elles renferment. Cependant, il faut l'avouer, ces louables tentatives n'ont pas encore abouti à un résultat bien net. Les règles proposées font illusion tant qu'on se renferme dans la théorie; elles ne résistent pas à l'épreuve décisive de la pratique.

Il pourrait sembler sage, par exemple, d'admet-

tre comme vraie la substance des faits, sauf à ne pas tenir compte des détails dont les caprices de la renommée se plaisent souvent à les orner. Cette règle se justifiera même par plus d'une application. Ne la trouve-t-onpas tout à fait juste dans les traditions sur la chute primitive, sur le déluge, sur la dispersion des peuples, traditions qu'on rencontre sous toutes les latitudes, toujours identiques pour le fond, mais avec une si merveilleuse variété de détails (1)?

Malheureusement, il est aussi une foule de cas où la substance même n'a d'autre fondement que la naïve hardiesse de l'imagination populaire. Citons quelques traits; ils offriront tout au moins l'avantage de reposer un peu l'esprit de nos lecteurs.

Voici une légende thuringeoise, dont la première trace saisissable apparaît en 1584, mais qui ne tarda pas à se répandre par toute l'Allemagne et à trouver du crédit même chez les plus respectables historiens; aujourd'hui encore, bien de braves Allemands ne doutent pas de son entière vérité. Vers 1227, un comte de Gleichen s'en alla guerroyer en Palestine, à la suite de son suzerain, le

(1) Gomp. Manuel d^histoire ancienne de V Orient jusqu'aux guerres médiqueSf par M. Fr. Lenormant, 9<> édit., tom. I, liv. I, ch. II* Traditions paràUèles au récit biblique.

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