‹ Principes de la critique historiqueChapitre 95 sur 146 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sur les lieux, pour obtenir d'eux des nouvelles certaines, la confirmation des faits sur lesquels on s'accorde, la solution des difficultés qui naissent des versions contraires. Le caractère des personnages chargés des rapports officiels est-il tel qu'il n'ose se fier à eux, lui est-il impossible de correspondre avec ses amis, parce que les communications sont interrompues par la guerre ou pour toute autre cause; en un mot, se trouve-t-il réduit aux seules informations de la rumeur publique, il restera indéfiniment dans l'état de doute et se contentera d'une probabilité plus ou moins grande, jusqu'à ce qu'il trouve le moyen de mieux s'éclairer.

Pourquoi n'agirions-nous pas de même en présence d'une tradition populaire? N'a-t-elle pas les mêmes droits à notre attention, et n'avonsnous pas par rapport à elle les mêmes motifs de défiance ? Ce secours n'a-t-il pas mis souvent des critiques sagaces sur la voie de découvertes importantes, auxquelles ils ne seraient jamais parvenus par le seul moyen des monimients écrits ou figurés? Et d'un autre côté, ces critiques n'ont-ils pas eu a constater, en étudiant les documents historiques, le mélange singulier et, s'il est permis de parler ainsi, capricieux, de vrai et de faux qui se rencontre à chaque pas dans les traditions populaires? Ceux qui sont tant soit peu au fait des

résultats obtenus par les restaurateurs de Thistoire ancienne de l'Orient et des magnifiques travaux de M. J. B. de Rossi sur les catacombes romaines, n'hésiteront pas à répondre affirmativement.

n serait donc également téméraire, et de ne tenir aucun compte des traditions orales pour s'en rapporter uniquement aux témoignages écrits et aux monuments contemporains, et d'ajouter à ces traditions une foi entière, à la seule condition qu'elles ne soient pas en contradiction formelle avec d'autres données de l'histoire, sans en recevoir d'ailleurs aucune confirmation. Jamais elles ne seront par elles-mêmes un fondement suffisant pour établir avec certitude la vérité d'un fait historique, — à moins qu'il ne s'en rencontre plusieurs de sources diverses, dont l'accord ne peut s'expliquer que par l'existence de ce fait (1) ; mais elles serviront de pomt de départ à des recherches fécondes, et quelquefois elles nous domieront de certaines énigmes historiques une explication que nous aurions vainement cherchée dans les écrits du temps. Souvent aussi, elles nous feront découvrir dans ceux-ci des détails précieux, que nous n'y aurions jamais remarqués.

(1) Nous reviendrons sur ce point lorsque nous traiterons de la conjecture (chap. xv).

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