CHAPITRE XI
après avoir épousé successivement deux femmes, bien entendu sans devenir bigame (1).
Une origine semblable peut être assignée aux nombreuses légendes des martyrs céphalophores. Elles se ressemblent presque toutes d'une manière frappante. Immédiatement après le supplice, le corps du saint se dresse sur ses pieds, au grand ébahissement des bourreaux, prend entre les mains sa tête tombée sous la hache, et, l'élevant à la hauteur de la poitrine, se met en marche, soit vers sa demeure, soit le plus souvent vers le lieu où il veut être honoré, et va se coucher là pour ne plus se relever. La première source de ces légendes, ainsi que les BoUandistes Font indiqué plus d'une fois, se trouve probablement dans ce texte de saint Jean Ghrysostome : * Gomme des soldats " s'adressent avec confiance à leur roi, lorsqu'ils ** peuvent lui montrer des blessures reçues à son ** service, de même ces saints martyrs, se pré- ** sentant devant le Roi du ciel avec leur tête entre ** les mains, obtiennent de lui tout ce qu'ils dési- " rent (2). „ Quelque naïf ymagier du moyen âge aura traduit ce texte en sculpture, et de là est résulté bientôt un type caractéristique des saints
(1) Coinp,Ddllinger,l>i> Popsf-i^a&e/n des Mittélcdters,^,^.
(2) Ghrysost. Homil. 40 in SS. Juventinum et Maximinum (Migne, P. G., tom. XLIX-L, col. 576).
décapités. Malheureusement la signification de ce type se perdit aux siècles suivants, et le goût du merveilleux aidant, ainsi que Témulation pour la gloire du patron du lieu, on vit bientôt apparaître de tous côtés, particulièrement en France, cette foule de traditions qui consacrèrent une interpré-, tation nouvelle et plus dramatique. Le P. Cahier, dans ses Caractéristiques des saints (1), a pu dresser une Uste d'environ quatre-vingts martyrs ou groupes de martyrs céphalophares : la plupart ont en même temps, dans les traditions populaires, une légende de la forme mentionnée plus haut. Encore cette liste, au témoignage du P. Cahier lui-même, est-elle loin d'être complète.
D'autres traditions doivent leur naissance à des inscriptions plus ou moins librement interprétées. Mabillon rapporte un cas assez curieux. Du temps d'Urbain VIII, arriva à Rome une supplique d'une église d'Espagne, qui demandait des indulgences pour la fête d'un saint Viar, dont elle prétendait posséder le corps. La nouveauté de ce nom surprit le pape. Avant de rien accorder, il voulut savour sur quels monuments reposait le culte du prétendu saint. L'enquête aboutit à constater que toutes les preuves de sa sainteté se réduisaient à une pierre placée à l'endroit où on le croyait ense-
(1) Art. Tête coupée.