CHAPITRE PREMIER
ÉCHELLE DLVTONIQUE (ÉTUDE).
L'échelle diatonique a deux manières d'être qui déterminent deux modes : le majeur et le mineur. Ces deux modes qualifient la tonalité; ils résultent de la nature variable des 3" et Q' degrés.
Les intervalles ont donc plusieurs manières d'être que Ton classe en différentes espèces.
Un intervalle, sous le même nom, peut être majeur ou mineur, juste ou altéré, diminué ou augmenté.
La nature des intervalles est appréciée selon la position respective des degrés de l'échelle diatonique majeure (gamme normale). Ou comprend pourquoi les intervalles naturels de la gamme ont pour premier terme, ou point de départ, la tonique, ou premier degré, base du système tonal; et pour second terme, ou point d'arrivée, chaque degré suivant de l'échelle diatonique , ordre dans lequel sont énoncés les intervalles simples. ( Voir page 24).
Les intervalles diffèrent entre eux de cinq manières :
P En étendue, un grand intervalle diffère ainsi d'un plus petit. (Voir l'échelle des sons) ;
2° En résonnance ou en accord, c'est ainsi qu'un intervalle consonnant diffère d'un dissonnant. (Voir les intervalles harmoniques) ;
3" En quantité, comme un intervalle simple diffère d'un intervalle composé. (Voir les intervalles simples et composés);
4° En genre, c'est ainsi que les intervalles diatoniques, chromatiques, enharmoniques diffèrent entre eux. (Voiries cinq espèces d'intervalles);
5° En nature de rapport, comme l'intervalle, dont la raison peut s'exprimer en nombres, diffère d'un intervalle irrationnel (Voir le rapport des nombres; conclusion).
La définition des intervalles simples naturels s'obtient à l'aide de la gamme normale, qui est le principe et le point de comparaison des différentes espèces d'intervalles.
1° Les intervalles essentiels à la tonalité, tels que la quarte, la quinte, l'octave et l'unisson, sont justes sur l'échelle diatonique. L'espèce juste n'a point d'espèce qui lui Boit opposée dans le renversement (1); l'espèce juste reste juste. Ces intervalles sont les éléments principaux de la tonalité;
(1) On ne peut, en effet, concevoir un terme opposé à juste, si ce n'e.st celui do faux ou dissonnant, qui se rapporte aux intervalles altérés.
2° les intervalles essentiels au mode, tels que la tierce et la sixte, sont de nature variable; ils peuvent être de deux espèces, majeurs ou mineurs, selon la nature du mode. Dans le renversement, le majeur est opposé au mineur, et réciproquement le mineur au majeur : ces intervalles constituent les éléments du mode.
Les intervalles de seconde et de septième sont de même nature dans les deux gammes majeure et mineure; ils sont d'espèce majeure dans les deux modes.
Cette uniformité vient de certaines lois de tonalité qui prescrivent : premièrement, à toute succession diatonique, soit majeure ou mineure, de procéder du 1''' au 2" degré par un ton d'intervalle (2« majeure), le ton entier étant la base du système diatonique; secondement, du 7^ au 8^ degré par un demi-ton d'intervalle, le 7^ degré étant note sensible dans les deux modes, etc.
Néanmoins, ces deux intervalles, pris isolément (et n'ayant aucun lien qui les rattache par l'enchaînement prescrit à la succession diatonique de l'un ou de l'autre des deux modes de la tonalité), peuvent alors, ainsi que la tierce et la sixte, être modifiés et devenir mineurs, ces deux intervalles étant, ainsi que les deux espèces, opposés l'un à l'autre.
La seconde et la septième sont les éléments secondaires de la tonalité.
Les intervalles simples, naturels, provenant de la gamme normale reçoivent les deux qualifications suivantes :
De
ou du
De
ou du
De ou du
De ou du
De
ou du
De ou du
De ou du
au 2" degré
I intervalle de seconde majeure (1),
'■' au 3*= degré
, j intervalle de tierce majeure,
" au 4^ degré
au f)" degré )
, j intervalle de quarte juste (2),
intervalle de quinte juste,
à () "• au 6*^ degré
à 1 " au 1" degré
à 8 ' au 8" degré
[ intervalle de sixte majeure, intervalle de septième majeure,
! intervalle d'octave juste,
formant deux espèces primitives d'intervalles : l'espèce majeure et l'espèce juste.
(1) Les intervalles susceptibles de variations sont appelés majeurs, quand ils sont aussi grands qu'ils peuvent l'être sans devenir faux, c'est-à-dire altérés.
(2) Juste. Cette épilluMcî se donne i,MMicrnl< incnf aux intervalles dont les sons se trouvent o\actement dans le rapport qu'ils doi\(Mil avoir par rapport à la tonalité.
Les intervalles simples modifiés déterminant le mode mineur sont :
De 1 à 3 ) , . „x
J intervalle de tierce mineure (1), ou tlu 1" au 3« degré '
De 1 ;i G \
\ intervalle de sixte mineure, ou du 1" au 6" degré )
formant une troisième espèce d'intervalles : l'espèce mineure.
Les deux modes de latonalité déterminent, eneffet.trois espèces d'intervalles naturels :
1" L'espèce majeure;
2° L'espèce juste;
3" L'espèce mineure;
Les intervalles justes ne peuvent recevoir aucune modification <2) ; leur nature juste est essentielle à toute tonalité , mais ils peuvent subir deux sortes d'altération, la diminution et l'augmentation.
Ces deux sortes d'altération forment deux espèces d'intervalles altérés opposées l'une à l'autre :
1° L'espèce diminuée;
2° L'espèce augmentée.
Par l'altération des intervalles justes, ceux-ci sortent de la tonalité. Par la modification des intervalles de tierce et de sixte, on change la nature du mode , seulement, sans détruire la tonalité.
L'altération s'effectue de deux manières :
Par la diminution, en haussant la tonique, ou 1" terme de l'intervalle d'un' demi-ton ;
Par l'augmentation, en haussant le 2' terme de l'intervalle, ou point d'arrivée d'un
demi-ton. Exemple :
4^ dim. i" juste. 4® augm.
5^ dim. 5^ juste. 5^ aHgm.
et pour oppose, ou renversement :
4« augm. 4'= juste. 4" dim.
,5^ augm. 5« juste. 5*^ dim.
Unisson juste Unisson augm.
opposé ou renversé :
8" juste. S" dim.
Ilff
^ — tfg:
(1) Nom que portent certains intervalles, quand ils sont aussi petits qu'ils peuvent l'être sims devenir faux, c'est-à-dire altérés.
(2) Les intervalles appelés parfaits, tels que l'octave, la quarte et la quinte, ne varient point, et ne sont que justes ; sitôt qu'on les altère, ils sont faux.
Les intervalles susceptibles de modification (tels que les intervalles majeurs opposés aux mineurs, et vice verso), peuvent aussi être altérés, mais d'une seule manière, soit par la diminution, soit par l'aug-mentation.
L'altération se produit en diminuant l'intervalle mineur ou en augmentant l'intervalle majeur.
Les deux espèces d'altération, la diminuée (1) et l'augmentée (2), sont opposées l'une à l'autre.
Le renversement des intervalles détermine alors le genre d'altération que peuvent subir les intervalles modifiables (3). Exemple :
La seconde majeure, intervalle naturel, modifiée à l'exemple de la tierce et de la sixte, devient seconde mineure. Quel est, pour l'intervalle de seconde, le genre d'altération possible? Est-ce la diminution? Est-ce l'augmentatioû? Il est évident que c'est l'augmentation, car on peut augmenter d'un demi-ton la seconde majeure, mais non diminuer d'un demi-ton la seconde mineure (4), ce qui donne le résultat suivant :
T au2.
tf
2"^ maj.
T min.
et par l'eff'et du renversement de l'intervalle de seconde, qui oppose les espèces entre
elles ;
V maj.
7" min.
V dim.
(1) Diminué. Tout, inlervallo mineur dont on retraii<lic un demi -ton par réiévatiou do la note inférieure.
(2) Augmenté. Tout intervalle majeur auquel on ajoute un demi -ton par 1 élévation de la note supérieure
(3) Connue l'espèce mineure est ollo-mèmc opposée, par le renversement, aux intervalles majeurs.
(4) Le demi- ton étant la diiïérencc établie entre chaque espèce.
Mais pour la tierce majeure, intervalle naturel, qui, modifiée, ainsi que la sixte dans le mode mineur, devient tierce mineure, quel sera, i)our l'intervalle de tierce, le genre Jl'altération admissible? Sera-ce la diminution ou l'aug-mentation?
Si, pour un moment, on veut bien intervertir l'ordre naturel de la formation des intervalles, et procéder par l'intervalle de sixte avant celui de tierce, il sera facile, par ce moyen, de résoudre la question ; car, le genre d'altération qui sera admis pour l'intervalle de sixte déterminera alors, en sens opposé, celui qui conviendra à l'intervalle de tierce par le renversement.
La sixte majeure, intervalle naturel, modifiée ainsi que la tierce dans le mode mineur, devient sixte mineure. Il faut remarquer que la sixième note du mode majeur, baissée d'un demi-ton , et ainsi modifiée , formant sixte mineure , peut aussi être haussée d'un demi-ton et former sixte augmentée , puisque la sixième note de la gamme normale a, indépendamment de sa nature primitive (naturelle), deux autres manières d'être, affectées aux deux genres chromatiques. Ces trois manières d'être, déterminées par le b, le kj, le J, s'expriment ainsi :
6*= min. Ci^ maj. 6* aug..
go "^c^ — Jy
Le caractère de l'altération propre à l'intervalle de sixte est donc l'augmentation.
Maintenant, on peut conclure que, pour l'intervalle de tierce, le genre d'altération, qui lui convient est la diminution : la tierce diminuée est, en effet, opposée à la sixte augmentée , par le renversement. Mais de quelle manière doit s'effectuer cette dinjinution?
La tierce majeure
modifiée devient tierce mineure,
fe:
laquelle ne peut devenir tierce diminuée
qu'en haussaut d'un demi-ton le premier deg-ré (1) , ( premier terme de l'intervalle).
Cette altération se trouve ainsi caractérisée; elle provient de la gamme chromatique par dièses. Le principe d'altération est le même pour l'intervalle de tierce que pour l'intervalle de sixte.
En résumé, les intervalles simples modifiés et altérés forment cinq espèces différentes d'intervalles, qui sont :
1° Espèce majeure,)
[ intervalles naturels; 2° Espèce juste , J
S"" Espèce mineure, intervalles modifiés;
4° Espèce diminuée, ) . „ ,,, ,
j mtervalles altérés.
5" Espèce augmentée, *
Ces cinq espèces d'intervalles servent à qualifier les trois manières d'être, c'est-à dire les trois aspects différents sous lesquels chaque intervalle peut être présent-' (Voir le tableau des intervalles).
(I) Tandis qu'il en serait tout autrement avec la tierce dinminuée
Le miW ne figurant aucunement dans les deux gammes chromatiques (['ut t^, cet intervalle
■Wi=
ne peut être admis en principe que résultant de la modification de la tierce et de l'altération du I" degré, le ton étant celui d'wï b. Exemple :
Ton d'ut t.
3" dim.
-giT^^PëT