GAMME
Gamme , gamm'ut ou gamma-ut. Table ou échelle inventée par Gui Arétin (si Ton en croit les traditions) sur laquelle on apprend à nommer et entonner juste les degrés de l'octave par les six notes de musique ut, ré, mi, fa, sol, la, suivant toutes les dispositions ou muances qu'on peut leur donner, ce qui s'appelle solfier.
Aristide Quintilien nous apprend que les Grecs avaient, pour solfier, quatre syllabes ou dénominations des notes (5) ; les sons homologues gardant les mêmes rapports d'un tétracorde à l'autre étaient répétés de quarte en quarte, comme chez nous, d'octave en octave.
Gui d'Arezzo ayant substitué son hexacorde au tétracorde ancien (6), substitua aussi,
(1) Ton se prend pour une règle de [modulation relative à une note ou corde principale, qu'on appelle tonique.
(2) D'après la gamme italienne.
(3) D'après la gamme française.
(4) D'après la gamme allemande.
(5) Les caractères de l'alphabet, simples ou complexes, entiers ou mutilés; servaient de notes et se chantaient sur les quatre syllabes ta, ta, thc, tho. La première répondait au premier son de chaiiuc tétracorde; la seconde au deuxième son du premier tétracorde et des suivants, etc.
(G) Tout le système des Grecs ne fut donc d'abord composé que de quatre sons tout au plus, qui formaient l'accord de leur lyre ou cithare, (les (lualre sons, selon (]uei(pies uns, étaient par degrés conjoints; selon d'autres, ils n'étaient pas ■diatoni(|nrs, mais les deux extrêmes sonnaient roeta\e, et les deux moyens la partageaient en une quarte de clia(iue côté et un ton dans le milieu, de la manière suivante : ut fa, sol ut. Ce système ne demeura pas longtemps borné à si peu de sons. Phcréerate, dans
pour le solfier, six autres syllabes aux quatre que les Grecs employaient autrefois; ces six syllabes sont les suivantes : tU, ré, mi, fa, sol, la, tirées, comme chacun sait de l'hymne de Saint-Jean-Baptiste. Quant à la syllabe ut^ les Italiens l'ont toujours remplacée par do pour solfier, quoiqu'ils nomment ut et non pas do dans la gamme.
Gui Arétin, en composant la gamme, n'inventa que six syllabes, ut, ré, mi, fa, sol, la, parce qu'il ne fit que changer en hexacorde les tétracordes des Grecs , quoique au fond sag-amme fût, ainsi que la nôtre, composée de sept notes. Il arriva de là que, pour nommer la septième, il fallait à chaque instant changer les noms des autres et les nommer de diverses manières (1), embarras que nous n'avons plus depuis l'invention du si (2).
La gamme a aussi été nommée main harmonique, main musicale, parce que Gui (3) employa d'abord la figure d'une main , sur les doigts de laquelle il rangea les notes pour montrer les rapports de ses hexacordes avec les cinq tétracordes des Grecs. Cette main a été en usage pour apprendre à nommer les notes jusqu'à l'invention du si, qui a supprimé chez nous les muances, et par conséquent la main harmonique, qui sert à les expliquer; savoir sa main fut la science première de tout musicien, depuis le moyen-âge jusqu'à la seconde moitié du xxvn^ siècle.
Cette gamme, dans toute son étendue, était composée de vingt-deux cordes ou notes, c'est-à-dire de deux octaves et d'une sixte majeure. Ces cordes étaient représentées par des lettres et par des syllabes.
Les lettres désignaient invariablement chacune une corde déterminée de l'échelle, comme elles font encore aujourd'hui; mais comme il n'y avait d'abord que six lettres, puis sept (4), et qu'il fallait recommencer d'octave en octave, ou désignait ces octaves par les figures des lettres.
Plutarqne, fait faire au système un progrès rapide; il donne douze cordes à la cithare. Le système des Grecs s'étendit insensiblement tant en haut qu'en bas ; il atteignit et passa même l'étendue du dis-diapason ou de la double octave.
Ce système entier était composé de quatre tétracordes, trois conjoints et un disjoint, et d'un ton de plus, qui fut ajouté au-dessous du tout pour achever la double octave; d'où la corde qui le formait prit le nom de proslambanomène ou d'ajoutée.
Telle est la tabie du système général des Grecs pris dans un seul mode et dans le genre diatonique :
la si ut ré mi fa sol la si\? si^ ut ré mi fa sol la.
Tel fut, dans sa perfection, le système général des Grecs, lequel demeura à peu près dans cet état jusu'au onzième siècle, temps où Guido d'Arezzo y fit des changements considérai)les : il ajouta dans le bas une nouvelle corde qu'il appela hypoproslambanomène, ou sous-ajoutée, et dans le haut un cinquième tétracorde, qu'il appela le tétracorde des sur-aiguës : outre cela, ii inventa, dit-on, le bémol, nécessaire pour distinguer la deuxième corde d'un tétracorde conjoint de la première corde du même tétracorde disjoint ; c'est-à-dire qu'il fixa cette double signification de la lettre J5, que saint Grégoire, avant lui, avait déjà assignée à la note si; car, puisqu'il est certain que les (irecs avaient depuis longtemps ces mêmes conjonctions et disjonctions de tétracordes, et par conséquent, des signes pour en exprimer chaque drgré dans ces deux différents cas, il s'en suit que ce n'était pas un nouveau son introduit dans le système par Gui, mais seulement un nouveau nom qu'il donnait à ce son, réduisant ainsi à un même degré ce qui en faisait deux chez les Grecs. 11 faut dire aussi de ces hexacordes, substitués à leurs tétracordes, que ce fut moins un changement au système qu'à la méthode, et que celui qui en résultait était une autre manière de solfier les mêmes sons.
(1) Système monstrueux de solmisation qui fut en usage depuis le xiie siècle jusqu'au commencement du xviii^; système d'après lequel les noms des signes représentatifs des sons changeaient à chaque instant dans un même chant, et qu'on appelait, à cause de cela, systèmes de muances.
(2) Que les Français ont ajouté pour renfermer sous des noms différents tous les sept sons diatoniques de l'octave.
(3) Suivant la tradition.
(4) En plusieurs endroits de ses ouvrages, Guido déclare qu'il y a sept sons dans l'échelle musicale. et qu'il faut sept lettres ou caractères pour les représenter.
La première octave se marquait par des lettres capitales de cette manière T (l), A, B, etc.; la seconde, par des caractères courants g, a, b; et pour la''sixte surnuméraire DU employait des lettres doubles, gg^ aa, àô, etc.
Quant aux syllabes, elles ne représentaient que les noms qu'il fallait donner aux notes en les chantant. Or, comme il n'y avait que six noms pour sept notes, c'était une nécessité qu'au moins un même nom fût donné à deux notes différentes, ce qui se fit de manière que ces deux notes mi, fa, ou la, fa, tombassent sur les semi-tons; par conséquent, dès qu'il se présentait un dièse ou un bémol qui amenait un nouveau semiton, c'était encore des noms à changer, ce qui faisait donner le même nom à différentes notes, et différents noms à la même note, selon le progrès du chant, et ces changements de noms s'appelaient muances (voir page suivante : A, B, C et D).
On apprenait donc ces muances par la gamme. A la gauche de chaque degré on voyait une lettre qui indiquait la corde fixe appartenant à ce degré; à la droite, dans les cases, on trouvait les différents noms que cette même note devait porter en montant ou en descendant, par bécarre ou par bémol, selon le progrès.