‹ Principes de la fortification antique: précis des connaissances techniquesChapitre 17 sur 36 · ETUDE DE DIVERSES FORTIFICATIONS ANTIQUES · texte numérisé non relu

ETUDE DE DIVERSES FORTIFICATIONS ANTIQUES

ALÉE eu Arcadie.

ce est construite sur le promontoire formé dans la plaine par l'extrémité de la chaîne montagneuse de l'Ologyrtos. Elle donne un spécimen bien net des places triangulaires dont on a parlé dans le chapitre I er . Le mur qui formait la base du triangle et qui fortifiait le pied

de la hauteur a disparu en entier ; ce n'est que sur le rocher,taillépour recevoir les premières assises, qu'on en peut quelquefois reconnaître la directionnel).

Les deux autres côtés, qui remontent le long des flancs de la montagne pour se rejoindre sur la croupe, sont de la plus belle construction polygonale, souvent conservés jusqu'à une

Fig. SI. — Aléc, en Arcadir.

hauteur de quinze mètres et flanqués de plusieurs tours carrées.

Le côté à droite, par rapport à l'observateur qui regarde du côté de la hauteur, en a sehe et une porte près de la dixième tour, à compter d'en bas. Cette tour placée à la droite de celui qui entre a une plus forte saillie que les autres.

Le troisième côté contient dix-neuf tours semblables et également espacées.

Le sommet, point favorable à l'attaque, est fortifié par deux grosses tours carrées; de plus, il est séparé de la ville basse par deux grands murs concaves se réunissant en une tour carrée fortement en saillie, de manière à former une acropole. Dans l'un de ces murs est percée, du côté de la porte de la ville, une porte munie *' * d'un couloir extérieur dont Taxe est oblique. Toutes les tours ont leur entrée à l'intérieur et à l'un des coins [fig. 22); le linteau de ces portes est formé (fig. 23) de deux pierres penchées et se servant mutuellement d'appui.

Dans quelques pierres on voit encore les joints en fer qui les Kig. ±3. unissent et qui ont la même

forme qu'au Parthéhon \

ALINDA en Carie.

Les ruines de l'antique cité d'Atmda dominent le petit village moderne nommé Demirdji-Deressi, dans le bassin du Méandre.

1. Renseignements et dessins extraits des Souvenirs d'une exclusion d'Athènes en Arcadie, pat M.Raxgabé (Mémoires de l'Académie des tnscr., 1" série, tome V, \" partie.)

Alinda fut autrefois le séjour d'Ada, reine de Carie. M. Trémeaux y a recueilli des médailles byzantines portant le nom d'Alinda et d'Alahinda, ville voisine.

« Les tours et le mur qui défendaient l'acropole et la ville, du côté de la montagne, existent encore presque

entièrement. On voit à une certaine hauteur, dans ces tours , les banquettes et les meurtrières qui ont été pratiquées pour la défense; un peu plus haut, sur un mamelon rocheux qui domine la ville et même l'acropole, on a élevé une F»*- «*• tour fortifiée pour

garder ce point important *. »

La figure 24 ci-desssus, extraite du plan donné par M. Trémeaux , montre au point culminant de la citadelle une courtine concave, et, un peu plus bas, sur la gauche, une tour posée obliquement sur les courtines voisines (Cf. Philon, S vm, 6 et 13). En avant se trouve une tour détachée, un phrourion.

Le plan de la ville d'Alinda donné dans l'ouvrage de MM. Le Bas et Waddington, ne contient aucune trace des dispositions signalées par M. Trémeaux; il me parait, du i^ste, assez peu vraisemblable.

I. Trémeaux. Exploration archéologique en A*ie Mineure. Pari* , IS74. chez l'auteur. 41. rue Vernier.

ANDBOS (Tour isolée daus l'île d').

Yoy. pL 1.)

La tour dont on voit les plans, l'élévation et la coupe sur la planche 1, se trouve à Andros, l'unedes îles de l'archipel grec, près de la ville de ce nom. Elle présente tous les caractères de l'architecture hellénique du temps d'Épaminondas : assises horizontales régulières, joints obliques, fenêtres trapézoïdales.

Un soubassement, haut de 5 m .60, formé d'énormes pierres (3 mètres de long sur 1 mètre de haut), contient, en son milieu, une chambre couverte par une voûte sphérique, destinée à servir de magasin. On y accède de l'extérieur par une porte très basse (1"\30) et un couloir qui est défendu par une cheminée communiquant à l'étage supérieur ; la chambre elle-même ne communique à cet étage que par un œil percé au centre de la voûte.

La porte de l'étage, qui est à 5 m .60 au-dessus du sol, n'est accessible que par une échelle et devait être défendue par un mâchicoulis en bois placé en dehors de la fenêtre de l'un des étages supérieurs, à une hauteur de onze mètres, qui défiait toute tentative d'escalade. On remarquera, sur l'un des côtés de cette fenêtre, une large dalle plate faisant saillie et servant de bouclier fixe pour le côté droit du défenseur. '

La surface extérieure de la tour présente quatre rainures verticales allant du haut en bas, et dont je ne m'explique point l'usage.

Les figures 1 à 5 de la planche 1 ont été faites d'après les dessins qui accompagnent le Voyage de MM. Le Bas et Waddinoton en Grèce et en Asie Mineure; mais on a mis ici la dalle-bouclier à droite du défenseur, tandis, que, dans l'ouvrage précité, elle se trouve a gauche, sans doute par suite d'une erreur du graveur.

ANTÏOCHE en Svrit».

Procope nous apprend que Justinien fit relever, sur un plan nouveau, les murailles de cette ville détruites par Chosroès. Ce qui subsiste de nos jours concorde bien avec la description qu'en donne l'historien byzantin au chapitre V de son livre DejEdifîciis, sauf pour la citadelle qui a été construite vers Tan 980.

La ville était située au pied des montagnes, et son enceinte, dont le pourtour mesurait au moins 10 kilomètres, s'étendait partie dans la plaine , partie sur le flanc de trois collines. Le tracé ne présente aucune particularité remarquable. Dans la plaine, il se compose de longs côtés en ligne droite qui paraissent avoir été flanqués par des tours carrées distantes.de 150 mètres. Sur la montagne, il suit les croupes; les tours sont plus rapprochées, et, dans certains points favorables, elles sont très grosses et pentagonales ou hexagonales. M. G. Rey 1 ne nous donne malheureusement aucun détail sur ces tours pentagonales, que nous ne pouvons juger qu'à une petite échelle sur le plan d'ensemble et par une perspective ; il est un peu plus explicite pour les autres tours prismatiques que j'ai appelées hexagonales à l'exemple de l'anonyme de Byzance), bien qu'en réalité elles aient sept côtés. Elles sont construites en pierre

de taille de moyen

appareil, et leurs

voûtes intérieures

sont en briques.

^~~* l Le rez-de-chaus-

Flg * 25, sée est occupé par

une salle percée de meurtrières, s'ouvrant vers la place

t. Étude sur les monuments de V architecture militaire des Croisés en Syrie. Paris, lrapr. nat., 1871.

par une arcade en plein cintre. Elles n'ont pas d'escalier, et c'était par la banquette du rempart que l'on pénétrait dans l'étage supérieur présentant les mômes dispositions défensives que le rez-de-chaussée (fig. 25). Quant aux tours carrées, elles sont construites en pierre de taille, avec des cordons de brique régulièrement espacés ; les portes sont à linteaux carrés, avec arcs de décharge. Ces tours ont presque toutes trois étages de défense. Au rez-de-chaussée, un couloir, sur lequel s'ouvre un escalier montant à Pétage supérieur, conduit dans la salle, qui n'est éclairée que par des meurtrières percées dans les murs. L'escalier occupait à peu près la moitié de la largeur de l'édifice. Il donnait accès en même temps au chemin de ronde des courtines par des portes s'ouvrant sur le palier supérieur. Cette partie de la tour était subdivisée en deux par un plancher, et formait de la sorte deux étages de défense.

La courtine a presque partout 2 mètres d'épaisseur.

En quelques points, sa largeur est augmentée par de courts contre-forts intérieurs reliés par «g. «6. des voûtes en

plein cintre [fig. 26).

Le couronnement des murs est partout détruit. Un -grand nombre de portes et de poternes, ne présentant aucune particularité, mettaient en communication l'intérieur de la place avec la campagne.

AOSTE en Italie (p/. 2).

M. Carlo Promis, savant architecte de Turin, a publié sur la ville d' Aoste une excellente monographie qui mon Ire

avec quelle légèreté étaient faits les dessins etles descriptions du chevalier Canina, les seules sources auxquelles, pendant longtemps, on pouvait puiser pour l'étude des fortifications antiques.

D'après Strabon, la cité d'Aoste fut fondée sous le règne d'Auguste, à peu près au commencement de notre ère, sur l'emplacement d un camp permanent établi par Varron pendant les dernières guerres contre les Salasses Son périmètre est un rectangle de 724 mètres sur 572, et sa superficie est de 42 hectares environ, c'est-à-dire plus dedeux fois la superficie du plus grand camp connu. Elle pouvait contenir 3,000 familles de colons, avec tout le personnel administratif qui constituait une cité romaine.

Le mur est en cailloux roulés de la Doire, noyés dans un bain de mortier d'excellente chaux ; le revêtement extérieur est formé de tuf calcaire des Alpes, débité en pierres carrées de moyen appareil ; le revêtement extérieur est un opus incertum dont on cessa de faire usage à la fin du règne d'Auguste.

L'épaisseur du mur pour les courtines est de 2 mètres au sommet et de 2 m .80 au pied. Cette augmentation d'épaisseur s'obtient par deux ressauts apparents tant sur le parement intérieur que sur le parement extérieur.

Les courtines sont en outre renforcées à l'intérieur par des contre-forts distants de 14 mètres d'axe en axeet d'une saillie d'un peu moins de 3 mètres, qui servaient très probablement de piles à des ponts de charpente destinés à élargir le chemin de ronde au moment du besoin. Grâce à ces ponts, le chemin de ronde pouvait arriver a une largeur de plus de 4 mètres.

Le mur est crénelé et épais de m .60; la hauteur de la courtine, depuis le sol jusqu'au sommet des créneaux, n'est que de 8 mètres.

Les tours sont espacées de 170 mètres sur les grands côtés et de 130 sur les petits ; leurs murs sont à peu près semblables à ceux des courtines. Elles ne dépassent pas le niveau de celles-ci et jouent, par conséquent, le même rôle que les bastions modernes, c'est-à-dire un rôle de flanquement à l'aide de leur saillie qui est de 4 W .50.

Il y a deux portes, une au milieu de chacun des petits côtés, aux extrémités de la rue principale. Chacune de ces portes est flanquée par deux tours disposées de manière à donner naissance à un long couloir avec passage au milieu pour les voitures et deux passages latéraux pour les piétons.

Il n'y a aucune trace d'escalier ; on arrivait probablement au sommet des courtines et des tours à l'aide d'escaliers en bois établis au moment du besoin.

Page 1