‹ Principes de la fortification antique: précis des connaissances techniquesChapitre 20 sur 36 · CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

CONSTANTINOPLE

^ (Voy. planche 4 )

La ville est de forme triangulaire, et son périmètre présente un développement d'environ 20 kilomètres ; deux des côtés sont baignés par la mer et défendus par une simple muraille envahie aujourd'hui presque partout par les maisons particulières. Le troisième côté,opposé aux attaques par terre, forme une ligne droite longue de 7 kilomètres et domine presque partout le terrain environnant. A l'une de ses extrémités se trouve une sorte de citadelle appelée le château des Sept-Tours.

A l'époque de l'empereur Septime Sévère, le côté de la ville tourné vers la terre était fortifié par une mu-

raille sur laquelle Dion Cassius nous a laissé quelques détails. Cette muraille se composait de gros blocs de pierre parfaitement équarris et liés entre eux par des crampons d'airain ; à l'intérieur elle était renforcée par des contreforts et des remblais ; elle présentait à la partie supérieure un large chemin de ronde couvert. De hautes tours formaient saillie à l'extérieur tout en étant à cheval sur le mur, de telle sorte que les gens qui faisaient la ronde étaient obligés de passer par l'intérieur des tours.

Septime Sévère détruisit complètement cette fortification en l'an 1 97 de notre ère.

En 328, Constantin la rétablit; mais l'essor qu'il donna à ±a ville fut tel, qu'en 413 Théodore le jeune dut démolir les anciennes murailles pour les reporter en avant. Ce fut l'ingénieur Anthémius qui fut chargé du travail ; l'ingénieur Cirus fit exécuter en l'année 437 la muraille qui borde la mer. En 447, un tremblement de terre renversa une partie des murs et 57 tours; les factions du cirque se piquèrent d'honneur pour les relever à leurs frais et arrivèrent à terminer cette reconstruction en deux mois.

Ce sontces murailles que l'on voit encore aujourd'hui, mais qui ne tarderont point à disparaître, non seulement à cause de la végétation qui croît en abondance dans leurs joints, mais aussi parce qu'elles sont à chaque instant exploitées comme carrières.

Le dessin que donne la planche 4 est complètement inédit. Il est fait d'après un levé exécuté en 1851 par le capitaine du génie Sabatier ; il n'est la reproduction d'aucune partie de l'enceinte en particulier, mais bien le type idéal qui a été plus ou moins modifié dans l'application suivant les accidents du sol.

Les communications étaient établies entre les différentes enceintes par 7 séries de 3 portes qui conduisaient au dehors de la place ; pour que ces portes ne fussent

pas enfilées, elles n'étaient pas placées sur le même alignement, de telle sorte que la route présente plusieurs retours à angles droits comme l'indique Philon. La traversée du fossé s'opérait sur des ponts dormants en maçonnerie.

On montait sur le mur intérieur au moyen de larges escaliers dont on ne trouve plus que les arceaux qui soutenaient les rampes. Il y avait dans certaines tours des escaliers intérieurs aboutissant à des poternes qui faisaient communiquer entre eux les différents térrepleins.

Mon ami M. Choisy, ingénieur en chef des ponts et chaussées, a bien voulu, de son côté, relever lui-même à ma prière une partie de l'enceinte dont les dispositions diffèrent de celles qu'indique M. .Sabatier; les fig. 27 et 28 ci-derrière sont les reproductions de ses croquis.

Les dimensions générales sont sensiblement les mêmes, à savoir : Épaisseur du mur intérieur, 5™. 40; — Hauteur de ce mur, depuis le sol jusqu'au terre-plein, ll m .40; — Distance entre l'escarpe du mur et celle de l'avant-mur, 17". 20; — Distance entre l'escarpe de l'avant mur et l'escarpe du fossé, lô^OO; — Largeur du fossé, 19-.00.

Une différence essentielle consiste en ce que le terreplein de l'avant-mur, au lieu d'être formé par un remblai, se trouve sur le sol naturel 1 . Il en résulte une disposition particulière pour l'avant-mur, dont le chemin de ronde est soutenu par une série de petites voûtes. Les chambres formées par ces voûtes ont l to .60 de largeur, sur 2 m .60 de profondeur et 2". 40 de hauteur sous clef. Le mur de fond, épais de O^O, est percé

1. Les terres tirées du fossé ont dû être transportées sur une autre partie de l'enceinte.

d'une petite fenêtre, rarement dans Taxe de la chambre et placée trop haut pour servir au tir [fig. 27 et 28).

Le couronnement du mur et de l'avantmur se compose d'un parapet épais de 0"\60, découpé par des créneaux larges de m 65 et profonds de O-.QO.

Les merlons ont une longueur de l^.ôO. En arrière du parapet,et à 0".65 audessous du fond du créneau , se trouve une banquette

Échelle de (T. 005 p. m.

Fig. 27.

Eekelie de o-.oo* p. «.

Fig. 28.

de pierre, haute de m .45 et large de m .85, sur laquelle on se plaçait à genoux pour tirer.

Le second avant-mur qui couronne l'escarpe du fossé présente une disposition analogue; mais les merlons sont un peu plus hauts, afin de mieux couvrir le défenseur, qui , dans ce poste avancé, est plus facilement dominé par l'ennemi.

Le fossé a son escarpe et sa contrescarpe revêtues en maçonnerie et soutenues à l'extérieur par des contre-

forts peu saillants ; il est barré* dans la partie qu'a étudiée M. Choisy, par un batardeau destiné a maintenir inondées les parties en amont.

La fig. 28 montre sur le flanc d'une tour un arc en briques, qui paraît destiné à reporter en avant de l'empâtement des fondations de la courtine le poids de la tour, de manière à ne point provoquer par ces poids une inclinaison de la courtine vers l'extérieur. C'est vraisemblablement à un arc de cette espèce que Philon fait allusion dans la phrase 4 du § 1.

M. Ghoisy a constaté l'existence de ces arcs dans les flancs gauches de plusieurs tours ; il est probable que les ouvertures des portes sur les flancs droits sont disposées de manière à produire un effet analogue.

On voit de plus très nettement que la maçonnerie des tours n'est point reliée à celle des courtines.

DAKA en Asie Mineure.

Cette ville nous présente un exemple intéressant d'amélioration de place. En effet, d'une part, Procope a décrit 1 en détail les changements que Justinien y introduisit et, d'autre part, M. Texier 1 a pu voir et dessiner en 1840 la fortification telle que l'avait rétablie l'empereur byzantin.

Dora avait été fortifiée par Anastase ; mais le mur, épais de 10 mètres et composé d'énormes blocs calcaires, n'avait que 10 mètres d'élévation, hauteur qui parut insuffisante pour résister aux Perses, fort habiles dans l'escalade. Un ingénieur nommé Ghrysès reçut en songe

i. De Mdificiis, liv. Il, ch. i.

S. Architecture byzantine, |». 57.

communication d'un projet de perfectionnement qu'il fut autorisé à exécuter.

Il fit d'abord maçonner les créneaux du parapet, de manière à les transformer en archères assez étroites pour qu'on no pût y passer que la main ; puis il construisit sur l'ancien mur un nouveau mur haut de 10 mètres, mais moins large, de telle sorte que les deux parements intérieurs étant sur le prolongement l'un de l'autre, il restait entre le nouveau mur et l'ancien parapet un chemin de ronde qui faisait le tour de la place et allégeait la charge imposée à la base ; ce chemin fut recouvert d'une voûte et donna ainsi naissance à une nouvelle plate-forme qui fut munie d'un nouveau parapet crénelé. La courtine fut ainsi portée à la hauteur de 20 mètres.

Les tours avaient deux étages (celui du chemin de ronde et celui de la plate-forme supérieure) ; il les porta à trois, en couvrant la plate-forme primitive d'une voûte sphérique supportant une nouvelle plate-forme; quantaux tours qui menaçaient ruine, il n'osa les détruire à cause du voisinage de l'ennemi, mais il les renforça en empâtant leur pied par une construction carrée faite avec soin.

Il rehaussa également l'avant-mur et le fortifia par un fossé construit d'une manière toute nouvelle du côté du midi, la seule partie de l'enceinte qui fût exposée à une attaque en règle; partout ailleurs en effet les murailles étaient construites sur un rocher dur et escarpé, tandis que de ce côté-là le terrain était plat et facile à remuer. Il creusa devant l'avant-mur un fossé très large et très profond en forme de demi-cercle dont les extrémités venaient s'appuyer sur cet avant-mur; il le remplit d'eau, de manière à en interdire le passage, puis il éleva un second avant-mur sur son escarpe ; c'est dans

cet espace que pendant le siège devaient se tenir les gardes sous la protection du mur et des avant-murs situés en arrière. On voit dans cette disposition un premier exemple des demi-lunes en usage dans la fortification moderne.

GORTYS en Grèce.

Déjà du temps de Pausanias, Gortys n'était plus une ville, mais une simple bourgade.

Elle était bâtie sur une colline que couronne encore une enceinte cyclopéenne du plus beau style, près du point où la route d'Hérœa à Mégalopolis traversait le

Échelle de 0-.0004 p. m.

Fig. 29. Gortys,

torrent du Gortinios. Les blocs, ayant souvent 6 à 7 mètres de longueur et 4 à 5 mètres de haut, sont presque bruts au dehors; mais leurs côtés sont travaillés de telle sorte que leurs saillies s'adaptent avec la plus grande exactitude aux angles rentrants. L'épaisseur de la mu-

raille est, du côté de la rivière, de 2". 07 (9 pieds) et, du côté opposé, de 3".06 (12 pieds). Au sud-est le flanc de la colline est formé par une paroi rocheuse presque verticale dont le pied est baigué par le Gortynios; le sommet de cet escarpement parait n'avoir jamais été fortifié. En plusieurs endroits le mur est conservé jusqu'à la hauteur de 5 mètres ; mais du côté du Sud, il est entièrement détruit. A l'Est, il est disposé en crémaillères , avec une seule tour carrée. Le côté de l'Ouest a aussi des tours carrées espacées régulièrement de 45 pas (de 35 à 40 mètres); mais le côté septentrional est flanqué de tours demi-circulaires. Leur jonction avec les courtines est faite avec beaucoup d'habileté et de soin. On y voit deux petites poternes, mais la porte principale s'ouvre sur la face orientale ; elle est placée, ainsi que l'indique la fig. 29, au fond d'un couloir large de 3 m .20qui s'avance dans l'intérieur de la place 1 .

HERÀCLEE DE LATMOS en Asie Mineure,

L'enceinte de cette ville décrite par M. Rayet*, paraît remonter au quatrième siècle avant J. -G. La partie la mieux conservée défend la croupe d'une montagne qui domine la ville proprement dite située à son pied. Le mur s'élève sur un terrain très raide et couvert de rochers; il a généralement environ l^O d'épaisseur et présente cette particularité, qu'au lieu d'être couronné par des créneaux il présente sur toute son épaisseur une plate-forme formée de deux dalles légèrement inclinées

1. La figure et la description qui précèdent sont tirées des Souvenirs (fune excursion d'Athènes en Arcadie, par M. Rangabé (Mémoires de l'Académie des inscr. et belles lettres. — !•* série, tome V, 1" partie).

2. Milet et le golfe Latmique, par MM. Ray et et Thomas. Paris, 1877.

l'une vers l'autre; celle qui est placée à l'intérieur de la place forme une saillie d'environ O^O, de façon à porter ainsi à 2 mètres la largeur du chemin de ronde. Bien que les attaques fussent peu à craindre dans ces parties, il est probable néanmoins qu'en temps de guerre les défenseurs mettaient leurs sentinelles au moins à l'abri de la vue à l'aide d'un petit parapet en briques crues. Il ne reste pas de traces dans les dalles indiquant qu'on ait employé pour cet objet des constructions en bois.

Sur les pentes très escarpées, le sommet du mur formait une série de ressauts, et alors les rondes se faisaient à l'aide d'escaliers qui étaient accolés à la face intérieure du mur.

L'enceinte était flanquée par un certain nombre de tours carrées où je me bornerai à signaler la disposition des meurtrières obliques {fig. 30).

Echelle de 0-.0015 p. m.

Fig. 30.

US S OS en Asie Mineure.

A quelques kilomètres de lassos, ville de Carie, sur le bord de la mer, à travers les vallons et les collines serpente une longue muraille tracée en crémaillères et flanquée de tours du côté de la terre. M. Texier, qui le premier a signalé ce singulier ouvrage 1 , n'a pu, faute de temps, reconnaître où aboutissaient les extrémités de cette ligne, mais il a constaté que l'espace qui s'étendait entre elle et la mer ne présentait aucune trace d'habitations

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