Voyage archéologique en Asie Mineure, Paris, HachetU
Ions sans parapets, si Ton s'en rapporte au dessin de M. Texier.
La fortification présente trois portes principales et un certain nombre de poternes, communiquant soit avec le dehors, soit seulement avec l'espace compris entre les deux enceintes. La fig. 40 donne le plan de deux des portes principales; on remarquera l'obliquité de la porte qui est placée à l'extrémité supérieure à droite du dessin (la porte de Ieni-Cheher), obliquité qui est due sans doute à ce qu'elle se trouvait sur le prolongement de l'une des grandes voies de la ville que l'on n'a pas voulu modifier lors de l'édification de l'enceinte.
POMPEKp/. 2).
Assiette de la ville. — La ville occupe le sommet d'une colline d'origine volcanique baignée au S.-O. par la mer, au S. par la rivière de Sarno et au N. par des marais. L'enceinte forme une ellipse d'environ trois kilomètres de tour ; on reconnaît dans le tracé le soin qu'ont pris les constructeurs d'éviter les angles saillants.
Profil du rempart. — Dans les parties qui, bordant 1'escarpemenV. étaient inaccessibles aux machines, l'enceinte se composait d'une simple muraille ; partout ailleurs elle est formée par deux murs parallèles dont l'intervalle est terrassé jusqu'à une certaine hauteur. Ces deux murs sont munis de contreforts, mais ceux du mur extérieur sont à l'intérieur du terre-plein et ceux du mur intérieur sont au contraire à l'extérieur ; ces contreforts étaient donc tous disposés de façon à résister à l'action du bélier, tout en laissant les parements extérieurs lisses pour obtenir un flanquement plus certain.
Le terrain est plus élevé de 5 mètres à l'intérieur du rempart qu'à l'extérieur ; cette différence de niveau tient àla déclivitédu sol et à la profondeur d'un fossé servant de chemin couvert comme à l'enceinte d'Aurélien à Rome. Ce fossé, dont il ne reste pas de traces bien apparentes, a dû nécessairement être creusé pour fournir les terres de remblai.
Le terre-plein est à 2 n, .80 au-dessus du sol intérieur et par conséquent à 7 m .80 au-dessus du sol extérieur.
Le mur de soutènement extérieur a environ l ra .30 d'épaisseur en bas et possède un léger talus; le mur de soutènement intérieur est vertical et a une épaisseur de (KTO. Les contreforts des deux murs ont environ W .60 (2 pieds) de queue et sont distants dans œuvre de 2 W .80 (9pieds). Le terre-plein, légèrement incliné vers le dehors pour l'écoulement des eaux, est bordé à l'intérieur et à l'extérieur par deux murs cré nelés , épais de m . 62 (2 pieds) ; le crénelage extérieur a 1"\85 (6 pieds) du sommet des merlons au terre-plein ; chaque créneau est muni d'une traverse en maçonnerie pour garantir le défenseur des coups d'enfilade ou de revers. Le crénelage intérieur présente, du terre-plein au sommet des merlons, une hauteurde2 ro .80 (9 pieds). Il avait d'abord pour but d'empêcher l'ennemi arrivé sur le terre-plein de se précipiter enfouie dans la ville à l'aide d'un saut qui, sans lui, eût été de moins de trois mètres ; il forçait l'ennemi à une nouvelle escalade, puis à une descente verticale de plus de 5 mètres. 11 était ensuite certainement destiné à porter à l'intérieur un plancher mobile tel que le décrit Philon(§III, ph. 5,) afin d'avoir, partout où le besoic s'en ferait sentir, un second étage de défenseurs. Enfin il pouvait servir à arrêter les projectiles incendiaires, comme l'indique Gaoursin à propos du siège de Rhodes
en 1480, ou bien encore à soutenir un toit pour couvrir le terre-plein.
L'épaisseur du rempart, y compris les deux murs de soutènement, est de 5°'. 60 (12 coudées).
Ces deux murs sont construits en pépérino , pierre analogue au tuf mais plus dure, à l'exception des 4 ou 5 premières assises du mur extérieur, qui sont en travertin grossier qui est encore plus dur. Toutes les pierres sont parfaitement jointes, mais sans mortier; le mortier eût été du reste inutile, vu la grandeur des pierres, qui ont de 1 à 2 mètres de long sur m .55 d'épaisseur. Les joints ne sont pas toujours verticaux, maissouvent obliques, de sorte que le parement présente la figure d'un trapèze aulieu d'un parallélogramme; quelques pierres même, dans les premières assises, sont entaillées eVencastrées l'unedans l'autre.
Date de murs et des tours. — Ce mode de construction dénote une antiquité qu'il est assez difficile d'apprécier exactement et qui importe peu à notre sujet à cause du remaniement complet que la fortification eut à subir l'an 50 avant J.-G.
Les tours datent de cette dernière époque.
La fortification actuelle de Pompeï est donc à peu près contemporaine de celle d'Aoste; mais tandis que cette dernière peut être considérée comme type de l'artromain, il faut rapporter la première à l'art grec.
Espacement des tours. — Les neuf tours qui subsistent ne sont ni sur le même modèle, ni également espacées; la plupart sont à cheval sur le rempart, mais quelques-unes sont complètement en saillie ; partout elles sont quadrangulaires. Quand l'enceinte est en ligne droite ou borde un escarpement, elles sont très distantes l'une de l'autre et s'éloignent quelquefois jusqu'à 360 mètres ; quand au contraire il y a des brisures ou que
le terrain est accessible, leur écartement varie entre 56 mètres et 1 13 mètres.
Description des tours. — Voici, d'après le capitaine du Génie autrichien Bodo di Goro la description d'une de ces tours.
Les murs ont environ 1 mètre d'épaisseur ; ils sont en maçonnerie de moellons ordinaires, avec un parement formé de petits cubes de tuf et quelquefois de briques que recouvre un enduit de stuc. Sur celui-ci, mais seulement sur les flancs des tours, on a tracé des refends qui imitent l'appareil de la muraille ; la face qui regarde la campagne est restée lisse et a un talus de ^ ; les flancs sont verticaux
La tour mesure 9 m . 42 (32 pieds) parallèlement au rempart et 7 m .22 (24 pieds) perpendiculairement à cette direction. Elle fait saillie sur la courtine de 2". 24 (7 pieds et demi) à l'extérieur et de i m .60 (5 pieds et demi) à l'intérieur.
Elle renferme trois étages : au rez-de-chaussée une poterne percée dans le flanc droit ouvre sur la campagne. Le premier étage est un peuplusbas que le sol de la ville et une porte permet d'accéder delà rue du rempart dans la tour ; le second est de niveau avec le terre-plein des courtines et communique avec lui à droite et à gauche ; enfin, à lS^.ôO (45 pieds) au-dessus du fossé, est une terrasse protégée par des créneaux. On arrive à ces divers étages par un escalier intérieur accolé contre le mur de gorge de la tour.
Nous allons le suivre en partant de la porte qui donne sur la rue du rempart.
En face de cette porte, haute de 6 pieds (l l,, .88), une rampe légèrement inclinée conduit en descendant par un corridor au premier étage, dans lequel on entre par une porte hautede 2".40etlarge de 1-.10; cette casemate con-
tient à hauteur d'appui * (i m .26) trois embrasures; deux danslemur de frontetune dans le flancgauche pour flanquer la courtine de gauche. Il y a dans le corridor deux embrasures semblables, l'une dans le mur de front, l'autre dans le flanc droit pour flanquer la courtine de droite. Cesembrasures sont voûtées, hautes de l œ . 10a l'intérieur et à l'extérieur, mais leur sol' et leur ciel sont inclinés de { vers l'extérieur. Elles ont 0-.60 (2 pieds) de largeur à l'intérieur et se rétrécissent à ra .30 (1 pied) à l'extérieur. La casemate que nous venons de décrire et son corridor sont recouverts de voûtes en plein cintre de 0".40 à m . 50 d'épaisseur. En continuant à descendre, on arrive par une rampe jusqu'à la porte percée dans le flanc droit de la tour ; cette porte ne présente aucune trace de clôture ou de bourrage. La rampe contourne un massif de maçonnerie qui paraît creux, mais où l'on n'a pas trouvé d'ouverture. Elle est éclairée par une embrasure disposée de façon à n'être pas embouchée par l'ennemi debout dans le fossé ; le ciel de l'embrasure est horizontal, et l'ouverture est haute de 0."30 à l'extérieur et ro .70 à l'intérieur.
Si nous revenons à la porte de la rue du rempart, le visiteur qui entre dans la tour trouve sur sa gauche un escalier voûté, large de 1M0, qui monte dans la casemate supérieure présentant 5 embrasures disposées exactement au-dessus de celles de l'étage inférieur. Cette casemate est recouverte d'une voûte en plein cintre de m .60 d'épaisseur et élevée de 4 m .25 sous clef. En continuant à monter on arrive sur la plate-forme munie d'un parapet crénelé.
1. A en juger par les dessins donnés par Mazois, certaines tours auraient leurs embrasures ouvertes & partir du sol de la casemate; cette disposition, que nous avons reproduite dans la planche 2, a pour but, si elle existe réellement, de diminuer l'angle mort en avant des tours.
Portes. — La ville a quatre portes, dont la plus intéressante est la porte d'Herçulanumdont là planche 2 reproduit la coupe et le plan.
Cette porte, longue de 10". 60, donne passage : au milieu, aune voie carrossable; à droite et à gauche, à deux trottoirs^pour les piétons. La voie carrossable n'a de fermeture qu'à l'intérieur ; à l'autre extrémité il existe une large feuillure qui a dû recevoir, soit une herse mobile,soit un bourrage fixe en poutrelles établi au moment du siège. Les quatre petites portes à Tusage des piétonsse fermaient avec des vantaux. Il est probable que les voûtes présentaient des ouvertures pour frapper l'assaillant qui, ayant forcé les premières clôtures, serait arrêté par les secondes.
La porte est construite en assises alternatives de briques et de moellons et recouverte d'un beau stuc blanc.
Près de cette porte se trouve un très large escalier permettant d'accéder sur le terre-plein du rempart.
Je ferai remarquer, en terminant, que les divers docu* ments que j'ai consultés au sujet des fortifications de Pompeï ne concordent pas toujours; il serait intéressant d'en faire une nouvelle étude.
ROME (pi. 3).
Les premières fortifications de la ville de Rome proprement dite furent construites par Servius Tullius; on en voit encore des restes remarquables auprès de la station du chemin de fer, où ils ont été mis à découvert
par des travaux de terrassements, près des Thermes de Dioclétien, à la villa Negroni et sur les pentes de l'Aventin. Tarquin le Superbe les renforça d'un agger dans la partie susceptible d'être battue en brèche par le bélier, de la porte Esquiline à la porte Colline ; Denys cl'Halycarnasse nous rapporte, en effet, que, de son temps, le rempart se composait là d'un fossé profond de 30 pieds et large d'au moins 100, précédé d'un mur qui soutenait une haute et large terrasse.
Les maisons de la ville ne tardèrent pas à déborder cette étroite enceinte, grande tout au plus comme celle d'Athènes ; mais les fortifications ne furent point déplacées avant Tépoque de Justinien, à cause de la défense qu'en avaient faite les oracles. Il fallut la crainte qu'inspira aux Romains l'approche des Barbares pour qu'on se décidât à transgresser les ordres des dieux. C'est en l'an 271 qu'Aurélien commença la nouvelle enceinte qui enveloppait les faubourgs; elle ne fut terminée que quelques années plus tard, sous son successeur Probus.
Cette enceinte, encore parfaitement visible sur une très grande partie de son parcours, n'avait pas moins de 16 kilomètres de développement sur la rive gauche du Tibre, et environ 2 kilomètres sur la rive droite où elle formait une tête de pont triangulaire. Elle est généralement tracée de manière à couronner les hauteurs ; parfois, cependant, elle se dévie pour enceindre certains monuments importants, tels que le Castro-pretorioVLes
1. Ce camp permanent fut établi par Tibère à quelque distance en avant de l 1 enceinte alors existante. Il n'avait pas de tours, et les murs étaient assez bas pour que les soldats romains, assiégés dans le camp par le peuple au temps de l'empereur Maximin, pussent repousser les assaillants a laide de leurs longues lances. (Hérodiands, lib. VU.) — On a vu un autre exemple de ces murs bas à l'article Messène.
murs sont presque partout en maçonnerie de briques sur un socle en pierre volcanique (pépérino) .
La disposition la plus ordinaire pour la courtine est celle que Ton trouve près de la villa Ludovisi, et que reproduit \d.planche 3.
Un socle massif de 4 mètres d'épaisseur supporte une série de chambres voûtées en plein cintre de 11 pieds romains (3 m . 24) de diamètre, séparés par des pieds droits épais de 4 pieds (l m . 18) ; des baies larges de i". 18 et hautes de 4 mètres, percées dans les pieds droits, permettent aux différentes chambres de communiquer entre elles. Ces chambres sont complètement ouvertes du côté de la ville et fermées du côté de la campagne par un mur de masque épais de 4 pieds (l m .18), au travers duquel sont percées des embrasures ; celles-ci sont situées à 4 pieds (l m . 18) au-dessus du sol de la galerie; elles vont en se rétrécissant de l'intérieur vers l'extérieur; l'ouverture est large d'un pied (0 m .30), et l'ébrasement des parois latérales est de un tiers. La plupart des embrasures sont hautes de 3 pieds (0 m .88); les autres sont moins élevées, mais alors inclinées à leur partie inférieure. Une niche semi-circulaire, quelquefois munie d'un gradin, permet au tireur de s'avancer dans l'épaisseur du mur. Audessus des voûtes règne un terre-plein à ciel ouvert, muni de chaque côté d'un parapet à hauteur d'appui, sans créneaux.
La hauteur du mur varie entre 6 et 14 mètres, suivant la hauteur des collines extérieures, de manière à n'être dominé en aucune de ses parties; le pied du mur est généralement plus bas de 3 à 4 mètres à l'extérieur de la ville qu'à l'intérieur. Cependant il n'y a pas de fossé proprement dit ; le rempart est seulement précédé, sur une grande partie de son développement, par une sorte de chemin couvert plus ou moins encaissé,
de 4 à 6 mètres de largeur. C'est évidemment à cet ouvrage que Procope fait allusion (Guerre des Gotks, I) quand il raconte que Bélisaire , assiégé dans Rome et repoussé dans une sortie par les Goths, se retira dans le fossé avec sa cavalerie, puis en ressortit pour exécuter une charge sur les assiégeants qui crurent à l'arrivée de nouvelles troupes. En un certain nombre de points, ce chemin de ronde est protégé par un mur haut de ^.ôOàS mètres.
La tour dont nous donnons les détails est à cheval sur le rempart et percée à chaque étage de passages qui permettent aux courtines adjacentes de communiquer entre elles. Le rez-de-chaussée est ajouré par deux larges baies donnant vers la ville, et percé d'une meurtrière sur sa face extérieure et sur chacun de ses flancs. Un escalier accolé contre le flanc droit mène au premier étage. Celui-ci est ajouré, comme le rez-de-chaussée, par deux baies tournées vers la ville; mais il présente, sur la face opposée à la campagne, trois larges embrasures et une semblable sur chacun de ses flancs.
À 5 mètres au-dessus du plancher du premier étage, les quatre angles de la tour sont munis, à l'intérieur, chacun d'une trompe destinée certainement à supporter un second étage en forme de tour octogonale, à l'aide de laquelle on aurait pu mieux observer la campagne dans tous les sens. Ce second étage n'a pas été construit et a été remplacé par une toiture à 4 pans, en tuiles; disposition provisoire, sans doute, car la tradition constante, dans l'antiquité , a été de couronner les tours par des plates-formes crénelées.
Dans quelques tours l'escalier est placé au centre et divise l'édifice en deux salles, larges l'une de 3 mètres, l'autre de 2 mètres; cette disposition est préférable à celle dont nous avons donné le dessin et où, comme on
le voit, l'escalier gêne le service des embrasures voisines.
La planche 3 contient les plans, coupes et élévations des portes Saint-Sébastien ' et Saint-Paul. Ces deux portes se fermaient complètement en temps de guerre au moyen d'un barrage en poutrelles maintenu dans des ramures de m .30 de largeur.
On voit dans cette disposition, substituée aux herses mobiles, la préoccupation d'une défense craintive renonçant aux sorties. Guidé par les mêmes idées, l'ingénieur d'Aurélien n'a donné qu'une ouverture unique à ses portes, au lieu de les accompagner de poternes latérales pour les piétons, comme à Aoste et à Pompéi.
Nos dessins, faits d'après ceux de M. Paris 1 , nous paraissent mériter beaucoup plus de confiance que ceux du chevalier Canina, qui en diffèrent assez notablement.
SARDES en Asie Mineure.
La fig. 42 ci-derrière extraite de l'ouvrage de M. Trbmeaux*, montre les dispositions prises sur la partie la plus exposée aux attaques. Sur la partie culminante se
1. Voici la légende de la fig. 9 (plan de la porte Saint-Sébastien) : a Porte extérieure;
b. à Tours flanquantes ;
c Mur de l'enceinte d'Aurélien ;
d Porte intérieure, dite Arc de Drusus, sur laquelle passaient les eaux qui
servaient aux Thermes de Caracalla; e Piles des arcades soutenant l'aqueduc ; f Cour intérieure bordée de parapets crénelés servant à sa défense dans le
cas où la porte extérieure a été forcée ; g. g Portiques; h et i Corps de garde ;
k Escalier pour monter sur le chemin de ronde et aux étages des tours ; / Partie du Pomœrium.
2. M. Paris, architecte franc-comtois, a passé plusieurs années à Rome
au commencement de ce siècle. Il a laissé une œuTre considérable et encore inédite qui se trouve à la bibliothèque municipale de Besançon.
3. Voyage archéologique en Grèce et en Asie Mineure. Paris, Hachette.
dresse un grand mur concave vers l'ennemi et muni de deux redans. Le mur et les redans sont creux et offrent ainsi à la garnison un chemin et des places d'armes couverts, d'où l'on peut déboucher par plusieurs portes, soit dans l'intérieur, soit vers l'extérieur. Chaque redan . a deux por-
tes, l'une sur le flanc droit pour la sortie , l'autre sur le flanc gauche pour la rentrée des défenseurs ; en outre la galerie présente plusieurs étranglements pour arrêter l'ennemi s'il parvenait à entrer par l'une des portes.
A une centaine de mètres, sur la droite du mamelon dont je viens de parler, s'en élève un autre que couronne une courtine concave flanquée de deux tours carrées, le tout en maçonnerie pleine. Le flanc gauche protège une poterne disposée pour favoriser les sorties sur le flanc droit du front principal d'attaque, et présente, par rapport au mur, une inclinaison probablement destinée à masquer davantage cette poterne.
Échelle de 0-.0003 p.
Fig. 42.
TÉBESSA en Algérie.
La ville de Tébessa, qui fait aujourd'hui partie de la province de Constantine, r portait autrefois le nom de Theveste. Elle paraît remonter au premier siècle de notre ère et n'avoir été dans l'origine qu'un camp établi par les Romains pour commander aux routes qui se croi-
saient à son emplacement pour aller à Hippone, à Lambèze et à Thénœ. Ses premières fortifications furent rasées dans le cinquième siècle; celles que Ton voit encore furent élevées en 539 par l'eunuque Solomon, et peuvent être considérées comme type de l'art byzantin dans un pays où l'on n'avait à redouter que l'agression d'un ennemi dépourvu de machines de siège.
Elle se compose d'une enceinte rectangulaire de 320 mètres de long sur 280 mètres de large, flanquée par 14 tours carrées dont l'espacement est en moyenne d'environ 80 mètres. Il devait très probablement y avoir autrefois une porte sur chacun des côtés; aujourd'hui il n'en reste que deux. L'une au nord est formée par un arc de triomphe, élevé par Garacalla, dont on a bouché les arcades latérales et que Solomon a transformé en tour; on l'appelle porte de Garacalla ou Bab-el-Kedim ; l'autre à l'est est flanquée par deux tours, elle s'appelle porte de Solomon ou Bab-el-Djedid, La troisième était ouverte dans la face sud à droite de l'une des tours ; elle portait le nom de porte du Cirque et a été murée par les Arabes. La quatrième enfin, dont on ne voit pas de trace, devait s'ouvrir à la droite de l'une des tours de la face ouest sur le prolongement de la rue qui mène à la porte de Solomon, dans une courtine beaucoup plus courte que les autres.
Le mur a 2 m .20 d'épaisseur; dans le haut, à 8 mètres environ au-dessus du sol, il se réduit à 1 mètre, de manière à former à l'intérieur un chemin de ronde de 1 D, .50, porté en partie par une corniche saillante et auquel on arrivait par trois escaliers placés auprès des trois premières portes dont nous avons fait mention.
Toutes les maçonneries sont en pierre de taille posées par assises réglées et tirées des ruines de l'ancienne ville. Celle des tours est dans un état de conservation
remarquable; quelques assises seulement de la partie supérieure sont tombées, et on évalue à 17 ou 18 mètres leur hauteur primitive. Les tours étaient divisées en rezde-chaussée et étages séparés l'un de l'autre, soit par des voûtes en pierre de taille dont plusieurs subsistent encore, soit par des planchers. L'entrée de l'étage était de plain-pied avec le chemin de ronde. L'étage était couvert par une plate-forme à laquelle on accédait par un escalier adossé contre la face intérieure de la tour. Des deux côtés de chaque- tour,. sur la partie de la courtine contiguë au flanc et à hauteur du chemin de ronde, on distingue encore les traces d'une petite guérite en pierre de taille destinée à recevoir une sentinelle et munie de deux créneaux, l'un flanquant la courtine, l'autre ayant vue sur la campagne.
Il n'existe aucune trace de fossé.
A 600 mètres au nord de Tébessa les Romains de l'époque byzantine ont construit un couvent fortifié dont les différents bâtiments étaient entourés par une enceinte de forme irrégulière, flanquée de 1 2 tours carrées qui offrent cette particularité d'être en saillie en dedans et non en dehors de l'enceinte ; l'extérieur n'était flanqué que par quelques échauguettes établies çà et là sur les tours et les courtines.
On peut s'expliquer cette disposition en considérant que la hauteur des murs et le voisinage de Tébessa étaient une protection suffisante contre une agression extérieure provenant des Maures ; le flanquement intérieur avait pour but de résister à une bande de maraudeurs dans le cas où ceux-ci seraient entrés à l'intérieur en profitant du concours des fidèles aux jours de grandes fêtes et auraient tenté le pillage des richesses du couvent.
Elle peut s'appliquer d'une façon rationnelle toutes
les fois qu'il s'agit de tenir en bride, au moyen d'un petit nombre de soldats d'élite, une agglomération d'hommes d'une fidélité douteuse, mais qu'on ne peut garder enchaînés par la nature de leur occupation. Par exemple : des troupes auxiliaires n'ayant point encore fait leurs preuves, des troupes suspectées de révolte, des esclaves ou des criminels réunis en grand nombre sur un point déterminé pour y exercer des travaux d utilité publique. Les hommes à surveiller étaient campés ou baraqués dans l'intérieur, tandis que, les tours étaient occupées par les officiers ou les troupes chargés de la surveillance, qui avaient au besoin une retraite vers la campagne par les poternes des tours.
THAPSUS, ilans le territoire de Carthage.
M. Daux, ingénieur français de la régence de Tunis, a retrouvé h Thapsus, Thysdrus et Hadrumète les traces de fortifications à triple enceinte, qu'il suppose avec vraisemblance être conformes à celles que les anciens auteurs nous rapportent avoir existé autour de Carthage. Voici comment il les décrit 1 :
i° L'enceinte intérieure, épaisse de 6 m . 60 au niveau du sol, présentait au-dessus de celui-ci, jusqu'à une hauteur de 4 à 5 mètres, une masse pleine au-dessus de laquelle s'élevaient deux étages de galeries voûtées et crénelées, puis un chemin de ronde à ciel ouvert, qui présentait un troisième étage de défenses. Les fondations de ce mur étaient évidées et présentaient une série de chambres voûtées en cul-de-four ayant toutes régu-
1. Recherches sur Vorigine et L'einplacement des Emporta phéniciens dans le Zeugû et le Byzneium {Afrique septentrionale). Paris. Impr. Imp.
lièrement 4 m .10 de long sur 2 m .78 de large, et séparées les unes des autres par des épaisseurs de maçonnerie de l m .43 ; ces chambres étaient desservies par un corridor intérieur. M. Daux voit dans ces chambres des citernes ; il serait intéressant de vérifier si ce ne seraient point des batteries souterraines destinées aux machines tirant en bombes 1 . Pour cela, il faudrait constater d'abord s'il y a bien eu un fossé contre l'escarpe, puis si la paroi des chambres tournée vers ce fossé présente des embrasures.
Les tours étaient espacées de 62 mètres.
2° L'avant-mur, qui s'élevait à 30 ou 40 mètres en avant du mur intérieur, présentait comme lui des chambres dans ses fondations ; il avait la même épaisseur, mais la partie qui est en maçonnerie pleine dans le premier se compose ici d'un remblai fortement damé entre deux murs ; ce remblai supporte directement le chemin de ronde supérieur, de sorte que l'avant-mur ne présente point de galeries voûtées et est par conséquent de beaucoup inférieur en hauteur à l'enceinte intérieure. M. Daux signale, en arrière de cet avant-mur et au niveau du sol, un étroit chemin de rondQ à ciel ouvert, bordé par un mur mince du côté de la place ; je n'en vois pas l'utilité.
3° A 30 ou 40 mètres en avant de l'avant-mur, s'élevait enfin une banquette palissadée précédée d'un fossé.
La maçonnerie de ces murs se compose d'un blocage formé de petits moellons noyés et soigneusement tassés dans un bain de mortier à sable très fin ; les parements ne présentent que des assises horizontales assez peu régulières, où la face extérieure des moellons est grossiè-