ORIGINE DES MODES LITURGIQUES
337. Les modes que nous venons d étudier furent ceux dans lesquels les poètesmusiciens grecs écrivirent leurs meilleures œuvres. Tout dernièrement, on retrouvait en Grèce une stèle brisée sur laquelle était gravé un fragment d Hymne a Némésis. Ce fragment appartient au mode hypophiygien. Son caractère est sensiblement le même que celui d un grand nombre des Hymnes liturgiques de l’Église catholique.
Depuis longtemps déjà, on pensait, du reste, que d'anciens chants sacrés, grecs ou romains, auxquelles on avait adapté des paroles chrétiennes, s’étaient introduits dans la liturgie de 1 Eglise primitive. De même, les peintures des catacombes représentent souvent des divinités païennes : Bacchus berger, Orphée charmant les bêtes féroces, symbolisaient le Dieu nouveau, tout en ne choquant pas les habitudes visuelles des nouveaux convertis.
Ce procédé, fort adroit, favorisa probablement la conservation des hymnes antiques ;
* Dont M. Gevaert, qui fait autorité en la matière.
" Sauf Y Hypolydien dont la première division aurait formé une quarte augmentée [Triton), intervalle exclus de la musique grecque. Voir la note *, page 109.
» io7 * - MODES LITURGIQUES
mais, comme les premiers chrétiens étaient, pour la plupart, des gens fort simples : ouvriers, esclaves, ne possédant que peu de notions techniques sur l’art dont il faisait emploi, les traditions théoriques furent peu à peu oubliées et, lorsqu’au iv® siècle, Saint Ambroise voulut classer les Hymnes liturgiques , il se trouva en présence de modes dont on ne connaissait plus la théorie exacte. Cet évêque ne put donc faire qu’un classement approximatif.
338. — On compte quatre modes, dits authentiques (21), que Saint Ambroise basa sur des finales (ou toniques). Il leur donna des noms grecs mais ne sut pas les classer selon l’ordre ancien.
Voici quels sont ces modes .
339. — Le premier (22), qu'il nomma mode Do rien , (et qui est connu actuellement sous le nom de pseudo-dorien ), fut basé sur la note ré et se compose des notes : ré (23), mi, fa, sol , la, si, [ naturel ou bémolisé) (24), do, ré.
Sa finale [ou tonique) est ré (28), sa dominante, la (26). Les demi-tons sont placés entre les second et troisième degrés (27) et les sixième et septième degrés (28).
340. — Le second, [mode pseudo-phrygien), est basé sur la note mi et se compose des notes : mi, fa, sol, la , si, do, ré, mi. Sa finale (ou tonique) est mi, sa dominante, do \ Les demitons sont placés entre les premier et second degrés et les cinquième et sixième degrés. L'emploi d’un si bémolisé accidentel est assez fréquent en ce mode.
56e TABLEAU Voir pl. XXX.
(*’) Partager le tableau en deux parties au moyen de petites lignes pointillées verticales. Ecrire en haut du tableau : « Les 8 modes liturgiques ». Ecrire du côté gauche et au haut du tableau : « Les 4 modes ambrosiens, (dits authentiques) ».
(**) Tracer la petite accolade et la clé de sol sur la quatrième portée ; puis écrire : « Pseudo-dorien ».
(”) Ecrire les notes à mesure qu’on les nomme.
(2‘) Tracer une petite ligne verticale pointillée au-dessous de la note si, puis écrire : « fcj ou b »•
(*5) Ecrire au commencement de la portée : « Fin : ré », puis tracer la lettre F au-dessus de la note ré.
(*°) Ecrire : « Dom. : la », puis tracer la lettre D au-dessus de la note la.
(*7) Ecrire : « 1/2 T. » entre les notes mi et fa.
(*8) Ecrire : « 1/2 T. » entre les notes si et do.
Continuer de même pour les trois exemples suivants.
Les chiffres 1, 3, 5 et 7 ne sont placés qu’ensuite, au moment où l’on classe tous les modes.
341. — Le troisième, [mode pseudo-éolien), est basé sur la note fa et se compose des notes : fa, sol, la, si, [naturel ou bémolisé), do, ré, mi, fa. Sa finale (ou tonique) est fa ; sa dominante, do. Les demi-tons sont placés entre les quatrième et cinquième degrés et les septième et huitième degrés.
342. — Le quatrième, [mode pseudo-mixolydien), est basé sur la note sol et formé des notes : sol, la, si, do, ré, mi, fa, sol. Sa finale (ou tonique) est sol, sa dominante, ré. Les demi-tons sont placés entre les troisième et quatrième degrés et entre les sixième et septième degrés. Le si bémolisé accidentel est assez rarement employé en ce mode.
Pour plus de détails sur les modes du plain-chant, (tons liturgiques ou tons d’Eglise), consulter des ouvrages spéciaux. Je citerai principalement l’excellent opuscule de M. A. Vinée : Essai d un système général de musique [Étude sur là tonalité), et le Traité théorique et pratique de l accompagnement du plain-chant, par L. Niedermeyer et J. d Oktigue.