ÉTUDE DE DIVERSES FORMULES RYTHMIQUES
Ici encore d’ailleurs, il y a retour périodique.
549. — Le mot Rythme s'applique donc aux plus grandes parties d'un morceau de musique, (reprises, phrases, membres de phrases ou de période , comme aux plus petites, (mesures, temps, parties de temps).
550. — En musique, le Rythme possède, une grande importance, mais, pour apprécier son utilité, il est nécessaire de se rendre un compte exact des fonctions qu’il remplit dans la Vie universelle.
Avec un peu de réflexion nous pouvons facilement constater que le Rythme est en tout et partout.
1 lois glandes fonctions vitales, (pour ne parler que de celles-ci), reposent sur lui.
La respiration, (inspiration et expiration de l’air par les poumons); la nutrition, (ingestion et digestion) ; la circulation du sang, (systole et diastole du cœur), peuvent parfaitement être considérées comme des manifestations rythmiques.
La veille et le sommeil; la naissance et la mort ne sont que des rythmes de l’existence.
La gravitation des astres nous offre le spectacle des jours alternant avec les nuits ; le retour périodique des saisons ; les révolutions des astres sur eux-mêmes et autour de leur soleil centrai ; enfin le mouvement même de chacun de ces Soleils, centres d'Univers, autour de points, non encore déterminés, mais existant certainement; révolutions qui s’accomplissent avec une régularité, un ordre admirables, nous offrent de splendides exemples de Rythmes cosmiques.
On le voit, et quoique cette étude ait été, à notre avis, trop négligée par bien des théoîiciens musicaux, il y aurait là une mine de réflexions et d analogies où bien des hommes pourraient puiser des matériaux capables de développer leurs facultés d’exécution ou de ] conception artistique.
C est ce que pensaient probablement ces artistes de génie qu’élaient les Grecs ; c’est aussi ce que sentaient des maîtres tels que Bach, Haydn, Mozart, Beethoven, lorsqu ils dotaient 1 Humanité de ces chefs-d’œuvre immortels qui, par la beauté mélodique et la puissante richesse des rythmes, forment une vaste réserve de forces mentales et d’idéal, contribuant, beaucoup plus qu’on ne le pense, au progrès collectif de lTIumanité.
Etudions donc avec soin, (quoique très succintenient), quelques-unes des idées qu'ont suggérées, de tous temps, aux maîtres musiciensles diverses formes rythmiques et les Mouvements dans lesquels celles-ci étaient exécutées.
Les Rythmes binaires simples , (basés sur des unités de valeurs simples : mesures à deux temps simples), paraissent être les rythmes vitaux par excellence.
« Temps. » Pour la musique, art de succession basée sur la division esthétique du Temps , le rythme « est plus spécialement : l’ordre et la proportion dans le Temps.
« Le rythme musical, en effet, résulte des rapports de temps , établis par l’esprit humain « entre les sons perçus successivement par Porcille.
« Il est bien entendu que l’expression rapports de temps doit être interprétée ici dans son « sens le plus large, car le rythme s'applique non seulement à la durée relative des sons mais « encore à leurs relations d 'intensité, et même d 'acuité, — qualités qui dérivent aussi de l’idée «du temps , puisqu elle dépendent de Y amplitude ou de la rapidité des vibrations sonores, dans « un temps donné. »
177 * ** . . LE RYTHME
552. — Il est intéressant de constater que ce rythme réguliers st celui des battements du cœur dans un être jouissant d une bonne santé, par conséquent en état de calme. La respiration normale est aussi un rythme binaire* .
Or, les Grecs attribuaient généralement aux rythmes binaires un caractère serein, divin , sacré , énergique .
Il est important d’ajouter qu’il faut aussi, pour conserver ce caractère, que le mouvement , (c’est-à-dire le degré de lenteur ou de vitesse ), soit large, grave.
Deux morceaux modernes peuvent nous servir d’exemples.
C’est d’abord la Romance du grand prêtre Sarastro , ( La Flûte enchantée , Mozart), si pleine d s calme, de dignité si d 'énergie sereine; puis, c’est le début du finale du premier acte, dans le même opéra. On trouvera là un court trio de jeunes ncophites , écrit dans la mesure à ([} *\ vraiment admirable par son caractère religieux et élevé.
Au contraire, le mouvement devient-il vif ? Les sentiments changent, la passion se mêle à la vie et V énergie, sereine dans le mouvement lent, peut devenir terrible et sauvage à mesure que s accentue la vitesse.
Exemples : l’air de Donna Anna , (au 4e acte du « Don Juan », W. Mozart) et l’air de « Don Juan », (dans le même opéra). Dans le premier morceau, (mesure à (£, mouvement : Vivace), nous trouvons la soif de la vengeance mais aussi l’expression très noble d’une violente douleur filiale ; dans le second, nous ne voyons plus que les sensations d'un être dégradé par ses passions mauvaises mais restant encore profondément énergique.
553. — Les Rythmes binaires composés , (basés sur des unités de valeurs composées ), sont d’un caractère moins énergique que les précédents. Par le retour binaire de formules ternaires , ils participent des qualités opposées appartenant aux Rythmes binaires et aux Rythmes ternaires. Ils gardent donc encore de l'énergie tout en s'imprégnant d'éléments passionnels. Ici encore, le mouvement modifie beaucoup le caractère des Rythmes. „
554. — Rappelons que plusieurs danses italiennes très caractéristiques, sont écrites dans ces rythmes . Ce sont la Saltarelle , la 1 arentelle , (écrites dans un mouvement vit, qui leur donne un caractère plus surexcitant).
Les Barcarolles, certaines Sérénades appartiennent aussi aux rythmes binaires composés mais, en général, elles sont écrites dans un mouvement modéré.
555. — Les Rythmes ternaires simples caractérisaient, chez les Grecs, les passions humaines et le trouble qu’elles amènent fréquemment.
556. — Ils ont, en effet, trop souvent, le pouvoir de troubler l'esprit. Chacun sait la mauvaise influence des danses tournoyantes, la Valse , par exemple.
Les maîtres se sont cependant servi de ces Rythmes pour écrire des morceaux d un caractère très noble.
Tel est Y Air de Sarastro , (dans cc La Flûte enchantée », W. Mozart). Cependant il faut observer qu'ici encore nous avons affaire à un mouvement très lent , (Adagio).
* Pendant le sommeil elle devient ternaire, l’inspiration occupant le tiers et l’expiration les deux tiers du temps.
** Voir dans les 49° et 5o° leçons la signification des chiffres indicateurs des mesures.