RYTHMES IRRÉGULIERS DITS QUINAIRES
Le rythme ternaire se trouve expliqué par la situation tout particulièrement tragique dans laquelle se trouve le grand prêtre. Il prie pour « Tamino » qu il aime et va livrer aux épreuves du Temple d’Isis. Les dangers que va courir son protégé impriment donc à l'invocation du Grand-prêtre un caractère plus inquiet, plus tendre, plus fervent, mais moins calme que celui qu’on trouve généralement dans la prière.
Au contraire, étudions la fameuse « Scène clés Bijoux », (du « Faust » , de Ch. Golnod).
Nous voyons l 'émotion, assez vulgaire, de « Marguerite » se traduire par un rythme ternaire pris dans un mouvement vif , (mesure à « trois-quatre », mouvement de valse).
557. — Les Rythmes ternaires composés sont naturellement beaucoup moins énergiques encore puisqu’ils sont formés du groupement ternaire de formules ternaires.
Ils ont un caractère tout particulièrement tendre , langoureux , ou gracieux, surtout dans le mouvement lent, et se rencontrent moins souvent que les rythmes précédemment cités.
558. — Je citerai les morceaux suivants : Y Andanle, (en fa majeur ), de la Sonate en ut majeur, (mesure à C), de Mozart). Cet admirable morceau, écrit dans la mesure à ^ , appartient, en grande partie, aux rythmes ternaires composés par la fréquence de Temploi de la division ternaire arbitraire des temps, (triolets). A notre époque il pourrait être écrit à avec emploi de duolets
L' Adagio gracioso de la Sonate ( op . 3 1 , n° 1), de Beethoven, morceau plein de grâce et de délicatesse, fournit un second exemple de l'emploi des rythmes ternaires composés.
559. — Les Rythmes quaternaires , [mesures à quatre temps), simples ou composés ne sont que des amplifications des Rythmes binaires.
Nous ne nous étendrons donc point sur leur caractère, à peu près semblable à celui de ces derniers, mais cependant plus lourd en général.
560. — Rappelons simplement que c'est à ces Rythmes qu’appartiennent la presque totalité des mouvements de Marches ; (certaines, parmi celles-ci, appartiennent cependant au Rythme binaire , les Pas redoubles, par exemple).
Ici encore le mouvement contribue beaucoup à former la caractéristique du morceau.
Aux mouvements lents appartiennent les marches funèbres, (celle de la Sonate , Op. 26, de L.-V. Beethoven ; la Marche funèbre de Chopin, etc.) ; aux mouvements modérés, certaines marches solennelles, (celles du Sacre, dans « Le Prophète », de Meyerbeer ; Ventrée du Synode, dans ci Henri VIII », de Saint-Saëns ; le défilé des corporations, dans « Les Maîtres chanteurs », de Wagner).
Enfin les Marches guerrières d’une énergie plus violente, (et parfois moins noble), sont écrites dans les mouvements vifs, (la superbe Marche de liakoczy : dans « La Damnation de Faust », de Berlioz; la Marche des Soldats, dans le « Faust », de Ch. Gounod).
561. — Les Rythmes quinaires et septennaires méritent une mention toute particulière. On les nomme souvent : « Rythmes irréguliers ».
Les Grecs attribuaient aux rythmes quinaires, ( mesures à cinq temps, dites irrégulières ), un caractère d' inquiétude, d’ affolement.
LE RYTHME
562. — Ils contaient que la mesure à cinq temps avait été inventée par les prêtres Saliens auxquels était confié la garde du Dieu Zens enfant.
Un jour que le Divin bébé criait à tue-tête, son père Chronos passa non loin de l’endroit où il était caché et les Prêtres nourriciers, pris d une subite terreur, couvrirent les cris de l’enfant en improvisant une clause sacrée accompagnée par des chocs de lances contre des boucliers. 11 se trouva que, dans leur frayeur, ils inventèrent un rythme irrégulier : la mesure à cinq temps.
Depuis, en effet, les compositeurs se sont presque tous servi de ces Rythmes pour exprimer des émotions , des passions très intenses , l 'anxiété, Y affolement , le désespoir.
Citons ici la Strette de l'air de Georges Brown, (« La Dame Blanche », Boieldieu) ; La Chanson de Magali , (arrangée par Ch. Gouxod, dans « Mireille ». Le rythme de l’arrangement peint ici Y intense émotion de « Mireille » et de « Vincent »).
Des douleurs vives et nobles , le découragement , ( Mouvements lents), peuvent aussi être traduits par le Rythme quinaire. Exemple : Y Air de la Reine Catherine , (« Henri VIII ». Opéra, par C. Saint-Saens).
563. — Les Rythmes septennaires peuvent être regardés comme une amplification des Rythmes quinaires. Comme eux, ils sont irréguliers et généralement plus lourds , plus mous . Ils peuvent donner lieu cependant à de gracieux motifs.
564. — La Sérénade des « Pécheurs de petites », (opéra de G. Bizet), en est un exemple.
Le pêcheur « Noureddin » sait que sa bien-aimée est prisonnière. Il lui chante une Sérénade à laquelle le Rythme septennaire donne un caractère un peu haletant et plein d’ anxiété. (Le mouvement en est assez lent). Notons aussi la Danse des Derviches (dans « H Enfance du Christ » de Beklioz.)
565. — La Combinaison des rythmes binaires et ternaires peut fournir les effets complexes les plus heureux.
566. — Citons la Danse des Derviches tourneurs , (dans « Les Ruines d'Athènes » de Beethoven; le premier morceau de la sonate en ut dièse mineur, (dite : ce Le clair de Lune » du même Maître).
^Ces deux morceaux appartiennent à la mesure binaire à quatre temps chiffrée .
567. — Pour terminer, parlons enfin de l influence, souvent excellente mais trop fréquemment nuisible, que peut avoir sur le corps et sur l’esprit humain cette force intense et trop peu connue : le Rythme .
Le Rythme est, en certains cas, un excitant , il suscite 1 9 énergie 9 soutient les forces.
568. — Les Chansons de travail , (de labour, par exemple), composées par nos pères, en sont une preuve. Les Chansons de fileuses , Chants des marins et Chansons de marche sont connus de tous.