PP
savoir. Et la généreuse modestie que l’on voit reluire en toutes les actions de Votre Altesse m'assure que les dis-
cours simples et francs d’un homme qui n’écrit que ce »
qu’il croit lui seront plus agréables que ne seraient des louanges ornées de termes pompeux et recherchés par
ceux qui ont étudié l’art des complimens. C’est pourquoi »
je ne mettrai rien en cette lettre dont l’expérience et la raison ne m’aient rendu certain ; el j'y écrirai en philosophe ainsi que dans le reste du livre. Il y a bien de la différence entre les vraies vertus et celles qui ne sont qu’apparentes; et il y en a aussi beaucoup entre les vraies qui procèdent d’une exacte connaissance de la vérité, et celles qui sont accompagnées d’ignorance ou d’erreur. Les vertus que je nomme apparentes ne sont, à proprement parler, que des vices, qui, n'étant pas si fréquens que d’autres vices qui leur sont contraires, ont coutume d’être plus estimés que les vertus qui consistent en la médiocrité, dont ces vices opposés sont les excès. Ainsi, à cause qu'il y a bien plus de personnes qui craignent trop les dangers qu'il n’'yen a qui les craiguent trop peu, on prend souvent la témérité pour une vertu, et elle éclate bien plus aux occasions que ne fait le vrai courage. Ainsi les prodigues ont coutume d’être plus loués que les libéraux ; et ceux qui sont véritablement gens de bien n’acquièrent point tant la réputation d’être dévots que font les superstitieux et les hypocrites. Pour ce qui est des vraies vertus, elles ne viennent pas toutes d’une vraie connaissance, mais il y en à qui naissent aussi quelquefois du défaut ou de l’erreur : ainsi la. simplicité est souvent la cause de la bonté, souvent la peur donne de- la dévotion, et le désespoir du courage. Or les vertus qui sont ainsi accompagnées de quelque imperfection sont différentes entre elles, et on leur a aussi donné divers noms. Mais celles qui sont si pures et si parfaites