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DES PRINCIPES DE LA CONNAISSANCE HUMAINE

1. Que pour examiner la vérité il est besoin, une fois en sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu’il se peut,

Comme nous avons été enfans avant que d’être hommes, et que nous avons jugé tantôt bien et tantôt mal des choses qui se sont présentées à nos sens lorsque nous n'avions pas encore l'usage entier de notre raison, plusieurs jugemens ainsi précipités nous empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité, et nous préviennent de telle sorte qu’il n’y a point d’apparence que nous puissions nous en délivrer, si nous n’entreprenons de douter une fois en notre vie detoutes

\les choses où nous trouverons le moindre soupçon d'incertitude !.

4. On voit ici érigée en maxime | présente ailleurs d’une façon toute générale une méthode que Descartes différente. Il dit, en effet, dans le

2, Qu'il est utile aussi de considérer comme fausses toutes les choses dont on peut douter, é

Il sera même fort utile que nous rejetions comme fausses toutes celles où nous pourrons imaginer le moindre doute, afin que si nous en découvrons quelques-unes qui, nonobstant cette précaulion, nous semblent manifestement être vraies, nous fassions état qu’elles sont aussi très certaines et les plus aisées qu'il est possible de connaître.

8. Que nous ne devons point user de ce doute pour la conduite de nos actions.

Cependant il est à remarquer que je n’entends point |

que nous nous servions d’une façon de douter si générale, sinon lorsque nous commençons à nous appliquer à la contemplation de la vérité. Car il est certain qu’en ce qui regarde la conduite de notre vie, nous sommes obligés de suivre bien souvent des opinions -qui ne sont que vraisemblables, à cause que les occasions d’agir en nos affaires se passeraient presque toujours avant que nous puissions nous délivrer de tous nos doutes; et lorsqu'il s’en rencontre plusieurs de

telles sur un même sujet, encore que nous n’aperce-

vions peut-être pas davantage de vraisemblance aux unes qu'aux autres, si l’action ne souffre aucun délai, la raison veut que nous en choisissions une, et qu'après

Discours de la méthode : « La seule ravant en sa créance n'est pas résolution de se défaire de toutes un exemple que chacun doive les opinions qu’on a reçues aupa- suivre. »

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Étarbis choisie nous la suivions constamment, de même que si nous l’avions jugée tré ès certaine.

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4. Pourquoi on peut douter de la vérité des choses sensibles.

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- Mais, d'autant que nous n'avons point maintenant - d'autre dessein que de vaquer à la recherche de la vérité, nous douterons en premier lieu si de toutes les = choses qui sont tombées sous nos sens, où que nous avons jamais imaginées, il y en a quelques-unes qui … soient véritablement dans le monde, tant à cause que - nous savons par expérience que nos sens nous ont trompés en plusieurs rencontres, et qu’il y aurait de l’imprudence de nous trop fier à ceux qui nous ont trompés, quand même ce n'aurait été qu’une fois, - comme aussi à cause que nous songeons presque tou- . jours en dormant, et que pour lors il nous semble que . nous sentons vivement et que nous imaginons claire- - ment une infinité de choses qui ne sont point ailleurs, et que, lorsqu'on est ainsi résolu à douter de tout, il ne reste plus de marque par où l’on puisse savoir si les pensées qui viennent en songe sont plutôt fausses

que les autres ?.

5. Pourquoi on peut aussi douter des démonstrations de mathématiques.

Nous douterons aussi de toutes les autres choses qui

4. C'est le développement d’une du Discours de la méthode. des règles de la- morale provi- 2. Voy. le développement de soire indiquée dans la 32 partie ces idées dans la {'° Méditation.

Descarres. — Principes de la Philosophie. 8

nous ont semblé autrefois très certaines, même des démonstrations de mathématiques et de leurs principes, 4 encore que d'eux-mêmes ils soient assez manifestes, à M cause qu'il y a des hommes qui se sont mépris en rai= sonnant sur de telles matières; mais principalement parce que nous avons oui dire que Dieu, qui nous a créés, peut faire tout ce qu’il lui plaît, et que nous ne savons pas encore si peut-être il n’a point voulu nous faire tels que nous soyons toujours trompés, mêmg dans les choses que nous pensons le mieux connaître: car, puisqu'il a bien permis que nous nous soyons trompés quelquefois, ainsi qu’il a été déjà remarqué, pourquoi ne pourrait-il pas permettre que nous nous trompions toujours? Et si nous voulons feindre qu’un Dieu tout-puissant n’est point l’auteur de notre être, et que nous subsistons par nous-mêmes ou par quelque autre moyen; de ce que nous supposerons cet auteur moins puissant, nous aurons toujours d’autant plus de sujet de croire que nous ne sommes pas si parfaits que nous ne puissions être continuellement abusés {.

6. Que nous avons un libre arbitre qui fait que nous pouvons nous abstenir de croire les choses douteuses, et ainsi nous empêcher d’être trompés.

Mais quand celui qui nous a créés serait tout-puissant, et quand même il prendrait plaisir à nous tromper, nous ne laissons pas d’éprouver en nous une liberté qui est telle que, toutes les fois qu’il nous plaît, nous

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