‹ Principes de la philosophieChapitre 76 sur 93 · C'est faute d’avoir bien saisi dement humain · texte numérisé non relu

C'est faute d’avoir bien saisi dement humain

50. Que toutes ces vérités peuvent être clarrement aperçues: mais non pas de lous, à cause des préjugés.

Pour ce qui est des vérités qu’on nomme des notions communes, il est certain qu’elles peuvent être connues de plusieurs très clairement et très distincte. ment, car autrement elles ne mériteraient pas d’avoit ce nom; mais il est vrai aussi qu’il yen à qui le mévitent au regard de quelques personnes, et qui ne le mérilent point au regard des autres à cause qu’elles ne leur sont pas assez évidentes : non pas que je croie que la faculté de connaître qui est en quelques hommes s'étende plus loin que celle qui est communément en tous”; mais c’est plutôt qu’il y a des personnes qui ont imprimé de longue main des Opinions en leur - créance, qui élant contraires à quelques-unes de ces vérités empêchent qu’ils ne les puissent apercevoir, bien qu’elles soient fort manifestes à ceux qui ne sont point ainsi préoccupés.

91. Ce que c’est que la substance; et que c’est un nom qu'on ne peut attribuer à Dieu et aux créatures en même sens.

Pour ce qui est des choses que nous considérons comme ayant quelque existence, il est besoin que nous les examinions ici l’une après l’autre, afin de distinguer ce qui est obscur d’avec ce qui est évident en la

1 Ce terme qui revient ici plu- 2. C'est le premier mot que nous sieurs fois esl une traduction du trouvions dans le Discours de La grec : Kowat évyora. méthode.

notion que nous avons de chacune. Lorsque nons con- © cevons la substance, nous concevons seulement une chose qui existe en telle façon qu’elle n’a besoin que « de soi-même pour exister. En quoi il peut y avoir des l'obscurité touchant l'explication de ce mot : Na=« voir besoin que de soi-méme: car, à proprementu parler, il n’y a que Dieu qui soit tel, et il n'y a aucune chose créée qui puisse exister un seul moment sans être soutenue et conservée par sa puissance. Cesi pourquoi on a raison dans l’école de dire que le nom de substance n’est pas univoque au regard de Dieu

et des créatures, c’est-à-dire qu’il n’y à aucune signi=

fication de ce mot que nous concevions distinctement,« laquelle convienne en même sens à lui et à elles; inais parce qu'entre les choses créées quelques-unes

sont de telle

nature qu’elles ne peuvent exister

sans quelques autres, nous les distinguons d'avec celles qui n’ont besoin que du concours ordinaire

de Dieu,

en nomimant celles-ci

des substances,

et celles-là des qualités ou des attributs de ces sub-"

stances {.

1. Dans les Principia philosophiæ Renali Descarles, Spinoza dit : « Ouinis res, cui incest imme-

diale, ut in subjecto, sive per quam existit aliquid quod percipimus, hoc est, aliqua proprietas sive

qualilas sive atlributum, cujus idea realis in nobis est, vocatur substan-

tia.» Dans l'Ethique il dit : « Per sub= stantiam intelligo id quod in se est et per se concipitur, hoc cstid, cujus conceptus non indigel conceptu akterius rei, a quo formart debeat.» Comparez ces définitions. Eludiez avec soin los réserves de Des:

cartes.

52. Qu'il peut être attribué à l'ame et au corps en même sens, et comment on connaît la substance.

Et la notion que nous avons ainsi de la substance créée se rapporte en même façon à toutes, c’est-à-dire - à celles qui sont imma'érielles comme à celles qui sont - matérielles ou corporelles; car pour entendre que ce - sont des substances il faut seulement que nôus apercevions qu’elles peuvent exister sans l’aide d'aucune chose créée. Mais lorsqu'il est question de savoir si quelqu’une de ces substances existe véritablement, c'est-à-dire si elle est à présent dans le monde, ce n’est pas assez qu’elle existe en cette façon pour faire que nous l’apercevions: car cela seul ne nous découvre rien qui excite quelque connaissance particulière en notre pensée, il faut outre cela qu’elle ait quelques altributs que nous puissions remarquer; et il n'y en a aucun qui ne suffise pour-cet effet, à cause que l’une de nos notions communes est que le néant ne peut avoir aucuns attributs, ni propriétés ou qualités: c’est pourquoi, lorsqu'on en rencontre quelqu'un, on a raison de conclure qu'il est l’attribul de quelque substance et que cette substance existe {.

53. Que chaque substance à un attribut principal, et que celui le l'ame est la pensée, comme l'extension est celui du corps.

Mais encore que tout attribut soit suffisant pour faire

{ Ainsi nous ne connaissons les substances que par leurs attributs

connaître la substance, il y en a toutefois un en cha-

cune qui constitue sa nature et son essence, et de qui»

tous les autres dépendent, A savoir : l'étendue en longueur, largeur et profondeur, constitue la nature

de la substance corporelle ; et la pensée constitue la

Lei Ye AN

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nature de la substance qui pense?. Car tout ce que

d’ailleurs on peut attribuer au corps présuppose de

l'étendue, et n’est qu’une dépendance de ce qui est=

étendu; de même, toutes les propriétés que nous trou= vons en la chose qui pense ne sont que des façons dif=

férentes de penser. Ainsi nous ne saurions CONCEVOIrM par exemple, de figure, si ce n’est en une chose éten=" due, ni de mouvement qu’en un espace qui est étendu; ainsi l'imagination, le sentiment et la volonté déper=

dent tellement d’une chose qui pense que nous ne les pouvons concevoir sans elle. Mais, au contraire, nous pouvons concevoir l'étendue sans figure ou sans mou=M

vement; et la chose qui pense sans imagination ou sans sentiment, et ainsi du reste.

4. Il n'est pas démontré qu'il « Substantia, cui inest immediate

n’y ait en chaque substance qu'un cogilatio, vocatur meus. » J@., ibid., uttribut de ce genre. — Remuarquez def. 6.

le sens du mot essence. « Per attributum intelligo id quod

2. «Substantia quæ est subjectuni intellectus de substantia percipit unmediatum extensionis et acci-

tanquam cjusdem essentiam consti- 4

dentium, quæ extensionem præsup- tuens » [d., Etic., pars. I, def, 4.4

ponunt, ut figuræ, silus, motus

« Per modum intelligo substantiæ localis, etc., vocalur corpus. —

affectioncs, sive quod in alio est, SPINOZA, Prince. phil: Car., pars I, per quod etiam concipitur. » Id, def, 7. ibid., def, 5.

= 54. Comment nous pouvons avoir des pensées distinctes de la

LÉ) d'os dl ? ‘

substance qui pense, de celle qui est corporelle, et de Dieu.

Nous pouvons donc avoir deux notons ou idées claires et distinctes, l’une d’une substance créée qui pense, et l’autre d'une substance étendue, pourvu que

nous séparions soigneusement tous les attributs de

la pensée d'avec les attributs de l’étendue, Nous pou-

vons avoir aussi une idée claire et distincte d’une sub-

stance incréée qui pense et qui est indépendante, c’està-dire d’un Dieu, pourvu que nous ne pensions pas que cette idée nous représente tout ce qui est en lui, -étque nous n’y mélions rien par une fiction de notre entendement ; mais que nous prenions garde seulement à ce qui est compris véritablement en la notion distinete que nous avons de lui et que nous savons appartenir à la nature d’un Être tout parfait. Car il n'ya personne qui puisse nier qu’une telle idée de Dieu soit en nous, s’il ne veut croire sans raison que l’entendement humain ne saurait avoir aucune connaissance de la Divinitét.

absolute infinitum, hoc est, substantiam constantem infinitis attri-

1. « Substantia, quam per se summe perfectam esse intelligimus,

et in qua nihil plane concipimus, quod aliquem dofectum sive perfectionis limitationem involvat, Deus

= vocalur. » SPINOZA, Principia Phi-

losophiæ Cartenanæ, pars I, definilio 8. — « Per Deuui intelligo ens

bulis, quorum unumquodque æternam et infinitam essentiam exprimit. » SPINOZA, Ethic., pars I, definitio 6. — Remarquer avec soin la différence de ces deux définitions.

55. Comment nous en pouvons aussi avoir de la durée, de l'ordre et du nombre. =

Nous concevons aussi très distinctement ce que

c'est que la durée, l’ordre et le nombre, si, au lieu dé mêler dans l’idée que nous en avons ce qui appartient proprement à l’idée de la substance, nous pensons seulement que la durée de chaque chose est un mode

meta M

du une façon dont nous considérons celte chose en.

tant qu’elle coninue d'être!; et que pareillement Vordre etle nombre ne diffèrent pas en effet des choses ordonnées et nombrées, mais que ce sont seulement des façons sous lesquelles nous considérons diverses ment ces choses.

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