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CHAPITRE L

ou COMMERCE.

Des relations des ttexeu»

§ 1. L'indien de T Amérique consume dans une oisiveté complète toot le temps qui n'est pas employé à la guerre ou à la chi»se, laissant à sa femme tous les travaux qui regardent la conservation des enfants et les déplacements perpétuels d'une résid^ce à une autre. Il tue le daim; à sa malheureuse compagne la tâche de rapporter la chair à leur misérable hutte. Il prend d'abord et lorsqu'il y en a assez pour deux^ elle mange; autremeot» elle risque de mourir de faim. Les sauvages de la terre de Yan-Diemen marquent leur compagne femelle en lui brisant quelque phalange des doigts on en lui arrachant une dent de devant, — après quoi ils la traitent comme une bêle de somme, et ils payent par des coups ses services patients. L'Afrîeain achète sa femme et vend «es filles. — Le Turc remplit son harem d'esclaves, les créatures de son caprice, — qui tiennent lear vie à la merci de leur maître. La femme est ainsi l'esclave de l'homme tant que l'homme est lui-même esclave de la nature.

Plus tard nous le voyons devenir par degrés maître de la nature. — II a substitué le pouvoir d'intelligence à l'effort purement musculaire qui fut sa première ressource : les qualités qui font le caractère dist'mctif de I'homme se sont de plus en plus développées.

A chaque pas du progrès il est plus en mesure de se fixer en un lieu d'adoption, — le travail de culture succède lentement, mais

d'une manière certaine à celai de simple appropriation; — les habitudes domestiques remplacent par degrés les habitudes vagabondes, et il arrive de lui-même à trouver de plus en plus, dans le coti" fart et le bonheur iun foyer , la grammaire de la vie. A chaque pas, la femme gagne en importance ; elle est maîtresse de la maison, la compagne de ses joies et de ses chagrins et la mère de ses eofants. A chaque pas s'accroît la demande des pouvoirs divers du sexe le plus faible, — ses diverses individualités se développent & mesure que l'homme lui-même devient plus apte à prendre la position à lui assignée. Le cerveau se substitue à ce qui n'est que muscle, la faible femme se trouve elle-même devenant de plus en plus l'égale de l'homme» dont le bras est si fort; — elle passe lentement par degrés de la condition d'esclave de l'homme à celle de sa compagne et son amie.

La valeur de l'homme s'élève avec l'accroissement de richesse, — celle-ci consistant dans le pouvoir de commander les pouvoirs de la nature. — La valeur de la femme s'élève à mesure qu'augmente la demande de ses pouvoirs spéciaux, — lesquels aussi se développent avec l'augmentation de richesse. Le capital est ainsi le grand égalisateur, — la demande pour les facultés féminines augmentant en raison directe du développement des pouvoirs latents de l'homme.

Ce développement, nous l'avons vu, vient avec l'accroissement du pouvoir d'association, qui résulte de l'accroissement de diversité dans les demandes de pouvoirs de l'homme, •— le consommateur s'établissant alors à côté du producteur, — les forces latentes de la terre étant alors mises en activité et la terre elle-même se divisant, avec tendance croissante à donner à chaque homme une place qui soit à lui en propre, qui lui soit une petite caisse d'épargne pour tout son excédant de pouvoirs et pour ces tendres sentiments d'affection qui attendent les demandes d'une femme et d'une famille. L'amélioration dans la condition de la femme vient ainsi à mesure que l'homme s'individualise davantage et compte plus sur lui-même. Comme preuve à l'appui, nous ramenons encore une fois le lecteur au diagramme dont nous avons déjà fait tant de fois usage.

DU G(»IM£RGK.

EBckTage.

Mberté*

TRAVAIL

MassachuisetU.

Terre sans valeur

TERRE

Haute valeur de la terre

n y pourra suivre le changement gradué de la condition de la femme» à mesure qu'il va de la région des terres non divisées et des hommes à l'état errant, sur la gauche, — vers celle des terres divisées et des demeures cultivées, sur la droite.

Regardez dans quel sens il vous plaira, vous trouverez une nouvelle preuve que le rapprochement entre les prix des denrées premières et des utilités achevées, et sa conséquence, la valeur plus élevée de l'homme et de la terre, sont les marques les plus certaines d'une civilisation qui progresse. A chaque degré de rapprochement, la proportion de la classe des intermédiaires, soit soldats ou marins, négociants ou hommes politiques, diminue en même temps que décroît son pouvoir de contrôler et de diriger le mouvement sociétaire. A chaque degré, la circulation s'accélère, — l'agriculture tend davantage à devenir une science, — et la femme tend davantage à occuper sa propre place, celle de premier et plus cher objet d'affection, — qui stimule l'activité de l'homme, qui double ses joies, et qui est toujours prêt à le consoler dans ses chagrins ^ Si nous rsûsonnons à 'priori, c'est là l'effet nécessaire que doit produire sur l'avenir de la femme la proportion abaissée des classes qui ne vivent que d'appropriation, abaissement qui suit

^ On peut cependant objecter que les premiers âges de société nous présentent des femmes occupant une position plus élevée que celle qne nous leur donnons ici, par exemple : Sémiramis, Boadicée, Frédégondeet d^autres. L'inégalité n'en est pas moins la conséquence constante du barbarisme et du semi'barbarisme. Le sexe en masse occupe, à ces époques, une position très-peu au-dessus, si même elle Test aucmie* ment, de celle de l'esclave noir d'aujourd'hui.

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nécessairement le rapprochement des consommateurs et des prodncteurs. Voyons maintenant jusqu'à quel point les faits de l'histoire tendent à prouver que telle a été réellement la marche des choses.

§ 2. Les institutions de Sparte^ tendant, comme elles le faisaient, à empêcher l'association et à perpétuer le rapport de maître à esclave, étaient essentiellement barbares ; — elles eurent pour résultat la consolidation de la terre et la démoralisation de l'homme. Il s'ensuit que la véritable femme occupe peu de place dans l'histoire de Sparte. Nous trouvons, au lieu d'elle, des femelles qui luttent toutes nues dans l'arène, devant des milliers d'hommes rassemblés; des épouses profitant delà loi qui les autorise à substituer l'amant au mari ; des sœurs qui trouvent une excuse h l'inceste dans le désir d'améliorer les qualités physiques de la race. Étonnez-vous donc que Sparte ait laissé derrière elle à peine trace de son existence !

Sagesse, amour, chasteté, poésie, histoire, arts libéraux, et Athèneselle-mémesont symbolisés par des figures de femmes : — Minerve, Vénus, Diane, les Muses ont été les objets d'un culte divin chez le peuple qui s'était adressé à Solon pour ses institutions et ses lois. Cependant, si nous pénétrons dans l'intérieur de la famille athénienne^ nous trouvons, comme dans tous les cas de semi-barbarisme, que le home, le foyer domestique, n'existait pas en réalité; l'épouse n'y fut qu'un objet accessoire dont la sphère d'action était bornée à la production des enfants et à la tenue de maison. — Le mari trouvait chez une maîtresse la meilleure compagnie qui ffit dans la cité. Malgré cet abandon, la chasteté n'en fut pas moins la vertu caractéristique de la matrone athénienne. Cependant, lorsque Athènes commanda à mille cités ; que la centralisation eût été poussée à l'extrême ; que le négoce, la guerre et les affaires publiques furent devenus les seules occupations des Athéniens; et que la tyrannie, la rapacité, le paupérisme eurent tout envahi, nous voyons Socrate prêter sa femme à son ami, tandis que Périclès éveille à peine l'étonnement de ses concitoyens en leur présentant comme son épouse légitime Aspasie, qui avait été sa maîtresse et la maîtresse de tant d'autres. — La classe des hétaire$ constituait donc le caractère le plus distinctif dans cette société civilisée à un haut degré, qui eut l'Attique pour foyer.

Dans les premiers siècles de Rome, lorsque la terre était divisée

et que des hommes tels que GiiKHOnatus cnltivaieiit les champs de leurs mains^ la femme était généralement traitée à peu de chose près comme un meuble ; et cependant, dans Tacte d'hériter, le frère et la sœur se présentaient ensemble et se partageaient le patiimoine. A cette époque, le monde a dû Lucrèce, Virginie, Yolumnie, et ce fait que pendsmt si longtemps les tribunaux de Rome n'ont pas eu à jug^ une seule cause de divorce. Plus tard, nous voyons le paupérisme envahir la cité, et ded esclaves cultiver la terre; les Gâtons vendre le privilège de cohabitation avec des meiMes que peut-être ils avaient engendrés eux-mêmes ; et TÉtat d^cmiller le sexe faible du seul privilège d(mt il avait joui longtemps. — Le droit de la femme à hériter fut aboli par la loi Yoconienne, après avoir duré plus de six cents ans. La licence devint universelle ; on voit la sainteté du lien conjugal et la chaiàteté du sexe disparaître ensemble. — Pompée et César semblent affecter de violer Tune; Messaline et Agrippine|, Faustea et Poppée ont donné d'épouvantables exemples de la violation de Tautre.

La Frimce, incessamment engagée dans des guerres étrangères et domestiques, présente à Fintérieur, pendant plusieurs siècles, des contrastes très-frappants dans la condition du sexe; — l'abaissement et la pauvreté du grand nombre qui travaille, correspondant exactranent à la maçûficence du petit nomlHre qui vit en exerçant ses pouvoirs d'appropriation. A mesure que s'étendit le système féodal, que la terre se consolida et que les petits propriétaires disparurent, la demeure des femmes et des filles devint de moins en moins sûre ; — le droit àe jambage et de cuissage fut si bien affirmé partout et généralement exercé, qu'on en arriva à tenir le fils aîné du tenancier plus honorable que ses cadets à cause de sa haute parenté probable avec le seigneur.— Au dehors, l'histoire de la France n'est qu'une intervention incessante dans les droits d'autrui. — L'Italie, l'Ëspagne^Ies Pays-Bas, l'Allemagne, la Russie, l'Egypte, sont les différents théâtres de l'action. — C'est partout les villes ruinées, les maris et les fils tués, les épouses et les mères forcées de subir ce qui est le dernier des outrs^es pour leur sexe , et les filles réduites à demander à la prostitution leurs uniques ressources pour subsister. Formés au dehors au rapt et au meurtre, les fils de la France ont pratiqué diez eux ce qu'ils avaient si bien appris. — Il n'est pas en Europe un pays dont l'histoire domestique offre un

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tel mépris pour les droits et rhonneur de la femme, depuis l'époqae de Charles le Téméraire avec ses bons bouchen, jusqu'à celle des noyades et de la guillotine de la Révolation.

A chaque progrès cependant duis la consolidation de la terre, nous voyons des exemples de femmes devenues les arbitres des destinées du pays. — L'histoire, à partir de Tépoque de Frédégonde et de Brunehaut» jusqu'à celle de Maintenon, de Pompadour et de la Du Barry, nous montre la nation soumise à l'influence féminine, comme ne le fut jamais aucune au^e. Après l'adoption définitive du système de Colbert, un changement s'opère. — Par l'effet du système, la terre se divise ; — les droits féodaux disparaissent, — et le petit propriétaire, en état désormais de défendre Thonnenr de sa femme et de ses filles, prend peu à peu la place que naguère avaient occupée si complètement le clergé et la noblesse. La division étant poussée plus loin, comme une conséquence de la révolution, la classe des libres propriétaires augmente constamment, — des millions d'hommes, dont les prédécesseurs n'avaient été à peu près que de vrais serfs, possèdent aujourd'hui des terres, des maisons, une demeure en propre dont la femme a la direction suprême ^ Là, cependant, comme partout, nous voyons la centralisa-

* • Une autre cireoosUnce qui frappe le voyageur, c'est l'effet qu'a produit sur Tapparence et la condition du sexe féminin la division de la terre entre les classes laborieuses. Les femmes ne sont point exemptes du travail des champs, même dans les familles de paysans propriétaires fort aisés, dont les maisons sont aussi bien pourvues qu'aucun presbytère de notre pays. Toutes travaillent autant que le peut faire Tbomme le plus pauvre. Cependant, comme la terre est à eux, ils ont le choix de la besogne, et celle qui est rude se fait par les hommes. Abattre et apporter an logis le bois à brûler, faucher Therbe généralement, mais pas toujours, porter à dos le fumier, conduire les chevaux et les bœufs, remuer la terre, et toute rude besogne est l'affaire de l'homme ; semer, lier la vigne et Témonder, soigner le verger, et d'autres menus travaux, c'est l'affaire de la femme. Mais les femmes, tant en France qu'en Suisse, me paraissent jouer un rôle bien plus important dans la famille, chez les classes inférieures et moyennes, que les nôtres. La femme, sans pour cela être exempte du travail du dehors et même d'un rude travail, entreprend la direction et le maniement des affaires de la famille; le mari n'est que l'agent qui exécute. La fsmme est, de fait, très-supérieure au mari en manières, en habitudes, en tact, en inteUigence, dans la plupart des familles des classes moyennes et inférieures dans la Suisse... En France, aussi, la femme partage pleinement le soin des affaires avec le chef mâle delà famille, en tenant les livres et en vendant les marchandises. Dans les deux pays, elle a certainement une position sociale plus élevée et plus rationnelle que chez nous. Cela me semble résulter de la division de la propriété, qui fait que la femme a sa part et son intérêt aussi bien que l'homme, et grandit avec le même

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tion politique contrariant rinflnence de cette décentralisation sociald qui tend à élever la condition de toute la population de l'Empire, tant mâle que féminine. -— D'énormes impôts aident à construire une cité centrale aux dépens des districts ruraux, ce qui donne lieu au petit nombre qui se partage les dépouilles, de vivre dans la pr«)fttsion» tandis qu'ailleurs les femmes et les mères souffrent par manque du plus strict nécessaire.

Dans l'Europe du centre et du nord^ la tendance est partout dans la même direction ; — la terre se divise, — l'homme gagne en Kbcrté, et la femme, prenant une place plus élevée dans l'échelle sociale, à mesure qu'augmente le pouvoir de commander l'usage de la vapeur et des autres forces de la nature, on voit le goût, l'adresse, les yeux, les doigts du sexe faible se substituer à la force purement musculaire de l'homme. C'est aujourd'hui la tendance en Suède, en Danemark^ en Belgique, dans le nord de l'Allemagne, dans la Russie, tous pays qui suivent la trace de Colbert et de la France. Dans tous, à l'exception peut-être de la Russie, le droit de la femme à posséder sa propriété séparée, aussi bien que le droit d'exercer ses reprises sur les biens du mari, à la mort de celui-ci, est pleinement reconnu. Dans aucun, néanmoins, la fenune n'occupe encore sa véritable situation; — l'œil du voyageur est à chaque pas offensé par le spectacle de femmes succombant sous des fardeaux disproportionnés à leur force, ou faisant telle autre besogne qui serait beaucoup mieux le lot des fik ou des maris.

Ce que nous avions à déterminer cependant, ce n'est pas la condition actuelle de tel ou tel peuple, mais le point vers lequel tend la société^ quelque modéré que puisse être le mouvement. Dans tous ces pays la condition de travailler était, à une date bien fraîche encore, parente de celle de servage, — le changement que nous observons s'est accompli dans le présent siècle. A une seule exception près, tous ont été ravagés par des armées étrangères, sans compter que des guerres domestiques ont largement concouru à empêcher l'accumulation de richesse, nécessaire pour mettre l'homme en mesure de prendre sa vraie position à l'égard de la nature. L'Allemagne , en particulier, a grandement souffert des

intérêt personnel et le même sentiment de propriété tout autour d'elle. » — LxiNG. Notes of a TraveUer, p. 172.

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guerres tant étrangères que domestiques, et surtout précisément dans le demi-ôède qoi a précédé la formation du ZMverein. En voyant tout cela, ce qoi doit surtout éloonar, c'est qu'on Tait obtenu en si pmi de temps K

§ 3. ArépoquedesPlantagmiets, on exportait les femmes saxonnes pour les vendre comme esclayes, — c'étaient les hommes d'Ecosse et d'Irlande qui les achetaient. Cependant avec l'augmentation de richesse et de population, leur condition s'est améliorée par degrés; ce qui n'empêchait pas que, sans remonter plus haut qu'à l'éj^oque de Btackstone, les gens du commun, nous dit-il, réclamassent et exerçassent le privilège que leur assurait la vieille loi, d'infliger à laurs femmes « le ckâHmerU dameUique, avec modé^ raUon, » On comptait cependant déjà 200»000 petits propriétaires, dont chacun avait femme et eoEants, et un de ces logis qui faisaient l'admiration d'Adam Smith et qu'il a si bien décrits.

Néanmoins, quant à ce qui regarde tout droit privé de propriété, la position des femmes anglaises a été constamm^t empirant ; — celle qu'elles ont aujourd'hui est bien au-dessous de ce que leur garantissait la vieille loi anglaise. Encore sous le règne de Charles I*»*» la femme, en se mariant, conservait tout son bien pro]^, et acquérait droit, comme douaire, sur les biens réels et personnels de son mari, en cas de prédécès de celui-ci. Depuis, ces droits ont entièrement disparu, la loi donne au mari la propriété entière de sa femme et n'assure rien à celle-ci. Quelque follement dépensier qae puisse être le mari, la femme ne peut posséder à part; — tout ce qu'elle gagne appartient à son partner et elle devient solidaire pour le payement des dettes qu'il contracte. Dans aucun autre pays qui se prétend civilisé, la femme n'est aussi complètement à la merci de soa mari , — n'est autant son esclave — qu'elle l'est en Angleterre.

Si nous venons aux nations qui marchent à la suite de l'Angleterre, nous trouvons un mouvement précisément inverse de celui des peuples qui suivent la trace de Colbert et de la France^ — la proportion de la classe des intermédiaires y augmentant tandis qu'elle devrait diminuer. Chez toutes le mouvement est vers la

* Ponr ce que dit le chevalier Bunsen des effets de la guerre, comme ils se sont manifestés en Allemagne et en Russie, voy. précéd. vol. II, p. 144.

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dissolution sociétaire; — la marche est une décadence graduée, et aboutit à la mort sociale.

Chez toutes c'est la femme qui souffre le plus, — Fhomme peut changer de lieu, la femme et les enfants doivent rester au pays. Lorsque la ruine des manufactures irlandaises priva des dizaines de mille dé femmes irlandaises du travail auquel elles avaient été accoutumées, où auraient-elles trouvé à vendre leur travail? Lorsque toute la population dlrlande eut été réduite à la condition « de pauvres faméliques vivant de pommes de terre et d*eau, » il restait aux hommes la ressource départir, —d'aller chercher du travail en Angleterre ou par delà l'Océan, — mais qui laisser derrière eux pour nourrir des centaines de mille d'épouses, de mères, de filles, de sœurs qui n'ont pu les suivre? Lorsque « un épuisement général, starvcdion popular, comme dit un écrivain anglais dis* tingué, *fut devenu la condition de tout un peuple, y> que faire des êtres qui étaient faibles de corps ou d'intelligence? — C'est dans de telles circonstances que l'homme devient un esclave de la nature, et la femme un esclave de l'homme.

Venons à l'Inde, nous trouvons qu'il s'y est opéré une révolution dans les arrangements sociaux, qui tend, comme en Irlande, à ruiner le commerce domestique et suivie d'une ruine et d'une détresse « qui n'ont point d'égales dans les annales du commerce. » Quels êtres ont le plus souffert? Les fils et les maris peuvent espérer trouver du travail au service de la Compagnie; mais pour les épouses et les filles où trouver comment vivre? Les hommes pourraient émigrer à Maurice, mais les femmes et les enfants doivent rester au pays. Poussé au désespoir par une suite d'oppressions, c(Hnme l'histoire du monde n'en offre pas de pareilles, ce malheureux peuple vient tout récemment de tenter un soulèvement, le territoire a été pendant deux ans le théâtre d'une guerre civile, la campagne a été dévastée, les bourgs et les villages incendiés, les grandes villes pillées, si même elles n'ont pas été ù peu près détruites. Dans tous ces événements, quelle a été la condition des épouses, des mères, des sœurs, des filles exposées partout, comme elles l'ont été, aux plus indignes outrages ^ !

* Voiei ee que raconte ira officier anglais, témoin oculaire, de ce qui se passa après la prise d'assaut de Badajos, en 1812. Le lecteur pourra se faire quelque

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Quant à la Turquie» un voyageur anglais nous a dépeint la concurrence désespérée que font aux machines anglaises des femmes et des enfants acharnés au travail : — ceux-ci travaillant avec assiduité, du moment où leurs petits doigts peuvent tourner un fuseau, et les autres, donnant le travail incessant de toute une semaine pour la misérable pitance d'un shilling anglais, heureuses encore, si elles ne sont pas à court de travail, faute de trouver à placer le fil qu'elles ont filé.

Après l'épuisement de la Turquie et de Tlnde, nous voyons un effort opiniâtre, depuis un demi-siècle, pour démoraliser la Chine au moyen de Topium, introduit de force dam ce pays rncUgré fop^ poHtion du gouvernement. Pour atteindre ce but, nous venons de voir deux guerres où Ton a emporté des villes d'assaut, massacré des hommes et violé des femmes. Pour décider combien de telles mesures font progresser la civilisation, on peut s'en rapporter aux femmes qui voient dans la boutique à opium le plus grand ^nemi du bonheur et de la paix des ménages ^

C'est en présence de tels faits que les femmes d'Angleterre rédi-

idée de ce que probablement était le sort d^ femmes de Delhy, de Luknow et de rinde en général, pendant la dernière guerre du soulèyement.

« Un couvent, au bout de la rue Saint-Jean, était en flammes, et j*y vis plus d*une religieuse éplorée dans les bras d'un soldat ivre. Plus toin, la confusion semblait pire encore. On avait roulé en dehors des boutiques, dans la rue, des tonneaux de vin et d'eau-de-vie; quelques-uns étaient encore pleins, les autres bus à demi, la plupart défoncés, et le liquide coulant dans le ruisseau. On entendait, en passant, des cris dédiirants, des supplications de femmes qui demandaient en vain pitié. Gomment en eût-il été autrement ? Si Ton songe que vingt mille hommes, ivres de fureur et de licence s'étaient rués sur une grande population oi^ se trouvent les plus belles femmes de la terre. Tout, dans cette cité vouée au pillage, était à la merci d'une armée furieuse, qui, pour le moment, ne connaissait plus de frein, assistée par une bande infâme de ces gens qui suivent les camps, et qui se montraient plus sanguinaires, plus impitoyables que les hommes qui avaient survécu à l'assaut. 11 est inutile de s'appesantir sur une scène qui révolte le cœur. Peu de femmes dans cette belle ville ^happèrent cette nuit à Toutrage. La grande dame et la mendiante, la religieuse et la femme et la fille de l'artisan, jeunes et vietlles, toutes forent enveloppées dans la ruine générale. On ne respectait rien, et par conséquent bien peu échappèrent. »

* « Rien peut-être ne peut donner l'idée d'un enfer sur la terre autant que les abords de ces lieux infâmes : « le» antres de l'opium. » Hev, E. B. Souire.

« Nous avons peu de raisons de nous étonner que la Chine répugne à étoidre ses relations avec l'étranger, quand de telles relations lui apportent leur peste : la pauvreté, le crime et le désordre. P^^nne ne peut exprimer les horreurs du commerce de l'opium, » — Rev, Howar» BUcolm.

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gent des adresses à celles d'Amérique^ au sujet des maux de l'esdavage, et qu'un membre du clei^é au^ican félicite ses lecteurs de ce que <x jamais pcmvoir civilisé n'a été engagé dans des guerres si constantes et si multiples, r> puisqu'on peut dire <c que dans l'histoire des deux derniers siècles, il ne s'est pas écoulé un mois, une semaine, où les Anglais n'ûent échangé quelques coups de fusil ou de sabre sur un point quelconque de la surface du globes » « — Regardez, dit-il plus loin, n'importe dans quelle époque du Temps; le pavillon national s'avance comme un météore à travers des flots de sang, d — et c'est là, nousassure-t-on, a un rôle indispensable dans la position de l'Angleterre '. d

Le système anglais nous donne ainsi guerre perpétuelle contre les nations de la terre, au moyen de soldats et de marins, de canons et de poudre ; et guerre perpétuelle au sein même de toute nation, — cette dernière guerre, conduite à l'aide de ces grands capitalistes qui peuvent faire les sacrifices nécessaires pour conquérir et s'assurer la possession des marchés étrangers. — Contre qui cependant cette double guerre est-elle surtout conduite? C'est contre les êtres qui ne peuvent travailler aux champs, — contre le sexe faible. Incapable de remuer la terre; voilà qu'on les chasse du moins rude travail de transformation des denrées premières dans tout pays soumis au système, <c de Smyme à Canton, de Madras à Samareande. » Que leur reste- t-il alors? Dans des millions de cas, rien autre que la prostitution. Et pourtant on nous vante constamment les effets civilisateurs de ce système du trafic, auquel on a si mal appliqué le mot commerce. — Nous allons voir comment il tend à améliorer la condition des femmes anglaises elles^nèmes.

§ 4. Depuis l'époque d'Adam iSmith, l'Angleterre compte 160,000 petits propriétaires de moins. — C'est autant de demeures vides aujourd'hui des maris, des femmes, des pères et des mères, qui, il n'y a pas un siècle, vivaient sur une terre par eux possédée en propre et entourés de leurs enfants. Cela a eu lieu dans toute la Grande-Bretagne. — Le droit coutumier du clamman (l'homme du clan ] a tout à fait disparu, et on a purgé d'eux la terre avec une dureté dont il n'est d'autre exemple nulle part,

* Rev. J. V^HiTE. The Eighteen Christian Centuries, p. 482. — C'est dans les deax siècles, dont il s'agit, que la femme anglaise a perdu tous les droits précédents à sa propriété propre et à celle de son mari.

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exce]^ en friande ' . Cbassés des champs, les parents demandent un abri anx villes et anx cités; — les femmes, les enfants cherchent dn travail dans les mines, dans les nsines. Simultanément, cependant, avec la consolidation de la terre nons avons la consolidation des grands capitaux , toujours prête à écraser la concurrence tant domestique qu'étrangère pour Tachât du travail ou la vente des produits du travail. Le résultat se voit dans plusieurs rapports navrants des commissions parlementaires, — rapports qui nous montrent les femmes travaillant tout à fait nues daos les mines, parmi les jeunes garçons et les hommes; les femmes et les jeunes filles soumises à une somme d'effort physique, pour laquelle ne les a point destinées le Créateur, à qui elles doivent leur misérable existence^. Récemment on a essayé de quelque amélioration; — on

* a Demandez aux plus vieux habitants des rockers nus qui bordent les noires et rudes côtes de TOuest comment il se fait qu*il8 traînent une famélique existence sur ees sols âpres et infertiles; tandis que sur des yingtaines de milles, des terres qui rapporteraient des milliers de milliers de fois davantage, restent dans une désolation sombre et nue? Demandez comment il se fait que des coteaux et des vallées dont les échos répétaient naguère le rire joyeux de centaines d'enfants d'heureux cottages, ne répètent aujourd'hui que le bêlement des moutons, te son de la trompe de chasse, ou le coup de fusil du sportstnanf Demandez comment il arrive que la population de Lairg n'est plus que le tiers de ce qu'elle était en 1801 ; comment Loth a diminué d'un tiers; Kildonan des trois quarts; Creich a perdu 1,500 âmes et d'autres paroisses un peu moins, si bien que le comté de Sutherland n'a pas augmenté de 7 pour */« en population dans l'espace des cinquante dernières années ? Demandez s'il est vrai que le comte qui tenait une plaoe distinguée dans les annales du pays, pour le nombre et la bravoure de ses soldats, ne fournirait pas une demidouzaine de ses enfants à la milice, ou pou^ servir en partisans volontaires à la défense de la côte? Demandez s'il est de fait que, depuis le commencement du présent siècle, plus de quinze mille habitants natifs du Sutherland aient été Jetés hors de la terre que leurs ancêtres ont occupée depuis les époques traditionnelles, et expulsés, — non comme convaincus de crime, — non pour être coupables de paresse, non pour devoir des arrérages de rente, non pour conduite immorale ; mais parce qu'on a voulu ^nsformer leurs tenures en de» pères monstres pour les moutons, et en terrains à perdrix? » Douglas Jerrold : Letter to M" Strove,

2 « Mon attention se porta sur une maison publique très-fréquentée par les ouvriers des fabriques. Je m'y rendis un soir à neuf heures, et je trouvai dans la tabagie, six femmes, doirî trots mariées et trois célibataires, en compagnie de cinq hommes. Les femmes étaient toutes des ouvrières de la fabrique. Je liai conversation avec l'une d'elles. « A quelle heure du matin commence le travail? — On commence à six heures ; mais je dois me lever à cinq, car je demeure à plus d'un mille d'ici. — Déjeunez-vous avant de partir ou vous apporte-t-on plus tard à déjeuner ? — Non, je l'apporte avec moi, ainsi que mon dinet et mon thé. — Combien de temps vous donne-t-on pour déjeuner? — Un quart d'heure. — Et pour dîner? — Une heure. — Combien pour le thé? — Un quart d'heure. — A quelle heure da

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a défoijhi le travail des femmes dans les mines sons certaines circonstances , et la loi a limité le trayail des enfants^ — mais le fût loiomème ^e de telles lois soient deyennes nécessaires dénote clai* remuent ral>sence de cette concurrence ponr l'achat dn trayail» qni permettrait an trayaillenr d'obtenir un salaire conyaiable quotidien poBr nne journée d'un travail raisonnaUe. a La boutique de déeaskUiany où les femmes sont obligées de travailler de 16 à 20 heures par jour, sous une température qui dépasse celle de la zone torride, — la boutique où l'on dépense leur vie comme celle du bétail sur une ferme, » continue d'exister; et toute tentative d'intervenir avec une pensée de protection pour ces femmes sans assistance» rencontre de l'opposition, à cause ce de l'aiguillon de la concurrence i» pour la vente des étoffes '. Quel est cependant l'objet de cette eoncurrenee? Celui d'empëcber les femmes de l'Inde, de l'Iriande et de l'Amérique de trouver acheteurs pour leur goût ou leur talent, leur travail, soit physique, soit intellectuel. La femme anglaise est ainsi dégradée à la condition d'un pur instrument pour écraser ses semblables dans le monde entier, — et sa propre pauvreté, son dénùment, son abaissement moral sont alors mis en avant comme preuve à l'appui de la doctrine d'excès

soir qaittez>-yous? — A sept heures et demie. — Vous sentez-vous fatiguée après la journée de iravaâ ? — Je n*ai qu^à tous dire, monsieur, que la besogne est ^rude, nous avons à soulever plus haut que la tête quatre peignes, par minute, qui pès^at vingt-quatre livres. — C'est-à-dire que vous soulevez quatre-vingt-seize livres par minute, pendant tout le jour. — Oui, monsieur, et cela toute la semaine. C'est pourquoi vous nous voyez ici à boire du thé, car nous n'avons pas grande envie de manger, et il faut prendre quelque chose. J'ai apporté mon beurre et mon pain, ee matin, et vous voyez, je n'y ai pas touché. ~ Votre mari a-i-ii de l'ouvrage ? — Voici dix-huit mois qu'il en a manqué. — Se lëve-t-il à la mémo heure que vous? — Non, je le laisse au lit avec le plus petit de nos enfants. — Combien avez-vous d'enfants ? — Trois ? — De quel âge? — - Cinq ans, trois ans et un an. Il m'arrive parfois de ne pcis voir celui de trois ans du lundi matin au samedi soir y parce qu^U est couché a/vant que je rentre et que je le laisse au lit le matin à mon départ. — Que vous donne-t-on pour ce genre de travail ? — Nos salaires varient de six à hnit shillings par semaine. — Depuis quel ,temps travaillez-vous en fabrique ? — Depuis que j'ai eu mon second enfant. — Combien étes-vous de femmes dans votre fabrique? — Trente. — Combien de mariées? — Dix. — Combien ont eu des enfants? — Presque toutes ; et celles qui en ont ne veulent pas rester ici longtemps, car ce sont de mauvaises places. Je voudrais bien n'en jamais avoir entendu parler, pour le bien de mes enfants. Je puis vous assurer, monsieur, que j'ai connu des jour» meilleurs. » •— Wron^ of Wornen^ p. 134. * Voyez précéd., vol. I, p. 544.

380 PRINGireS DE LA SCIENCE SOQALB. — CHÂP. L.

de populatîoQ. Poussée an désespoir, — n'attendant anean sonkgement dans ce monde et insooeiante de l'avenir, — on vient alors la presser d'adopter la panacée Malthusienne de a la contrainte morale ! f> C'est une pure mocqnerie de mots de suggérer une telle idée aux femmes anglaises, dans les drconstances qui existent*

La centralisation force les femmes d'Irlande à venir ch^dier en Angleterre acheteurs pour leur travail, — ce qui augmente la concurrence pour la vente de cette utilité, Teffort humain, périssable à partir du moment même où elle se produit, — et ce qui donne la faculté, à ceux qui ont besoin d'acheter, d'imposer quelle quantité d'effort sera donnée et quelle sera la rémunération. C'est là de Vesctatage. Voilà comment la centralisation parvient à faire de Ixmdres le seul et l'unique marché dans l'An^eterre elle-même pour la vente du goût ou de l'adresse féminine, et en même temps à limiter le genre des occupations de la femme '.Il en résulte la condition déplorable de pauvres filles qui aspirent à devenir ouvrières d'une usine, c'est-à-dire à être condanmées à travailler pour des mois de suite, non moins de vingt heures sur les vingtquatre — en respirant l'air épais des fabriques, et recevant la plus chétive nourriture, au lieu d'instruction dmit elles sont à jamais frustrées. La consomption termine la carrière des plus délicates parmi ces machines à l'usage du trafic; — les plus effrontées, celles dont l'Âme a moins d'aspirations, cherchent dans la prostitution les ressources pour parer aux saisons mortes du travail.

Au-dessous de ces dernières sont les ouvrières pour la confection.

* « Sur le continent européen, bien qu'il arrive souvent de voir la femme faire des travaux d'honune, par exemple un travail rural répugnant, qui ne convient point à son sexe, cependant, comme une sorte de compensation, elle n'y est point privée autant que chez nous de ce^enre de travail qui lui convient spécialement. A Paris, les magasins pour articles de femmes emploient un certain nombre d'hommes, mais moins que chez nous; à l'étranger, aux stations des chemins de fer, ce sont les femmes qui délivrent les billets. En France les femmes font le service de commis copistes ; elles tiennent les boutiques de détail, de livres, de gravures, de menus objets. En Suisse, elles ùdiriquent des montres. En Amérique, elles composent dans les imprimeries. Notre système est tout à fait dans la direction d'enlever aux femmes tout moyen de travail. Mais on ne peut penser un seul instant que les funmes anglaises, une fois l'effet du système réalisé, regardent quelques insignifiants avantages comme balançant les grands et terribles maux, résultats d'une violation de la répartition convenable de travail. » — London Times,

3 Pour une étude d'ensemble sur la condition des ouvrières en Angletenre; voyez le livre déjà cité : Wrongs of Women, par Charlotte Élisabets.

Les horreurs de cette traite de blancs, a dit im éeri?api tout récemmmit^ n'ont point été exagérées : <k (kMnment, poorsoit^il, tant de colossales fortunes se feraient-elles par des juifs et antres ex* pldteurs, si le sol qui donne de telles moissons n'était point arrosé el «Agraissé avec du sang et des larmes? On sait fue Londres est plein a d'ouvrières à Faiguille dans la misère ; » mais le renlède à cela? Il y a une demande de Tètements à bon marché, et il y a une demande de travail pour faire des vêtements à bon marché plus considérable encore que celle des vêtements à bon marché. Quelque misérable que soit la pitance qu'elles reçoivent, cela vaut encore mieux que rien. Mieux vaut endurer la faim que mourir. Vous pouvez voir les pauvres créatures, groupées sur le seuil des magasins de confection, avec leurs visages amaigris et fiévreux^ attendant qu'on leur fournisse le misérable travail; car il y va pour elles de la vie. On s'étonne que cela puisse être, — mais cela est '. x> Une enquête a constaté que Londres ne compte pas moins de 33,000 de ces ouvrières malheureuses, travaillant dans un état complet d'épuisement, à gagner une journée de quelques pence.

Ces pauvres femmes se font concurrence entre elles pour la vente de la seule utilité qu'elles possèdent; ^ faute de réussir à la placer, elles sont poussées à la prostitution. I>evant de tels fûts, ne vous étonnez pas qu'on évalue à 50,000 le nombre de femmes courant la nuit par les rues de la grande cité, a par la grande raison qu'elles ne trouvent point d'autres moyens d'existence, d Un grand nombre, nous assure-t-on» après avoir servi en maison, travaillé de l'aiguille, confectionné des vêtements, etc, ont été poussées dans la voie du vice par la difficulté d'obtenir un labeur honnête. « Il n'en est pas une peut-être qui ne quittât demain son malheureux métier, si ton pouvait M trouver un travail honorable^, a Nous conmiettons, dit le même écrivain, une. faute plus baii)are que ces nations chez lesquelles la pluralité des femmes est permise, et qui regardent la femme comme une marchandise vivante; car, chez elles, la femme, à tout événement, est pourvue d'un abri, de nourriture et de vêlement; — on les soigne comme on soigne le bétail. Le système est complet. Mais, chez nous, la femme est traitée comme un bétail, à l'exception des soins qu'elle n'obtient pas

* NonhBrUiihUmew, « The Employment of Women, » p. 171.

382 PBniGIFKS DE LA SCHSNGE SOGULE. — CHAP. L.

oomiiœ bétail, noos prenons la pire part ée la barbarie -et la pire part de la dTilkatioa pour en composer nn ensemUe hétérogène. Nous élevons nos femmes poor être dépendantes» et nons ks laissons sans qodqa'nn de qui elles dépendent. — Elles n'ont p^sonne, elles n'ont rien sur qni on snr quoi s'appny^, et elles tombent à terre. i>

C'est là de Tesdavage et de la pire espèce, et pins le système se mainti^dra, plus il deviendra oppressif; — carie système a pour base, comme à répoqoe d'Adam Smitb, l'idée d'avilir le prix dn travail et de tontes les autres matières premières pour les manufacture. Plus les prix sont réduits en Angleten*e, j^us il y aura tendance vers leur réduction en Amérique; — il a été déjà déclaré que le seul remède à la détresse des ouvrières à l'aiguille était dans la réduction des salaires, ce jusqu'au point de famine. » Plus ils sont réduits là, plus ils devront l'être en Angleterre ; la tendance du Ubre-échang^ moderne étant celle d'augmenter la dép^dance du travailleur et de faire de lui un simple outil à l'usage du trafic, vérité que Hood a A bien exprimée dans sa chanson admirable^ mais si plmne de mélancolie, a la Chemise, d

La colonisati<m étant, nous dit^on, le remède contre l'excès de popuIatî(m, on tente tous les efforts imaginables pour chasser l'excédant qui fait que la population est devenue une nuisance. Qui sont cepeidant ceux qui émigrent? Les hommes, — et ils laissent derrière eux des femmes, des filles, des sœiu*s, qui se tireront d'affaire comme elles pourront. L'excédant de femmes sur la population mâle, dans la Grande-Bretagne, dépasse un demi-million et il doit augmenter, — la tendance complète du système étant de dis* p^rser les hommes dans l'espoir d'avilir par là le prix des denrées premières dn sol, et d'obtenir l'effet d'augmenter partout la concurrence pour la vente do travail et des produits du travail K

Le monde ne présente pas dé spectacle plus triste que la conditicm de la partie féminine de la population de la Grande-Bretagne. Celle des femmes du centre et du nord de l'Europe n'est nullement satisfaisante, mais, en établissant comparaison, il faut toujours se

* De 1839 à 1856, la criminalité des femmes, en attaques contre la personne, s'est élevée de 11,2 à 18 pour %, et en offenses contre la propriété de 26,9 à 30,8. Les femmes sont poussées à commettra le orime et transportées comme criminelles.

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rq)petor fse^Un^s qve TAi^leterre a joui d'oBe paix iatérièare peodaat plnsieurs siècles, l'Europe contineatale a été le théâtre de gaerres incessantes^ et que la condition des hommes et des femmes en Anj^eterre, était, il y a cm siècle^ presque infiniment supérieare à celle de leurs voisins di; continent» — les uns ayant conquis leur liberté,— les autres étant à peu près, si ce n'est complètement, esclaves. De plus, r Angleterre a précédé le continent dans la conquête du pouvoir sur les grandes forces de la natnre, — et Ta laissé loin derrière elle. — Il faut, en outre, se bien mettre dans Fesprit q^e, — comme il y a solidarité d'intérêts entre tou$ les peuples de la terre, — tout ce qui tend à diminuer chez Tun d'eux le pouvoir de production est nuisible à tous. Si le tnjtvail du peuple anglais produisait davantage, les femmes anglaises feraient une plus forte demande des produits du goût et de l'adresse des femmes de France, et si les femmes d'Amérique trouvaient dans la fabricati(m des étofTes une demande de leur propre travail, elles seraient à même de consommer plus de produits du goût et de l'adresse des femmes de France et d'Angleterre. La protection tend à augmenter la concurrence pour acheter le travail, — et par-là à émanciper à la fois les hommes et les femmes. Le système aurais, partout où on le rencontre, augmente la concurrence pour le vendre, — et, par là, il asservit tous ceux qui ont besoin de le vendre, tant hommes que femmes.

§ 5. Dans cette question comme dans toutes, l'Union américaine est une nation de contrastes. Dans telle partie, nous voyons la femme jouir d'un degré de liberté dont on ne trouve nulle part d'autre exemple, tan^s que dans telle autre, les femnws mariées et celles non mariées passent de main en main comme de vrais meubles; — on les vend à l'encan avec ou sans les pères, les ma* ris, les sœurs, les frères, les enfants. Dans la première partie, on avait eu en vue le commerce, et il y a eu tendance à créer des centres locaux, faciliter l'association, produire le développement des pouvoirs latents de la terre et des hommes et des femmes à qui a été donné l'usage de la terre. Croyant à l'omnipotence du trafic et cherchant à en étendre l'empire, l'autre partie, cependant, s'est mue dans la direction inverse, — il en est résulté l'anéantissement des centres locaux, l'affaiblissement du pouvoir d'association, l'épuisement du sol et la limitation de la demande pour les pouvoirs

384 PRINCIPES DE LÀ SCIENCE SOGULE. — CHAF. L.

de la femme. Dam Fiiiie, il y a tendafice nmtorme à moSfiûr ta loi anglaise daas le but de donner à la femme mu droit de posséder en propre et séparément; axas l'antre, il y a en ccmune nne tendance uniforme à enlever à la femme le pouvoir, dans aucune drconstflmce, d'obtenir en propre le droit de posséder.

Un voyageur firançais distingué, M. Hiehel Chevalier, comparant ses compatriotes aux hommes d'Amérique, a dit : ce Nous achetons nos femmes avec notre fortune aussi biea que nous nous vendons à elles pour leur dot d 11 fait remarquer que l'Américain choisit la Menue, ou plutôt s'offre à elle « pour ce qu'il lui reconnaît de beauté, d'intelligence et de qualités du cœur; c'est l'unique dot qu'il recherche. Ainsi tandis que le Français fait une affaire de commerce de ce qu'il y a de plus sacré, une naticm de marchands affecte une délicatesse et une élévation de sentiments qui auraient fait honneur aux plus parfaits modèles de la chevalerie ^ »

D'où l'on voit que le mariage est chez nous un lien plus sacré que partout ailleurs; — ça été la conséquence nécessaire d'un système politique basé sur la création de centres locaux et sur cette divi^on de la terre qui tend à ce que chacun puisse arriver à la possession d'une demeure pour le bien-être de sa femme, de ses enfants et de lui-même '. Partout ici, l'on montre, à l'égard du sexe, — jeune ou vieux, — riche ou pauvre, — de la haute classe ou de la classe inférieure, — une déférence au-dessas de ce qu'on peut imaginer dans les autres pays ^

Elles voyagent, pour des milliers de milles, sans avoir besoin d'une prote(^on, sans avoir à craindre d'importunités, ni aucun de ces inconvénients auxquels les femmes sont tellement exposées dans les antres pays. En se mariant, l'homme prend la tâche de pourvoir aux besoins de la famille ; la femme a la tenue du ménage et le soin des enfants, — et son travail lui est autant que

< Gheyauer. Lettres tur V Amérique du Nord.

2 Vous pouvez juger de la moralité d'un peuple par celle de ses femmes. On ne peut Yoir la société américaine sans admirer le respect qui entoure le lien du mariage. Ce sentiment exista au même degré chez les peuples de l'antiquité ; les sociétés actuelles de l'Europe ne conçoivent pas même l'idée d'une telle pureté de mœurs. — M. de Beaumont.

3 « Une des particularités qui frappent le plus le voyageur aux États-Unis, c'est la déférence qu'on y a en tous lieux pour le sexe, sans que cela tienne au rang ou à te position, Lyell. »

possible allégé par des inrentioiis mécaniques K Dans iraUe partie de runion, néanmoins, elle n'a autant d'avantage qae dans le Hassachnssets, où un territoire stérile a été^ grâce à des débouchés contigus , rendu apte à donner des rendements plus considérables que les riches sols des prairies de l'Ouest, dont les produits sont absorbés par les firais de transport.

Cependant la centralisation gagne du terrain chaque jour, et avec elle s'accrott la tendance à ce que le monde de l'Ouest soit envahi par tous les maux qui ont été engendrés en Angletere. L'épuisement du sol des autre États chasse les hommes, qui laissent derrière eux les femmes sans appui, cherchant à vivre comme elles peuvent^ Les manufactures tombent, et il y a diminution constante dans la demande de l'adresse et du goût de la femme, et tendance correspondante à ce qu'elle soit forcée d'aller au loin, dans des villes, chercher le travail qu'elle ne trouve plus au pays. La concurrence pour la vente du travail de la femme augmente donc constamment ; — elles dépérissent par milliers sur le travail à tout prix^. Regardez n'importe où daas l'Union, vous trouverez la preuve évidente qae la liberté pour l'homme et pour la femme marche de compagnie avec la diversité dans la demande des pouvoirs humains, — l'esclavage et son cortège de maux étant une conséquence nécessaire de ces mêmes pouvoirs, limités au seul travail rural. La politique américaine actuelle tend dans cette dernière direction ; aussi le crime et la prostitution augmentent vite ^.

* < L'esprit inventif du peuple de la Nouvelle-Angleterre se déploie dans la production de machines propres à économiser le temps et le travail de leurs femmes. » Chevalier.

3 « On aurait peine à croire combien peu se paye la journée de travail desfenuneset quelle somme de travail on exige d'elles dans cette journée, si les plus fortes preuves n'étaient là. Et même le travail intelligent de modistes, de couturières, est très-peu rémunéré. Celles qui n'ont exactement que le travail de coudre ne gagnent pas de quoi se procurer, même avec la plus grande économie, le strict nécessaire pour vivre. Nous avons connu, dans notre propre ville, des (emmes employées à faire de grosses chemises à quatorze cents de façon. En cousant sans s'arrêter tout un jour, elles arrivaient au plus à en faire deux. A travailler six jours de la semaine, elles ne gagnaient pas plus d'un dollar et demi. La -dessus il fallait s'habiller, se nourrir et se loger. Et encore ce n'était qu'une ressource occasionnelle et précaire, on ne pouvait compter sur ce travail ingrat, quoiqu'il donnât si peu. » New- York Tribune,

» « Quelle est la situation des femmes qui vivent de l'aiguille ? Bien pire que celle d'une servante. Et en général la situation de modiste ou de couturière n'est pas m. 25

386 PRUIGIPBS DE LÀ S(3ENGB SOGIÂLB. — GHAP. L.

NoasaUoiis Toir quelle influence cette politique exerce sur les relations de la famille.

beaucoup meilleure. Qu'importe qu'elle tombe de lassitude et d'épuisemoit; — mistrett a commandé pour demain sa robe de bal, la pauvre esclave doit travailler comme si son salut ^mel reposait sur l'agilité de ses doigts. Mais voici achevée la robe de plaisir qui doit servir de parure à la beauté, l'heure du repos a en6n sonné. La pauvre fille fatiguée se tratne de nuit par les rues les plus désertes, elle rencontre quelques créatures de son sexe qui sont bien mises, dont la démarche annonce qu'elles ne se laissent pas mourir de faim; une pensée lui traverse l'esprit. « Leur condition vaut mieux qœ la miemie. • Sa nature humaine peut à peine ré* prim^ un tel sentiment, qui trop souvent n'est que le précurseur de sa |nt>pre ruine. » Sangee. History of Prostitution New-Tork 1858. — Le livre du docteur Sanger est plein de faits qui montrent le progrès rapide de la prostitution et des crimes qu'elle amène avec elle.

Le pénitencier de l'ile de Backveell, New-York, ne contient pas moins dt 800 femmes de tout âge et de tout degré de criminalité.

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