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tronvoDS les différences augmentant avec le développement de société, — coordination et subordination marchant du même pas avec l'augmentation de richesse et de population, jusqu'à ce qu'en*fin apparatt sur la scène le corps sociétaire bien formé, avec Athènes pour capitale, pour tète, et Solon pour législateur. — Il exerce le pouvoir de co-organisation en donnant au peuple ime constitution dans laquelle il est pourvu à la liberté d'une part, et de l'autre à la subordination, avec une sagesse supérieure à ce qu'on avait vu jusque-là dans le monde.
C'est pour avoir approché de l'ordre à un tel degré qu'Athènes occupe dans l'histoire un rang plus distingué qu'aucune autre communauté des temps anciens ou modernes. Ce premier pas» néanmoins, n'aurait dû être que le préliminaire d'un autre qui aurait conduit à l'interdépendance parmi toutes les petites communautés de la Grèce en masse, et à la subordination de chacune d'elles à un pouvoir central bien établi. Faute d'avoir poussé plus loin l'idée commencée, la Grèce devient le théâtre d'une guerre incessante ; et les différences disparaissent, — les communautés, libres naguère, se résolvent en masses de trafiquants et de soldats d'une part, et d'esclaves de l'autre.
Si nous comparons entre elles les deux politiques de Solon et de Lycurgue, nous trouvons que la tendance de la première a été de développer des facultés humaines et de produire des différences; tandis que l'autre visait à limiter les occupations humaines et à prévenir les différences. Dans la première, l'interdépendance des diverses parties de la société, pendant près d'un siècle après Solon, fut une force constamment croissante, — qui stimula tout effort et produisit ce haut développement dont Athènes fut le théâtre. Dans l'autre, le système tendait dans la direction inverse. — Il anéantissait tout désir de distinction autre que, celle qui s'acquérait par la force ou la fraude, et aboutissait à réduire la société en deux grandes classes : les grands propriétaires d'une part, et d'autre part les esclaves. Dans Tune des communautés, la subordination alla, pour un temps, se perfectionnant d'année en année. Dans l'autre, elle déclina à mesure que diminua le nombre des petits propriétaires, jusqu'à ce qu'enfin ils eurent tous disparu.
En traversant l'Adriatique, nous avons une reproduction de Sparte et non d'Athènes : — la fraude et la force, et non un déni. 30
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veloppement d'interdépendance qui sont les bases de la puissance romaine. Ceux qui veulent s'ouvrir la route à la fortune doivent recourir au glaive et à lui seul. Aussi, l'histoire romaine ne nous présente-t-elle que la disparition graduée de ces différences parmi les hommes, sans lesquelles la perfection d'organisation sociétaire ne peut exister. L'Italie des premiers âges nous montre des cités nombreuses au sein de territoires qui sont la propriété des hommes qui les cultivent. L'Italie impériale, au contraire, n'offre à pea près qu'une cité qui fourmille de pauvres, de traOquants et de banquiers, et que possèdent de grands propriétaires, qui font cultiver leurs lointains domaines par des esclaves. Il s^ensuit que l'histoire romaine, depuis l'époque dès Tarquins jusqu'à celle de Marins et de Sylla, dé Cicéron et de Catilina, d'Antoine et d'Octave, ne nous présente que développement de brutalité et d'insubordination d'une part, et de l'autre décadence du pouvoir de coordination, — le cerveau directeur s' affaiblissant à mesure que la terre se consolida et que la population tomba dans l'asservissement Étudiez cette histoire, vous y trouvez partout développement de tendance à séparer les consommateurs des producteurs, — à augmenter la proportion de la classe des intermédiaires, — à diminuer la demande de toute faculté humaine autre que celle que l'homme exerce en commun avec les animaux des champs, — la force brutale. Il en résulte que, tout vaste qu'ait été son empire, Rome n'a contribué que peu au fond général des arts et de la littérature, tandis que la petite Atti- *que constitue le grand trésor auquel recourent ceux qui les aiment.
A la chute de l'empire et à la ruine générale des villes et cités, l'artisan et l'industriel disparaissent complètement. — La société se résout en ses éléments originels. — L'insubordination est universelle, — l'anarchie succède au peu d'ordre qui avait existé auparavant. Plus tard, nous trouvons Charlemagne engagé dans le travail de coordination, et cherchant à commander la subordination ; — il convoque des assemblées composées des diverses parties de la population, et il institue deiâ lois que tous, grands et petits, sont tenus de respecter. A sa mort, le pouvoir de combinaison disparaît soudain, cédant la place à l'anarchie et à l'insubordination ; — le système féodal, tel qu'il exista en Allemagne et en France, reconnaissait pleinement le pouvoir du maître sur l'esclave, tandis
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qu'en pratique, il niait la nécessité desid)ordiDation.deia)pant du maître lui-même» Ici nous ayo»s une nouvelle dissoiution de la société en ses éléments, avec une disparition ultérieure et plus complète des différences pavmi ies 4li£férentes parties. — Esclaves et nobles abondent, laiforce physique est la loi sous laquelle itout.doit se courber *. La suite de l'histoire de France, nous l'avons déjà vu, nous montre un perpétuel effort pcnir établir la subordination^ avec des insuccès répétés, par la raison qu'on oubliait de s'attacher an développement d'une diver^té d'emplois qui pût engendrer la demande pour les qualités dont la possession distingue I'homme véritable de la brute *.
§ 3. Dans les autres parties de l'Europe, nous rencontrons l'insubordination en raison de l'absence de ces différences sans les* quelles la société ne peut acquérir sa forme naturelle, nillhomme devenir libre, — par exemple en Angleterre à l'époque des Plantagenets, — en Ecosse sous les Stuarts, — au Danemark, dans la période antérieure à Frédéric Ilï, — et en Pologne jusqu'au jour du partage.
L'histoire de tous les pays nous apprend que, dans tout cas de civilisation progressive, à mesure que les facultés latentes de l'homme se sont développées, — que le pouvoir d'association s'est renforcé, — que Thomme est devenu davantage maître de la nature et de lui-même, — que la société a tendu à prendre sa forme naturelle, — que la concurrence pour l'oc/mf du travail a augmenté,
— la subordination est devenue plus complète, et en même temps tous ont monté dans l'échelle de l'être, et le travailleur a gagné en liberté. Si nous examinons le mouvement des sociétés en déclin, nous trouvons l'inverse, — l'uniformité se substitue à la différence,
— l'anarchie et l'insubordination prennent la place de l'ordre, — et le travailleur retombe dans l'asservissement. Nous voyons autour de nous que les hommes ont gagné en liberté dans tous les pays qui ont suivi la trace de Colbert ; — ainsi la terre s'est divisée, et le travailleur est devenu plus mattre de la nature et de lui-même en France et dans tous les pays du centre et du nord de l'Europe,
* L'insurrection de la Jacquerie, en 1351, et les barreurs qui raccompagnèrent était une conséquence nécessaire de ce que, chez les nobles de France, toute subordination avait disparu pendant les guerres avec l'Angleterre. Voy. Sismondi, Hist. de France, vol. X, p. 530.
2 Voy. précéd., vol. I, p. 280.
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et s'^ développée la teadance à ce respeet poar les droits d'autnii, sans laqaelle il ne peut exister de liberté réelle.
Notre regard, dirigé vers les pays qui suivent la trace ou reçoivent la direction de rAngleterre, rencontre, en Irlande, une insubordination ayant pour conséquence une destruction de la vie, de la propriété, du bonheur, telle qu'on n'en avait vu nulle part; *^ à la Jamaïque, un état ^cessant de guerre entre Tesclave et son mattre, qui aboutit à les ruiner toas les deux ; — en Turquie, disparition complète de l'organisation sociétaire ; — ^ Mexique, une grande communauté qui marche vite à sa dissdution; — dans l'Amérique espagnole, une série sans fln de guerres ayant pour objet de décider qui dirigera le mouvement sociétaire ; — dans Finde, une révolte avec une destruction incalculable de vie et de propriétés
* M. Michelet, s^adressant aux Anglais dans rinde,dit: qu'il les voit partout sur la surface du globe, mais n'ayant pris racine nulle part. La raison, c'est que vous cue^Hes et sucez la substance de la terre, mais que yous ne plantez rien, — ni sympathie ni pensée. N'apportant avec vous aucune idée morale, vous n'avez fondé nulle part. Votre Inde, par exemple, un des plus beaux empires que le soleil ait contemplés, —qu'en avez-vous fait ? 11 s'est flétH dans vos mains. Vous Testez à l'extérieur de lui, vous êtes un corps parasite qui sera chassé demain. Vous avez trouvé ce merveilleux pays pourvu d'un commerce, d'une agriculture, que lui reste-t-il à exporter, excepté l'opium ? Nul anglais qui aille dans l'Inde pour s'y établir ; point de mariage avec les indigènes. Les Anglais partiront un jour ne laissant d'eux nulle trace, si ce n'est l'anéantissement du commerce et de rindustrie de l'Inde, et la ruine de son agriculture.
A l'appui des considérations du Français distingué, voici un passage d'une lettre d'un fonctionnaire anglais dans l'Inde, publiée par un journal de Londres :
« D'ftnnées en années nous avons agi comme si nous n^étions sous aucune responsabilité morale quelconque, — comme si l'Inde était une chose faite tout exprès pour notre simple avantage dans ce monde et pour rien autre, — comme si les indigèties étaient au niveau des hêtes sauvages des jungles, ou étaient des créatures sans défense, éréêes uniquement pour porter du bois et tirer de Tao», pour être les esclaves de Vhomme UanCy — cçmme si toute prétention de leur part à la portion d'héritage que Dieu leur a assignée était une insigne trahison, — comme si des opinions, des coutumes, des usages aussi anciens que ces ifnontagnes et aussi chéris d'eux que la liberté le puisse être de l'Anglais, devaient être quittés et mis de 6ôté aussi aisément qu'on jette un vieux bonnet, du momentqu'ils ne cadraient pas avec les notions de John Bull ou faisaient obstacle à son égoïsme et à sa cupidité. Voilà exactement ce que nous avons fait depuis ces vingt dernières années. Nous avons tenté une foule de^hoses qtte les plus hardis, les plus téméraires de leurs souverains indigènes n'auraient jamais eu la folie de risquer ;, par exemple : celte maudite rage d'annexer; les viles et misérables corruptions, prévaricatiims, extorsions pratiquées dans nos tribunaux civils et par^ la police ; un système de tenure de la terre, inventé par nous, qui, bien que beau et spécieux en théorie, et dans un
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Yenaat à rAngleterre elle-^éme, nous troi]T<m9 une gnarre perpétuelle entre les classes : -^ les capitalistes pensant, avec M. Hus^ kisson, « que pour que le capital obtienne utie rémunération eon^ venable^ le travail doit être à bon marché, » et le travailleur protestant contre cette doctrine qui conduit à l'asservissement de ses enfants et de lui-même. Comme une conséquaice viennent à chaque instant les a grèves » qui causent une grande perte à la communauté et finissent toujours par la défaite du travaillair. Le résultat est que la terre se consolide de plus en plus, — que le petit propriétaire et le petit fabricant disparaissent de la scène^ — que le pouvoir d'association décline et que chaque année s'aocrott la difficulté de diriger la machine sociétaire ^
Aux États-Unis nous trouvons les deux conditions indiquées. -^ Les vues de la partie Sud de l'Union tendent à une agriculture exclusive ; tandis que celles du Nord sont pour une industrie variée et un commerce actif. Dans la première, l'insubordination croissante se manifeste par une nécessité de faire passer des actes qui retirent, par degrés, les droits concédés naguère à l'esclave : dans l'autre, qui est, comme nous l'avons vu, entraînée sur la pente de l'Angleterre, l'insubordination croit journellement en même temps que la moralité diminue ainsi que le respect aux droits de la personne et de la propriété *.
Tous les faits de Fhistœre peuvent donc être invoqués à l'appui de la proposition : que l'organisation sociétaire se complète, la subordination se perfectionne, —et l'hommegagne en liberté, — en raison directe du rapprochement du consommateur et du producteur^ du développement d'une agriculture savante et de l'écart diminuant entre les prix des denrées premières et ceux des utilités achevées.
livre ou dans un discours au parlement, a été le plus désastreux possible pour les cultivateurs indigènes, et les a laissés entièrement à la merci des marchands et des
usuriers, et a été simplement la ruine du malheureux ryot Personne n*a écouté
leurs plaintes, tout le monde les a traité& avec mépris jusqu'à ce qu'enfin ils ont en recours au seul mode de redressement qui leur fût laissé, — la désobéissance, Tinsurrection, la révolte organisée. Et je déclare que de toutes les horreurs et les tristes calamités qui ont suivi, c'est l'Angleterre qui est responsable. »
f a Nous mettons le pauvre dans la poussière par notre politique générale, et nous nous savons un gré infini de le relever en lui faisant la charité. » Fonblanque. Voyez aussi précéd., vol. I, p. 463.
*-* Voy. précéd,, vol. II, p. 257.
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§? 4* Pks se ceBij^ète le àèvehffmnfM de diff^wic6s parmi les hommes, plus se perfeotiomie le pouvoir de se dkiger soi-mà»e, pto» se réaHse leur interdépendance ; et plnsi il y a«Fa tendance à rbarmooie dans les rapports sociaux et de respect mitud de la part dm tearadUeur et du capitaliste; fkA ccmsidéraUe s^a la peeductioii', plus rapide la eirculatîon), plus équitable la ^trîbution, plus absolue la subordination ei plus grande la tendance v«rs la liberté pour l'humanité entière. Moins cependant il y aura taidance à ce que se produisent ces ^ frein» positifs » à faugmentailicai de population^ sur lesquels compte M. Msd&us et que k» monde a dénommés : guerre, peste et famine.
La vérité de ceci est manifeste pour toas ceux qui voient daœ Tbomme pris individnellement k type de cet homme colossal auquel non» appliquons le nom de société ^ — et qui apprécient le fait qu'une même grande loi gduveme la matière sous toutes ses formes^ seît systèmes de mcH^ta^es, soit communautés d'bomttes. I>ans tout oetre système solaire, harmonie de mouvement — interdépendance -^ est un résultat de eetie attraction locale qui assure une parfaite indépendanee. C'est de même pour les nations : la t^danœ^ à la paix et harmonie parmi elles est en raison de leur interdépendance ; laquelle e^ à son tour' en raison directe de leur indépendance. De même que chez l'individu, le pouvoir d'association croit avec le développement d'individualité et que celui-ci marche avec le développement de rhsd>itude de combinaison, la tendsmce à l'action padiâque croit chez la communauté avec le développ^nent de cotres loeaux et Faccroissement de leur indépendance, — et la subordination aux lois du droit et de justice^ parmi les natiotts^orott avec l'accroissement du pouvoir de se diriger et de se protéger elles-mêmes. U y à ici, comme partout dans la nature, action et réaction égales et contraires, — et rharmonie résulte de l'équilibre parfait entre deux forces qui s'opposent Tune à l'antre.
C'estnéanuu))nsrinversequ'onnous affirme dansles livres anglais. Ils nous enseignent que la paix universelle est de suivre un systèine qui vise à une centralisation de tout le pouvoh* manufacturier da monde, — en dépouillant les diverses nations de toute aptitude à développer les pouvoirs latents tant de rhônune que de la terre, — en les parquant dans le labeur de gratter le sol et de l'expédier à des marchés lointains, ce qui arrête tout développement de Tagri-
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cal tare. Sous ce système, rinterdépendance ao sein de la société disparaît, en même temps qu'augmente la dépendance, avec tendance correspondante au développement d'insubordination et à ce que se produisent a les freins positifs » de Técole moderne. L'effort qui se poursuit aujourd'hui pour établir une centralisation trafiquante, — ce système prêché par l'école actuelle anglaise, — tend à amener un état de choses semblable à celui qu'a présenté la France à l'époque de la Jacquerie, l'Allemagne à l'époque de Jean de Leyde et ses anabaptistes, VA9gleterre à celle de Henri VIIl, où 72,000 criminels furent pendus sous un seul règne ; en Hollande à l'époque de Fletcher, en Irlande dans lé siècle actuel, et dans l'Inde à ce moment même, — cet état de choses où l'insubordination a pour compagne une division de société en deux grandes forces : les très-riches et les très^pauvres, le maître et l'esclave. C'est ainsi qu'il a donné naissance à la doctrine d'excès de population, qui n'est que celle de l'esclavage, de l'anarchie, de la ruine sociétaire, co^me la condition finale de l'humanité, — et qu'il l'a présentée comme une conséquence de lois émanées d'un être tout sage et tout-puissant, qui pouvait, à sa volonté, instituer des lois en vertu desquelles liberté, ordre, paix et bonheur auraient été le lot de cette même hums^nité.
Que ces dernières lots orU été instituées, — que )e plan de la création n'est pas une déception, — qu'il n'est point souillé des erreurs qu'a signalées M. Maltbus, — cela est prouvé par tous les faits que nous présentent les communautés du monde qui progressent, — l'habitude de paix entre les individus et les nations , augmentant par l'augmentation de population et l'accroissement du pouvoir de se diriger soi-même. Plus ce pouvoir se perfectionne, et plus il y a tendance au progrès. — Le misérable esclave de 1^ nature cédant par degrés la place au maître de la natwrç, chez qui le développement du sentiment de responsabilité epv^rs sa famille, son pays, son Créateur et lui-même, suit le développement du pouvoir de guider et de diriger les diverses forces placées sous son empira. Ce dernier s'accroît dans tQi?s les p^ys où les éaeirgies sociétaires, représentées par leurs centres coordinateurs, sopt le mieux dirigées pour écarter les obstacles à l'association et la copibinaison, et par conséquent plus en accord avec ces lois naturelles qui constituent la science sociale.