‹ Principes de la science socialeChapitre 6 sur 49 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Pouvoir

Pouvoir

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Pouvoir

Pouvoir

de la terre.

du travail.

de la terre.

du travdl

1" période.

§ 6. PassoiB à cette proposition : que la ridiesse tend & contre-

^ Voici comment M. Ferrara, professeur à Turin, établit que le changement dans le mode de distribution est la conséquence directe de la valeur limitée par le coût de reproduction.

« Le préserU s*appuyant snr les accumulations du passé acquiert une fbrce

GOimNUÀTION DU Ufoa SUJET. 139

Mancerles lois en qaestion, — en introduisant des améliorations dans la coltore^ et retardant ainsi la nécessité de recourir aux sob moios productifs. La proposition a été introduite dans le système par le besoin absolu de créer un refuge à quelques-unes des mille exeeptions à ses lois, qui se présentaient d'elles-mêmes à son auteur; sa présence est un ayeu positif du Tice de la doctrine.

Sdon H. Ricardo, la richesse s'accroît le plus vite à Fépoque et daBs le pays où la terre abonde le plus, — à Fépoque et dans le pays où les meilleurs sols seuls scmt en culture. C'est aussi l'opimon de ses disciples, comme on le voit par le fait que tous, sans eieeption, attribuent le rapide accroissement de richesse des Etats- Uois à rabondance de la terre. La culture améliorée deyrait doncprogresser au plus vite là où la terre abonde le plus, mais ce n'a été le cas dans aucun pays du monde. C'est tellement le contraire qui est arrivé que la richesse s'est accrue le plus lentement dans les États où abondent le plus les sols riches et inoccupés, et cela par la raison qne la population y étant le plus disséminée, — le pouvoir d'association y a le moins existé. Elle s'accroît, aujourd'hui, le plus rapidement dans ceux où l'on a eu recours aux sols négligés dans les prenners temps ; et c'est précisément de cette manière que les améliorations dans la culture se produisent le mieux ^ La charrue permet an fermier de fouiller profondément les terrains qui occupent le fond des vallées, la bêche lui facilite l'accès à la marne, — le cheiBin de fer lui rend facile de changer de localité. 11 lui permet aussi de rapprocher la houille de la chaux. Il facilite la composition d'un iKHiveau sol qui, selon M. Ricardo, devrait être plus mauvais que l'ancien, et qui, de fait^ se trouve meilleur. A chaque extension de la cnlture, le travail déferait être moins productif, — la richesse 8'accroltre plus lentement, en même temps que décroîtrait le pouvoir de progresser dans les améliorations; et cependant diaque extension se trouve suivie d'un accroissement du pouvoir de l'homme de commander les'services de la nature.

Les nouveaux sols sont meilleurs que les anciens, ou ils sont

productive qu'il n'aurait point autrement. Grâce à cette acquisition il est affranchi ^ besoin d'une autre aide. Le travail du passé et du présent, — le capital et le tra- Tail, — se rencontrant sur le marché, la loi générale de la valeur régit toutes leurs négociations, — cette loi étant directement constituée pour affranchir le présent de la tyrannie du passé. » — Bibliotheca deW Economistaj vol. XIII, p. 49. * Voyez précédenunent, vol. I, p. 116.

pires. Dans le premier cas, la théorie de M. Rieardo n'a nul fondement. Dans le second^ à l'extension de la cultore devrait succéder l'affaiblissement du pouvoir d'accumulation^ — et la nécessité d'appliquer un travail de moins en moins rémunéré, ce qui conduit fatalement au paupérisme» à l'esclavage et au crime. La loi de nature qui règle la production sdimentaire ne peut pas plus être suspendue que celles qui règlent la gravitation de la matière ; le faiseur de système qui doit s'appuyer sur leur interruption pour l'établissement de sa théorie fournit par cela même la preuve concluante de son manque de connaissances. Toutes ses lois sont simples et universellement vraies ; la loi de M. Rieardo est complexe et universellement fausse. Autrement, il n'eut point été dans la nécessité de ménager des êoupapes pour les faits qui le gênent.

§ 7. La dernière proposition est que chaque amélioration de cette sorte tend à retarder l'élévation de la rente, — chaque obstacle à l'amélioration tendant au contraire à accélérer cette élévation. Les intérêts du propriétaire et du travailleur sont donc toujours en op« position Tun avec l'autre.

Si les hommes commencent par la culture des sols les plus fertiles et si avec le progrès de population vient la nécessité de recourir à ceux de moindre puissance, qui rémunèrent de moins en moins le travail, la conclusion de la proposition est exacte. Plus se ralentira l'accroissement de subsistances et plus vite s'accroîtra le pouvoir du propriétaire de la terre en culture, et aussi la tendance à la pauvreté et aux maladies pour ceux qui doivent vivre de leur travail ^ Le propriétaire doit prendre une quote-part constamment croissante, — car le travailleur devient son esclave, reconnaissant de ce qu'on lui permet de vivre et de travailler, quoique réduit au pain de gland. M. Rieardo ayant poussé sa doctrine jusqu'à ses conséquences légitimes, ces résultats seront un jour atteints, — si la doctrine est exacte. Peu importe de dire que la marche à la décadence puisse être suspendue. L'homme tendant constamment dans cette direction doit aboutir au terme, fût-ce dans mille ans ^.

1 « Quelque lent que soit raccroissement de population, du moment que celui du capital marche encore plus lentement (M. Mill croit que c'est le cas) les salaires tomberont si bas qu'une partie de la population s'éteindra régulièrement par suite du besoin. » — Mill.

2 Mac CuUoch.

L'eipérience de TËurope poQr des milliers d'années, et celle de rAmérique pour les trois derniers siècles nous conduisent à des cooclusions tout à fait contraires ; cependant M. Bicardo affirme avec insistance que telle est la loi. D'après cela, comment songer à se mettre au travail? Nous ne connaissons aucune autre loi de la nature suspendue ainsi in terrorem^ une loi de terreur, au-dessus de l'homme ; aucune dont l'action soit ainsi interrompue pour toid>er, à quelque époque de l'avenir, avec une énergie accrue à l'inâni pendant Finterruption. La population s'accroissant chaque jour et très-vite, la nécessité de recourir aux sols moius productifs doit s'accroitre à chaque heure ; et cependant il est permis à l'homme d'aller multipliant son espèce, dans une ignorance avenue et ])éoite de ce fait : que ses descendants sont destinés à endurer toos les tourments de la faim, tandis que les propriétaires fonciers seront dans une abondance telle qu'on en a jamais connue, — une classe devenant maîtresse et les autres esclaves.

Posons maintenant que la culture commence toujours par les sols pauvres, — passant de là aux sols humides et aux anciens lits des fleuves, — nous aurons l'inverse de la proposition. La qiuintiti de la rente s'accroîtra à chaque amélioration et diminuera à chaque obstacle à Tamélioration; — les intérêts tant du propriétaire que du laboureur sont ainsi en parfaite harmonie. Une culture améliorée fait nécessairement l'accroissement de richesse. Plus il y a de bêches et de charrues et plus leur qualité est supérieure, plus l'effort bmnain obtient de rémunération, et plus augmente la quantité àe la raite. Plus il y a de machines à vapeur, plus l'opération du drainage devient facile, mieux le travail est rémunéré et plus augmente h quantité de la rente. Plus il y a de moulins, plus est facile la conversion du grain en farine, et mieux le travail est rémunéré, plus augmente la quantité de la rente. Plus il y a de fabriques, mœns on a de peine à se procurer du drap, plus augmente la propoT" *m que l'on peut consacrer à améliorer la terre par le drainage, les chemms, les ponts, les écoles, mieux le travailleur est rémunéré «tplus s'accroit la quantité de la rente. Les intérêts du propriétaire sont donc directement favorisés par toute mesure qui tend à accroître la richesse de la communauté et à améliorer la culture.

Quant au travailleur, comme il voit qu'à chaque progrès en nombre et en qualité des bêches, charrues, machines, chemins, mou-

142 PRINCIPES DE U SOEHCE SOCIÂLS. — CHAP. XUl.

lins et fabriques, son Myidl défient phis productif, — qn'en pro*portion de chaque progrès dans la facilité de produire qa'ils assirent à qui en louera l'usage, il est mis à m^ne de retenir une quotepart plus élevée dans une quantité plus grande, -^ et que au lieu du premier contrat qui, alors que la t^rre en culture ne rendait que six boisseaux par acre, donnait au propriétaire les deux tiers et ne lui laissait que deux boisseaux, le contrat nouyeau, dans un rendement de quarante boisseaux, ne donne au propriétaire qu'un evnquiitne et lui laisse trente^deux boisseaux, ^ il comprend que ses intérêts, comme ceux de celui qui touche la rente, sont directement favorisés par toute mesure qui tend à augmenter la richesse et à perfectionner le mode de culture.

§ 8. Cette harmonie parfaite de tous les intérêts permanents de l'homme, il semblerait qu'il suffise de convaincre les hommes de son existence — de leur faire apprécier pleinement les avantages de la coopération sur Tantagonisme, de leur montrer que pareille à la grâce, «elle descend goutte à goutte comme la douce pluie qui des* » cend du ciel, bénissant à la fois celui qui donne et celui qui » reçoit. » Il suffirait de cela seul, disons nous, pour exciter tout homme honnête et éclairé à travailler au développement, chex ses semblables de tous les pays, de leur instinct naturel pour leur association et la combinaison, — le laboureur et l'artisan prenant place à côté l'un de l'autre. Que la nécessité en soit comprise, ainsi que les avantages qui en résulteraient pour tous — le Gaulois et le Breton — le Russe et l'Américain — le Turc et le chrétien, et dès lors la paix et le commerce succéderont au trafic envieux et à la discorde universelle. L'harmonie des classes enfantera Tharmonie des natiens. L'amour de la paix se répandra sur toute la terre. Tous reconnaîtront avec bonheur que dans les lois qui régissent les rapports de l'homme avec ses semblables, règne cette belle simjdicité, cette harmonie qui se manifeste si hautement en toutes autres choses ; tous apprendront, par degrés, que la meilleure manière de servir leurs propres intérêts est de respecter dans autrui les droits de la personne et de propriété qu'ils désirent qu'on respecte en euxmêmes ; et tous à la fin acquerront la conviction que toute la science sociale est comprise dans cette courte parole du grand fondateur du christianisme : «c Faites au prochain comme vous voudriez qu'il soit hil à vous-même. i>

CONTINUATION DU MÊME SUJET. t43

Le système de M. Ricardo est an système de discorde. Ses parties ne s'accordent pas entre elles, et son ensemble tend à soulever la guerre entre les classes et les nations. Tout en préconisant la liberté, il enseigne que le monopole de la terre est en accord avec une grande loi de la nature. Tout en croyant à la liberté d'action, il enseigne que si les hommes et les femmes s'avisent de contracter mariage, — ce qui est le stimulant le plus puissant au travail et ce qui tend le mieux à améliorer le cœur et Tintelligence, — leur chance probable est de mourir de faim. Tout en admirant la saine moralité, il fait valoir les avantages du célibat, — donnant faveur à ce qui peut détourner du mariage et favoriser la débauche. Tout en émettant un vœu pour la liberté du commerce des grains, il enseigne au propriétaire que ses intérêts auraient beaucoup à en souffrir. Tout en désirant améliorer la condition du peuple, il affirme au propriétaire que tout capital dépensé en amélioration de culture doit diminuer la quantité de la rente. Tout en désirant que les droits de la propriété soient respectés, il enseigne au travailleur que les intérêts du propriétaire ont à gagner à toute mesure qui tend à produire une disette; — la rente étant payée en vertu du pouvoir qu'exerce une minorité qui s'est approprié ce que la bienveillante Providence a créé pour le bien commun de tous. Son livre est le véritable manuel du démagogue — qui cherche le pouvoir par la loi agraire, la guerre et le pillage. Ses enseignements sont en contraSic* tion avec ce qu'enseigne l'étude des faits bien observés, en contradiction avec eux-mêmes. Les rejeter au plus vite sera agir pour le mieux dans les intérêts du propriétaire et du tenancier, du fabricant et de l'ouvrier, et de THumanité en masse.

§ 9. Que depuis des siècles la marche des affaires en Angleterre, en France et dans d'autres pays, ait été celle par nous indiquée, il n'est pas permis d'en douter, — la quote-part du propriétaire foncier et des autres capitalistes s'étant constamment abaissée, tandis que s'élevait celle du travailleur, et le premier s'étant enrichi en même temps que l'autre s'est affranchi. En examinant d'autres contrées, nous voyons un autre état de choses. — La quote-part du propriétaire a monté, tandis que celle du travailleur a baissé. II nous reste donc à chercher les causes de désordre qui ont produit un tel effet, — et à apprécier à quel point elles peuvent confirmer ou détruire la proposition : que la tendance à abaisser le

taux de la quote-part du capitaliste et à élever cdle du travailleur est en raison directe de la circulation du travail et de ses produits,

L'Attique, dans les jours de paix qui suivirent la promulgation des lois de Solon^ nous présente un peuple chez lequel la quotepart du capitaliste va constamment s'abaissant, — en même temps que le peuple gagne de jour en jour en liberté. Plus tard, on ne s'occupe que de guerre et de négoce, le mode de distribution change et l'homme retourne à Fesclayage. Voyons peu après le siège de cette république jadis puissante, nous y trouvons une province romaine. — Les libres citoyens des anciens jours ont cédé la place à des esclaves qui dépendent du vouloir d'hommes tels qu'Hérode-Atticus, pour la solution d'une question telle que celle de la distribution des produits de la terre et du travail. La circulation du corps social ayant graduellement cessée la mort politique et sociale a suivi comme conséquence nécessaire.

En Italie nous trouvons une répétition de ce que nous avons vu en Grèce, — la circulation cessant par degrés^ à mesure que la terre est monopolisée et que des individus acquièrent le pouvoir de diriger la distribution de ce qui est produit par des troupeaux d'esclaves. La centralisation et l'esclavage conduisent à l'abandon des sols les plus riches. Les derniers jours de l'empire nous montrent la fertile Campana devenue la propriété de quelques grandes familles, qui sont les récipients où s'engloutissent d'énormes revenus, mais qui sont incapables de la moindre défense personnelle * .

L'Espagne chassa la partie la plus industrielle de sa population ; — il en résulta arrêt de la circulation et abandon des plus riches sols. La terre se consolida, d'où résulta accroissement de pouvoir chez une minorité, et faiblesse correspondante dans le peuple et dans l'État.

Louis X proclama l'abolition du servage, chaque homme en France put être, dès lors, supposé libre ^. Cependant, comme toutes

^ Rome comptait, à l'époque d'Alaric, 1,760 grandes familles — dont quelquesunes possédaient un revenu annuel de 500,000 dollars. Dans la Campana, un demimillion d'acres avaient été abandonnées.

3 En proclamant que chacun était libre, — Louis invitait les serfs à acheter leur liberté. Ses officiers avaient ordre de confisquer les biens des récalcitrants et de les forcer à devenir libres. Dans sa cupidité insatiable, il imposa une taxe de deux deniers par franc sur chaque contrat d'achat ou de vente fait par des Italiens —

ses mesures et celles de ses successeurs tendent à suspendre coipplétement la circulation ; il en résulte que la terre ya se consolidant dans les mains de la noblesse et du clergé, et le peuple m^iurt c( comme les mouches à Tautomne » tandis que la si^sistance est dissipée par ses maîtres dans des guerres au detiors ou dans,|des palais à Tintérieur ^

La politique anglaise ayant pour idée fondamentale la centralisation des manufactures à Tintérieur et Tarrét de la circulation au dehors, c'est surtout dans les pays où elle règne que, nous devrons rencontrer le taux de quote-part du propriétaire le plus élevé — la quantité la moindre — et le pouvoir du travailleur de disposer du produit de son propre travail n'existant qu'au plus faible degré. Et en effet, toutes ces conditions se sont accomplies. Tandis que le travailleur irlandais a payé unQ rente de cinq, six etl^uit livres par acre, les propriétaires ont été si bien ruinés, qu'il a faUu recourir à la mesure révolutionnaire de créer une cour spéciale (;hargée de déposséder ceux qui recevaient la rente. Voyons les Indes occidentales, le propriétaire y prend une si large quote-part dans les; produits du travail, et laisse si peu au travailleur qu'il en est résuilté ladi^arition entière des deux tiers de la population qui y avait ^t4 importée, — et la nécessité d'un renouvellement constant d'importatipn de travailleurs qui disparaîtront à leur tour ^. Tout élevée ^qu'était la qaote-part des propriétaires, ils sont aujourd'hui ruinés, car ils n'ont touché qu'une quantité faible. Voyons Tlnde : le gouvernement exige cemme rente annuelle environ le quart de la valeur totale de la terre, il ne reçoit pas; plus de soimnle-dix cents (américains) par tète, — preuve concluante que ce grand pays subit la loi en yertu de laquelle la quantité de la rente diminue en raison de l'élévalion du taux de quotité ^. Il en est de même en Tur-

qui étaient alors les grands fabricants de l'Europe Les Ji^ifs avaient été chassés par les rois précédents, il les invita à rentrer, —leur garantissant plein pouvoir de poursuivre leurs débiteurs, à la condition de lui donner les deux tiers de ce qu'ils recouvreraient.

* Voyez précédemment, vol. II, pour la condition des sujets de Louis XIV, qui fit bâtir Versailles et Marly.

2 Voyez précédemment, vol. I.

3 « Chez nous le revenu public dérive des taxes, il est distinct du revenu du propriétaire. Dans l'Inde il dérive des deux ; car notre gouvernement, par fraude et par usurpation, occupe la j)lac^ des seigneurs et des propriétaires aussi bien que des gouvernants ; et les misérables vingt ou vingt et un millions de livres sterling

quie et en Portugal où la circulation sociétaire décline, ainsi qae le pouvoir de production, ce qui amène le cultivateur à payer pour rente et pour taxes, un taux de quotité de plus en plus élevé dans sa production. Elles absorbent une telle part qu'il lui est impossible de se procurer les premières nécessités de la vie.

Il y a un siècle^ on se plaignait en France que la rente et les taxes absorbaient les onze douzièmes de la production, — ne laissant qu'un douzième au cultivateur. Le tenancier anglais a moins encore aujourd'hui. — Il est douteux, comme nous avons vu, que pour sa part il reçoive même un vingtième du produit de son travail. Aussi sa condition est-elle au-dessous de celle de la classe correspondante, dans presque toute autre société qui prétend à être classée parmi les nations civilisées ^

Le fermier s'interpose entre le propriétaire du sol et le journalier qui fait le travail ; le négociant entre Thomme qui fabrique le vêtement, et celui qui le porte ; le banquier, le courtier et mille autres intermédiaires entre le propriétaire du capital et celui qui a besoin de le mettre en œuvre; Thomme de loi et l'agent parlementaire entre ceux qui veulent avoir des routes et ceux qui désirent en construire. C'est le système des intermédiaires, et, de là tant d'énormes fortunes que font les banquiers, les négociants, les agents et autres qui vivent aux dépens

que nous arrachons chaque année à une population famélique, proviennent en partie de la rente de la terre, qui n'a jamais dépassé 13 millions et en partie des taxes. Il serait impossible d'ajouter la moindre chose à ce revenu, qui provient en partie d'une taxe foncière qui monte à 60 "/o, et est calculée non d'après la valeur de la terre, mais d'après la valeur probable de la récolte, et pour l'autre partie d'autres taxes établies sur des objets de toute nature, depuis le luxe et le vice jusqu'aux nécessités les plus indispensables de la vie. Et cependant ce faible revenu se lève sur un territoire aussi grand que l'Europe entière, infiniment plus fertile, mieux peuplé, bien plus complètement dans les mains du gouvernement, favorisé de trois ou quatre récoltes par an et qui donne en abondance tous les produits qu'on peut nommer tropicaux. » —-Discours de M. Anstej^ à la chambre des Communes d'Angleterre,

* « Si nous possédons une énorme richesse, n'oublions pas que nous avons aussi un paupérisme énorme. Si nous avons des classes moyennes plus riches et plus éclairées que celles d'aucune autre nation, nous avons des classes pauvres {et elles forment chex nx>us la majorité de la popula^on) plus ignorantes, plus infectées de misère et plus dégradées moralement que les classes les plus pauvres des pays de l'Europe du Nord. » —Kay. Condition sociale du peuple d'Angleterre et de l'Europe f vol. I, p. 6. ^

GONTINUJL'nON DU MÊME SUJET. t47

du public ^ La quote-part du fabricant s'est abaissée» mais là aussi et pour la même raison, — par suite du manque d'activité dans la circulation^ ^ l'artisan et sa famille sont hors d'état de se procul*er le nécessaire en aliment et en vêtement. La quote-part du proprié* taire du capital sous forme d'argent s'est abaissée et cependant le taux d'intérêt payé par les mmnbres les plus pauvres de la société est aus^ élevé qu'en aucune autre partie de l'Europe. La causé en est dans la tendance du système à accroître le frottement de la société, -^ et par là arrêter la circulation et agrandir le négoce atlx dépens du commerce*

VenonsauxÉtats«Unis, nous voyons un pays où le changement est à peu près perpétuel.--*-Le taux de l'intérêt, toujours élevé, y qua-> druple parfois* En cherchonsHGkOUs la cause, nous trouvons que ces changements succèdent toujours à des temps d'arrêt de la circulation — le taux de la quote-part du capitaliste montant dès que la politique du pays tend à favoriser l'exportation des denrées pre« mières, et baissant dans le cas contraire. Gomme cottséquence, les périodes de libre échange se signalent toujours par des agitations pour le rappel des lois^ qui restreignent les demandes des capitalistes d'argmdt^ Sous un système tendant à la création d'une balance fitvorable du commerce, la quote-part du capitaliste tendrait cous* tammoit à baisser, — l'argent tomberait par degré à aussi bon marché que dans aucun autre pays du nionde. Sous le système actuel, il tend à monter; et cela par la raison que la population américaine donne une quantité constmnment croidiante de ses den* rées premières p<mr une quantité constamment décroissante de tous

* Voyez précédemment, vol. I, pour les énormes quote parts des négociants en Angleterre et la faible part des produits du travail qui échoient au travailleur. Cet état ée choses a conduit M. Blanqui à douter de l'exactitude âe la doctrine d'Adam Smith, en ce qui concerne les droits privés. « Cette doctrine, dit^il^ a créé dM richesses inmienses à côté d'une affreuse pauvreté. Elle a enrichi la nation, en traitant souvent bien cruellement une partie de ses citoyens. » Et il agonie : « Nous sommes obligés aujourd'hui de chercher un régulateur et de mettre un fréib ft ces instruments gigantesques de la production qui nourrisse et i^Eament lés beimlies, qui les vêtissent et qui les dépouillent, qui les soulagent et qui les broient. » Histoire del'Économie politique, vol. II, p. 145. tJne étude plus approfondie de la Richesse des nations eut montré à M. Blanqui que les faits dofnt il parle ici, ne sont que les eonséqnencet prédites, par le D' Smith, au peuple anglais comme le résultat infaillible de sa persistance à vouloir faire de son pays l'unique atelier damonde^ — établissant ainsi une centralisation qui conduit inévitablement à la pauvreté, l'esclavage et la mort.

148 PRINCIPES DB U 8G1EMGE SOGIiLK. — GHÀP. XLII

les métaux, y compris For et l'argent. La quote-part du capitaliste est maintenant en hansse constante; d'où il suit que les palais des prmces marchands croissent en nombre et en splendeur, tandis que le crime et le paupérisme font des pas de géant.

§ 10. Tous les faits que nous venons d'exposer concernant les salaires, les proflts et les rentes, et tous les faits que présente Thisloire du monde se résument et se classent dans les propositions suivantes :

Que dans le premier âge d'une société, alors que la population est faible et disséminée, la possession d'un faible capital donne à son possesseur un grand pouvoir — le met à même de tenir le travailleur dans la dépendance de son vouloir, comme serf ou esclave.

Qu'avec l'accroissement de richesse et de population, le pouvoir de combinaison s'accrott, ce qui rend le travail beaucoup plus productif et accroît le pouvoir d'accumuler. — A chaque pas dans cette direction diminue le pouvoir inhérent au capital déjà existant de commander les services du travailleur, et s'accrott chez ce dernier le pouvoir de commander l'aide du capital.

Que le taux de la quote-part dans la production accrue du travail afférente au travailleur tend ainsi constamment à s'accroiti*e, tandis que le taux de celle du capitaliste tend aussi régulièrement à baisser.

Que la quantité qui revient à chacun d'eux s'accrott, — celle du travailleur s'accroissant cependant beaucoup plus vite que celle retenue par le capitaliste, — ce dernier ayant une quotité moins élevée dans la quantité accrue, tandis que le premier a une quotité constamment plus élevée dans une quantité qui croit rapidement.

Que la tendance à l'égalité est en raison directe de l'accroissement de richesse et de la productivité de travail qui en résulte.

Que la richesse s'accroît en raison de la vitesse de la circulation*

Que la circulation s'accélère à mesure que se développe davantage l'individualité, avec le pouvoir croissant de diversifier les professions parmi les travailleurs.

Que plus la circulation s'accélère, plus s'élève la quote-part du travailleur et plus grande est la tendance vers l'égalité, l'élévation et la liberté parmi le peuple, et plus est grande la force de l'État.

§11. Depuis un demi-siècle, le monde a reçu l'assurance positive qu'en vertu d'une des grandes lois naturelles, la culture a toujours débuté par les « sols riches et féconds » de la terre, — le colon

GONTmCATION DU MÊME SUJET. 149

pauvre et solitaire doonant toujours la préférence à ceux doat « la puissance originelle et indestructible «> était la plus grande ; que la réniunàration du travail de culture fut alors très4arge ; que la terre étant abondante et tout le monde ayant la liberté de choisir parmi les sols les meilleurs, la rente fut alors inconnue, — le travailleur gardant pour soi la production entière de sa terre ; qu'avec Tac* croissement de richesse et de population — les sols les meilleurs se trouvant appropriés par les premiers explmtants, — une nécessité vint de cultiver des sols d'une qualité moindre ; qu'en simultanéité avec cette nécessité pour les membres les plus pauvres de la communauté, surgit du c6té des gens riches un pouvoir d'exiger une rente comme compensation pour l'usage des sols exploités les premiers; que plus le progrès de population et de richesse a été rapide et plus a été grande la nécessité de recourir aux sds de qualité moindre, — ce qui a &it monter constamment le taux de la quote part du produit demandable comme rente ; que la rente a monté à mesure que le travail est devenu moins productif, en même temps que gagnaient en pouvoir les prc^riétaires du sol et que perdaient par conséquent ceux qui le travaillaient; que cette marche des choses dans le passé se continuera à plus forte raison dans l'avenir, -^ <c la stérilité croissante du sol devant intaiUiblement l'emporter à la longue sur tous les perfectionnements des machines et de l'agriculture ; x» et qu'ainsi donc le temps viendra infailliblement où des masses énormes de population a devront mourir de faim comme par coupes réglées. » Depuis lors c'est sur la nécessité de recourir aux sols de qualité moindre qu'on a rejeté le vice et la misère qui se trouvent sur le globe, — le tout devant être imputé à l'erreur du Créateur qui a soumis l'homme à des lois en vertu desquelles la population tend à s'accroître à mesure que la puissance de la terre diminue.

Une observation plus attentive nous a cependant conduit à affirmer : que c'est exactement l'inverse qui s*est passé dans le monde, — la culture ayant, et cela invariablement, commencé par les sols pauvres et l'accroissement de population et de richesse étant marqué par un accroissement correspondant du pouvoir de commander les sols plus riches ; que la rémunération du travail donné à la culture tend par conséquent constamment à s'accroître; que le taux de la quote-part demandable par les propriétaires des sok

150 PRINCIPES DE LA SGIBNGS SOCIALE. -- Œk?. XLH.

enltirés les premiers tend par conséquent à baisser, et qoe dans toute société qui progresse Thomme tend vers la richesse, la f<»rce, la liberté, et non, comme M. Ricardo nous le donne à croire, vers la pauvreté, la faiblesse et Fesclavage final; que les faits deThis* toire sont d'accord avec cette dernière manière de voir, et que la théorie de M. Ricardo sur la marche de Texploitation du sol est donc insoutenable ; que c'est à peine si elle est soutenue, car ses partisans n'ont pu dter un seul fait dans l'histoire d'une colonisation ancienne ou moderne qui puisse infirmer, en quoi que ce soit, la grande loi qui fait que les hommes pauvres et disséminés eonunencent leurs opérations avec les outils de puissance inférieure, -^ passant de là progressivement à de plus puissants, dont ils obtienn^t les services lorsque la combinaison avec leurs sem* b labiés lesmet en état de les demander aux mains de la nature.

D'après cela on pourrait croire que la théorie de la rente passerait paisiblement en liberté dans les limbes de l'oubli, •— prenant place à côté du système de Ptolémée, la théorie de la transmigra-* tion des âmes et la loi imaginaire qui lui sert de base. Point. Le mtmde reçdt de nouveau l'assurance que la grande loi delu. Bi« cardo n'a changé en aucune manière l'état des choses, -«-sa théorie de la rente existant par elle<-m^e et ne demandant pour se souiemr d'autre preuve que celle résultant de ce fait : que les différentes pièces de terre payent des rentes différentes.

M. Ricardo n'a pas donné au monde simplement une théorie de la rente, mais une grande loi en vertu de laquelle la tendance à l'esclavage final du travailleur croit à mesure que s'accroît la population et que diminue la puissance du sol. Ses successeurs, aujourd'hui, prétendent qu'il n'importe nullement que l'homme gagne ou perde en pouvoir de commander les services de la nature, qu'il en devienne davantage l'esclave ou le maître,*-* la loi de distribution ;^ant la même dans l'un et l'autre cas. a En admettant qu'il smt.exact que la culture ait débuté par les sols de qualité inférieure, B'est*il pas évident, dit-on, que ces sols de qualité inférieure ont été dans le prindpe les plus productifs? M. Ricardo, en parlant des sols les plus riches et les plus fertiles, ne parle-t-il pas évidemment de ces sols pauvres et infertiles qui auront été d'abord soumis À.la culture? N'est ce donc pas parfaitement d'accord avec sa théorie de supposer que ces sols de qualité moindre auront été les

GONmUiTlOlf Dtl MfiME SUJST. 151

premiers à fournir une rente ? y) •— cette même rente qu'il a attribuée à rinfertilité croissante des sols plus riches ! Si Fauteur de cette théorie célèbre vivait encore, il serait le premier à rejeter la mamère dont ceux qui se disent ses disciples et marchent sur ses traces viennent récemment de la défendre K

Cette nouvelle position faite à la théorie par ses défenseurs» ne mériterait peut-être pas un commentaire de plus, n'était le caractère des raisons émises pour repousser la critique exercée contre elle, — raisons qui ont trait aux conséqtiences infaillibles, si Fon admettait Texactitode de ce qu'on présente comme une grande loi de la nature.

a On ipTéieùd encore , dit un éminent écrivain, queRicardo s'est trompé en disant que les bonnes terres, c'est-à-dire les terres spécialement propres à telle ou telle culture, sont mises en cnltnre les premières. On affirme que les hommes choisissent, au contraire, de préférence, les plus mauvaises pour les cultiver avant les autres. En admettant même qu'il en fftt ainsi, cela ne changerait rien à l'affaire, ce me semble. Du moment qu'on applique à la fois à la même cnlture une bonne terre et une mauvaise, la, rente se manifeste, soit que l'on ait commencé par la bonne ou par la mauvaise. €e qae dit M. Garey sur ce point ne signifie donc absolument rien, qaant au fond de la question. Mais il ne faut pas moins se méfier de son assertion, car elle conduit droit au protectionisme. En effet, si l'on commence par mettre en culture les mautmses terres de préférence aux bonnes , il sera utile, dans Vintérit de la prod^ctim nationale, de repousser ks blés étrangers; on prcmquera ainsi la mise en culture des meilleurs tei^rains qui, sans cela, seraient demeurés en friche, et l'on améliorera par conséquent la condition de la société '. »

On peut voir tout d'abord combien Fauteur de l'article s'est trompé en supposant que nous ayons prétendu que « les hommes choisissaient pour la culture les sols pauvres, alors qu'ils avaient acquis le pouvoir de soumettre à la culture les sols plus riches, ca-

* « Garey généralise ces faits— dans le but de renverser la loi deRicardo. Il n'a pas vu queRicardo parle uniquement de la puissance originelle du sol. Un sol marécageux, <Iiii doit être drainé à grands frais^ a moins de puissance originelle qu*un sol siliceux qui peut être à Fingtant mis en culture. Roscher, Économie politique, vol. II, p. 26.

^ MoLOfARi. Journal des Économistes^ nov. 1851. Les italiques sont de Técrivain cité.

152 PRINCIPES DE U SCSNCK SOCIALE. — GHAP. XUI.

pables de mieux rémmiérer le travail. » C'est le contraire qui est vrai. Les hommes prennent toujours les meilleurs qu'ils puissent eiqploiter ; mais toujours, dans une société qui débute, en pa$saiU de$ plm pauvres aux meilleun^ tandis que M. Ricardo les fait passer des fneilieurs aux pires. On arrive à des conclusions beaucoup pins exactes quant aux mesures politiques qui résultent nécessairmnent, si Ton adopte la loi réelle d'occupation que si l'on adopte la loi imaginaire dont il se fait l'avocat, — car, dans le dernier cas, la tendance nécessaire de cette loi, qui agirait sans restriction, aboutit à la di^rsion des hommes, et, par suite, à TafTaiblissement du pouvoir de combinaison, l'épuisement du sol et Fasservissem^t de ceux qui le cultivent. Dans le premier cas, on voit les lois naturelles tendre à Taccroissement de l'association et de la combinaison, à l'accroissement de productivité du sol et du pouvoir du travailleur. — Elles poussent l'bonmie d'État, et de la manière la plus évid^te, à adopter des mesures analogues à celles de Colbert, et à cdles qui se pratiquent aujourd'hui avec tant de succès en Belgique, en Allemagne, en Russie et dans les autres pays qui sont dans dans la même voie que la France.

En grand désaccord avec les partisans du système de Ricardo, un économiste distingué, qui appartient à la France, s'exprime ainsi : a La doctrine de M. Carey est beaucoup plus satisfaisante pour le sens commun. Les faits l'attestent ; ce n'est qu'à une époque très-avancée qu'on a attaqué les forêts vierges, endigué les rivières pour en cultiver les bords, desséché les marais, assaini les plaines humides, enfin mis en culture ces terrains qui, présentant une couche de terre végétale, formée par les débris de la vie végétale

et animale, sont destinés à offrir une fertilité sans égale Mais

ici Ton insiste : a Qu'importe, ont dit quelques économistes, qu'importe l'ordre de culture? Du moment que l'on reconnaît une in^alité de production dans les différentes parties du sol, il y a inégalité de revenu : il y a une rente, a Nous ne nions pas le fait de la rente. Nous disons seulement qu'en supposant la mise en culture des terres de moins en moins fertiles, Ricardo s'est condamné à soutenir implicitement que le travail grossier, peu intelligent, des premières époques est le mieux rémunéré ; qu'il s'est condamné à attribuer à la rente une importance disproportionnée, à appeler de ce nom ce qui est un véritable profit, le profit de longues avances faites pour

le défricbement, l'appropriation, la mise en enlture des terres les piQs fertiles ; terres dont la fertilité n'a été découverte ni exploitée sans frais^ alors même qu'elle n'a pas été absolument créée de main d'bomme. Il s'est condamné par suite aux plus tristes conséquences, contre lesquelles on est heureux de voir s'élever l'observation

et l'analyse L'humanité, placée en face de terres qu'il assimile

à une série de machines de forces décroissantes, doit obtenir et obtient en fait, selon lui, de plus en plus péniblement la subsistance qui lui est nécessaire, subsistance à laquelle il a joint, en vertu de la même loi, les matières premières de l'industrie. Admettez, au contraire, que Tordre indiqué par Ricardo n'a rien de nécessaire et qu'il est à beaucoup d'égards l'inverse du vrai ; admettez que l'on aille le plus souvent des terrains maigres et faciles à ceux qui, grâce à l'application du capital, acquièrent ou développent une fertilité nouvelle, ce sera d'une part le travail intelligent, le travail scientifique des dernières époques qui sera le mieux rémunéré, et rhomanité tendra vers l'abondance des subsistances et des matières premières. Que le prix nominal de ces denrées agricoles reste élevé, il importe peu si leur abondance augmente relativement à la population, si moins de travail est en mesure d'acheter plus de produits. Dès lors l'antagonisme qu'on prétend établir scientifiquement entre les effets qui se produisent dans Yindmtrie et ceux qui se produisent dans Y agriculture aura cessé de subsister ; la fertilité de Yindustrie agricole et non celle de la terre considérée à part du travail et du capital, sera reconnue comme le fait dominant par la science économique, ouvrant au progrès de ce côté, comme de tous les autres, une carrière sans limites assignables K »

* BAVhWhLKRT, Manuel d'Économie politique^ p. 391. L'antagonisme dont il est ici question se présente sous diverses formes , il en çst une que nous allons examiner. Les prix du drap, des maisons, des navires tendent à baisser à chaque amélioration dans les modes de production , car ils sont déterminés par le coût de reproduction à Taide des machines nouvelles et meilleures, M. Ricardo dit que la rente monte à cause d'une hausse de prix résultant de la nécessité croissante de recourir à des sols moins fertiles, — le prix des subsistances étant déterminé par le coût auquel on les obtient avec les machines dernières et ptrex. Si Ton admet que l'homme a procédé pour la terre comme pour les maisons, les navires , les machines , passant des plus pauvres aux nteilleures, l'antagonisme supposé cesse, — un grand principe régit tous les cas et l'universalité de la loi est établie. Qu'il en a été ainsi, nous en avons la preuve par le fait que les terres occupées les premières en Angleterre, en Ecosse, en Suède, en France et aux Ëtatst^it sont aujourd'hui abandonnées, — parce qu'on a reconnu qu'elles ne pon«

154 PRINCIPES DE U SGIENGB SOOÂLB. -- (mP. XLÏÏ.

§ 1 2. M. IBll admet aussi qaeles faits historiques donnent généra* lement un démenti à Ricardo, tont en se rangeant néanmoins à l'opinion que sa théorie de la rente est a la propositicm la plus importante de l'économie politique, d Voici en quek termes il Tex* pose à ses lecteurs :

«c Après une certaine période peu avancée dans le progrès de Tagriculture, aussitôt qu'en réalité l'espèce humaine s'est adonnée à la culture avec quelque énergie et y a appliqué des instruments

vaieat soutenir la concurrence aTec les dernières , pas plus cpie les anciennes ma* chines avec celles de nos jours. Néanmoins, le prix des subsistances tend à mont^, mais cela par les raisons que nous avons données au cbap. xxix , et non par celles que donne M. Ricardo.

M. J.-S. Mill nie TexisteBce « d'aucune loi inTariid>le, » mais il admet « que les terres qui demandent le plus de défrichement et d'assèchement sont rarement les pre^ mières mises en culture. » N'ayant pas produit de cas d'exception, il aurait peut être mieux fait d'admettre franchement qu'il n'y en a aucun. Laissons Tordre de cultivation,quel qu'il puisse être; la loi de prix, pense4-il, reste la môme, ^ ces terres qui, cultivées , donnent le moindre rendement en proportion du travail requis réglant toujours le prix du produit agricole , et toutes les autres terres , payant une rente simplement équivalente à l'excès du produit sur ce minimum. « Si vraiment, ajoutet-il, M. Garey pouvait montrer que ce rendement de la terre au travail, Vhahileté agricole et la icience restaiU les mêmes ^ ne diminue pas , il renverserait alors un principe beaucoup plus important qu'aucune loi de rente ; mais, en ceci, il a corn" plétement échoué. »

Ici, conmie toujours, dans les écrits de l'école de Ricardo, la difficulté essentielle consiste à détermina l'idée précise qu'expriment les mots empbyés. Autant que nous pouvons comprendre, on désire que nous puissions montra ce que serait l'état des choses si les pouvoirs de l'homme restaient stationnairesavec la population accrue,

— maïs un tel cas ne peut jamais se présenter, — les pouvoirs de l'homme, croissant toujours avec l'accroissement de population et avec sa conséquence qui est l'accroissement du pouvoir d'association. Avec un ^prand respect pour l'écrivain en question, nous dirons que le sujet réel de la science sociale est I'homme comme la nature l'a fait •— c'est-à-dire l'homme avec capacité et tendance pour l'amélioration,

— et non l'être, ayant forme humaine, mais brut sous tout autre rapport duquel il est traité dans les livres Ricardo-Malthusiens. Le passage cité ci-d^fus est do la troisième édition de Mill, et nous n'en avons connaissance qu'au moment où ceci est sous presse. Nous y voyons aussi qu'on nous demande de montrer « que dans quelque vieille confarée les terres non cultivées sont celles qui payent le mieux la culture.»

— Dartmoor et Shap FeUs se trouvent alors constatées « être les plus fertiles terres de l'Angleterre. » L'Économiste Suisse, de la même manière , trouvant que nous avons entendu le passage de l'homme des sols les plus pauvres aux plus riches, nous sommerait probablement de montrer que les pics des Alpes sont plus riches que les plaines de la Lombardie. La preuve la plus concluante de confiance dans notre {HPopre exactitude , se trouvera dans l'exactitnde avec laquelle nous exposons lesarguDsents de nos contradicteurs. A notre avis, M. Mill a tout à fait manqué'Hi fournir cette preuve.

GONTmUATIOH DU MÊME SUJET. 155

passables ; depuis ce momoit, la loi de la prodoctioii résultant de la terre est telle, que dans tout état donné d'habileté et d'instruction aj^cole, le produit ne s'accrott pas dans une proportion égale ; en doublant le travail, on ne double pas le produit ; ou, pour exprimer la même chose en d'autres termes, tout accroisse^ ment de produit s'obtient par un accroissement plus que proportionnel dans l'application du travail à la terre. x>

A?ant ce degré, le cas inverse a dû avoir lieu : -— accroissement de production obt^u par un moindre accroissement proportionnel dans rapplieation du travail à la terre. Deux lois se manifestent ainsi à nous, — qui opèrent dans des directions opposées, nous laissant à choisir celle qui se prête le mieux à notre désir d'expliqner dans un tel ou tel sens certains faits particuliers. Comme cela n'a lieu dans aucune autre science, il semble peu probable que celle qoi traite des lois qui régissent l'homme fasse exception.

« De ce que Faction de la loi de décroissance n*est pas toujours manifeste, cela ne prouve pas, dit M. Mill, <k que la loi en question n'existe pas, mais seulement qu'il y a en action quelque principe d'antagonisme capable pour %m temps de la contrarier : une telle action se manifeste dans l'antagonisme habituel que rencontre la loi de diminution du revenu habituel de la terre; et nous allons porter toute notre attention sur cette action même. Elle n'est autre ^e le progrès de la civilisation. Je me sers de cette expression générale et quelque peu vague, parce que les faits qu'elle doit renfermer sont si variés, qu'aucune expression d'une signification plus restrônte ne pourrait les comprendre tous ^ ^

La réponse, nous la trouvons dans un livre du même écrivain, qni s'adresse à l'entendement '. a Pour prouver que notre science et notre connaissance du cas particulier nous rendent compétent pour prédire l'avenir, nous dev(ms montrer qu'dles nous ont mis à même de prédire le présent et le passé. r>

C'est là le grand objet de la science ; mais à quoi servirait cette sdence qui, pour expliquer le passé, est forcée d'invoquer des suspensions imaginaires des grandes lois de la nature? N'est-il pas évident, d'après cela, que la science sociale, telle que l'enseignent

* Mill. Principles ofpolitical Economyy lib. I, ch. xii, ? 2.

* Mill. Système de logique, Mb. ï, ch. xii, § 2.

156 PRINCIPES BK U SOmCX SOCIALE. — GHAP. XLII.

M. Rieardo et ses saccesseors, n'en est eocore qu'à ce degré que M. Comte désigne comme le degré métaphysique? En peut il être autrement d'un système qui ne tient point compte des qualités par lesquelles l'homme se distingue de la béte des chsmups?

§ 13. La loi de distribution que nous venons d'exposer avec ses développements, nous l'avions annoncée» pour la première fois, il y a vingt ans '. Un des économistes distingués de France Ta reproduite et en a reconnu l'harmonie et la beauté, dans les termes suivants dont la vérité sera appréciée par tous ceux qui étudient cette loi avec autant de soin et d'attention qu'elle en mérite.

«( Telle est la grande, admirable, consolante» nécessaire et tnflexible loi du capital. La démontrer, c'est, ce me semble, frapper de discrédit ces déclamations dont on nous rebat les oreilles depuis si longtemps contre Vavidité, la tyrannie du plus puissant instrument

de civilisation et légalisation qui sorte des facultés humaines

Ainsi, la grande loi du capital et du travail, en ce qui concerne le partage du produit de la collaboration, est déterminée* Chacun d'eux a une part absolue de plus en plus grande, mais la part froportionnelle du capital diminue sans cesse comparativeoient à celle du travail Cessez donc, capitalistes et ouvriers, de vous regarder d'un œil de défiance et d'envie. Fermez l'oreille à ces déclamations absurdes, dont rien n'égale l'orgueil, si ce n'est l'ignorance, qui, sous promesse d'une philanthropie en perspectiTe, commencent par souffler la discorde actuelle. Reconnaissez que vos intérêts sont communs, identiques, quoi qu'on en dise» qu'ils se confondent» qu'ils tendent ensemble vers la réalisation du bien général, que les sueurs de la génération présente se mêlent aux sueurs des générations passées, qu'il faut bien qu'une part de rémunération revienne à tous ceux qui concourent à l'œuvre, et que la plus ingénieuse, conune la plus équitable répartition s'opère entre vous, par la sagesse des lois provid^tielles» sous l'empire de transactions libres et volontaires, sans qu'un sentimentalbme parasite vienne vous imposer ses décrets aux dépens de votre bienêtre, de votre liberté» de votre sécurité et de votre dignité *- »

< Principles ofPoîitieal Economy^ part. i. Philad. 1837.

2 Bastiat. Harmonies économiques. Reconnaissant Fidentité entière des lob qui régissent les profits du capital et la rente de la terre, le professeur Ferrara, au sujet de cette loi de distribution, dit que « pour quiconque s*irUéresse à la ton-

GONTmUàTlON DU MÊME SUJET. 157

fiien différentes senties tendances de la doctrine qui enseigne que <( le propriétaire trouve nn double avantage dans la difficulté de production, — puisqu'il obtient une plus grande part et qu'il est payé dans une utilité de plus haute valeur ^ i> Si cela eût été exact, M. Ricardo eût été parfaitement autorisé à affirmer, comme il le fait, que les intérêts des propriétaires du sol sont constamment en opposition avec ceux de toutes les autres classes de la société, — toot le profit dans leurs transactions avec le public leur revenant, toate la perte tombant sur ceux avec qui ils traitent. Ce système, étant ainsi un système de discorde universelle, tend nécessairement à la perturbation du droit de propriété, comme l'a démontré Tun de ses partisans les plus distingués.

« Lorsqu'on parle du caracièrtsacré de la propriété, on devrait toujours se rappeler que ce caractère sacré n'appartient pas au même degré, àla propriété de la terre. Aucun homme n'a fait la terre. Elle est l'héritage primitif de l'espèce humaine tout entière... Si l'État est libre de traiter les possesseurs de la terre comme des fonctionnaires publics, ce n'est que faire un pas de plus que d'avancer qu'il est libre de les écarter. Le droit des propriétaires à la possession du sol est complètement subordonné à la police générale de l'État. Le principe de propriété ne leur donne pas droit à la terre, mais ne donne droit qu'à une compensation pour toute portion de leur intérêt dans cette terre dont il ne peut convenir à la police de l'État de les priver *. »

Poursuivant cette idée ainsi présentée, un autre professeur distingué de la même école a depuis enseigné que la dernière confiscation qui vient de s'opérer de la propriété foncière en Irlande, ne tarderait pas à être demandée en Angleterre ^.

ditkm des classes pauvres , eHe est consolante au plus haut point. » Plus loin il ajoute : « Nous avons montré que la Providence, en pourvoyant ainsi, par Taceroislement du capital, à une dernière limite de son importance, a, par le même procédé, pourvu à son extension. La compensation du capitaliste se trouve , il est vrai, di nuDaéc dans son rapport avec le total de la production ; mais la quote-part^ moins élevée dans une production plus considérable , au lieu de diminuer la rémunération de ceux qui possèdent les accumulations du passé , Taugmente. En d'autres termes, piopriétaire, capitalistes et travailleurs ont un intérêt commun — celui de Taccroissemeot de productivité du travail. » Bihlioilieca delV Economiste vol. XIII, p. 70.

* RiCAMK). Chapter on Rent.

' MiLL. Principles, Uv. II, chap. ii.

' Economiste 1852, p. 635, voy. précédem. liv. II.

Naos ayons là le résullat naturel d'une doctrine dont Tétude conduit à affirmer que la rente foncière n'est la compensation d'au^ cun sacrifice d'aucune sorte, — qu'elle est touchée par ceux qui ne travaillent ni aident, mais qui simplement tendent la main pour recevoir les offrandes de la conmmnauté. tJn écrivain a été jusqu'à formuler cette sentence î que c'est la récompense accordée au propriétaire pour qu'il permette d'accepter les dons de la na* ture *. Toute politique qui tend à consolider h terre est révolu* tionnaire dans ses tendances. ^- Elle a pour réstiltat nécessaire d'arrêter la ^circulation sociétaire, de concentrer une masse de richesses dans les mains d'un petit nombre, d'augmenter à l'infini la classe de ceux qui n'ont rien, et qui cherchent volontiers dans une révolution les moyens d'améliorer leur position. Cette consolidation est la tendance en Angleterre et dans tous les pays qui ont pris exemple sur die, nous Pavons déjà vu. Ses effets se manifestent par le manque total de respect des droits de la propriété en Ir** lande, m Ecosse, dans les Indes orientales et occidentales , le pro* priétaire du sol ayant été dépouillé dans le premier de ces pays, — lé tenanckr dans le second ^, ^ le petit propriétaire dans le troisiëmCy — et le planteur dans le dernier **

ce L'homme n'a pas fait la terre, ^ dit M. Mill. L'homme n'a pas davantage fait la brique avec laquelle le moulin eât construit, ui le fer qui forme son outillage. Tout cela existait aux jours de l'Heptarchie, et rien de cela n'avait de valeur. Tout cela aujour-

^ Senior. (hUlines of PolUical Eeonomyj p. 166.

3 L'histoire ne présente pas des faits plus instructifs que ce qui s'est passé dans hotre siècle y en Ecosse , comparé avec ce qui s'est passé dans le nord de l'Europe. Sur une grande surface du nord de la Grande-Bretagne, les tenanciers ont été chassés de leurs petites tenuresy et avec des circonstances d'une grande dureté. Dans rAllemagne, au Danemark, en Russie, les petits tenanciers ont été convois en petits propriétaires. Examinez le système anglais , n'importe ok , vous le troO' verez tendant vers l'anéantissement deg classes moyeniies^ '^ créant partout tm ciQfrps de grands proi»>iétaires fonciers ou capitalistes, de posseisetirs de mines ott de manufacturiers, à côté d'un peuple qui doi^ devenir (te plus en f^s asservi d'année eh année*

* L'acte d'émaneipation était regsrdé par le pettpto Anglais eMame tm acte dé devoir} diaprés cela la dépense aurait dû être supportée partons. Exéeuté tmmè il l'a été> il a détruit la Valeur de la terre et ruiné les proi»riétaires -^ résultat qui devait suivre la violation d^engagements bien explicites : le premier lorqn'on permit d'importer les esclaves, le second lorsqu'on les émaoeipa* Bans tentes letf traasaetidns récentes du peuple anglais avec ses colonies, ta fciree » fait le droit.

d'hoi a âne valenr^ qui est la rémunération de Teffort hnmain. La propriété en tontes choses a la même base, tontes sont régies par les mêmes lois. La propriété dn sol est cependant tenue comme moins sacrée que celle de ballots de coton, ou de drap, ou de sacs de graine ; et par la raison que tout le système tend à développer le trafic au dépens du commerce, — à convertir tout un peuple en trafiquants, aux dépens de la plus importante occupation de l'homme, l'agriculture savante.

La guerre entre nations, la discorde parmi les individus, se développent à mesure que grandit le monopole de la terre. Plus sa consolidation se complète, plus s'accroissent les inégalités dans la société, et plus les travailleurs seront amenés à souffrir dans la distribution opérée entre le peuple et l'État.

CHAPTIRE XLIIL

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