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Principes de la théorie des richesses

J’approchais déjà de la quarantaine et je n’avais encore fait paraître que des morceaux détachés, je ne m’étais essayé que dans le métier de critique, d’éditeur ou de traducteur, lorsque j’ai décidément abordé le métier d’auteur en publiant en 1838 un mince volume intitulé: Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses. Malgré le mauvais succès de quelques devanciers qui avaient visiblement fait fausse route, je m’étais figuré qu’il devait y avoir de l’avantage à appliquer les signes mathématiques à l’expression de rapports et d’idées qui sont certainement du ressort des mathématiques : et je comptais encore sur un nombre honnête de lecteurs, dans un siècle où l’on étudie surtout les mathématiques pour être ingénieur, et où l’on recherche l’état d’ingénieur en vue surtout de se faire admettre sur un bon pied dans les grandes entreprises qui donnent la richesse. Je m’étais trompé. Quand on veut aller contre les habitudes prises, ou l’on fait une révolution (ce qui heureusement est fort rare), ou l’on n’attire point l’attention, et c’est ce qui m’est arrivé. On a vu paraître, depuis 1838, des théories marquées au coin de la nouveauté et de l'originalité, comme celles de M. Stuart Mill, de Frédéric List, de Frédéric Bastiat; il y a eu de grandes révolutions

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tentées ou effectuées dans le monde économique et des discussions bien vives à propos de ces révolutions, sans que les hommes habiles qui les ont faites , préconisées ou combattues, aient paru se douter que j’avais tâché d appliquer aux questions intéressantes de l’économie sociale ma logique et mon algèbre, avant de m’en servir fnon sans quelque succès, je crois) pour débrouiller d autres questions plus délicates encore, et depuis plus longtemps débattues. Je voudrais voir aujourd’hui si j’ai péché par le fond des idées ou seulement par la forme : et à cette fin j’ai repris mon travail de 1838 en le corrigeant, en le développant là où les développements manquaient, en le complétant sur les points auxquels je m’étais abstenu de toucher, et surtout en le dépouillant absolument de l’attirail d’algèbre qui effarouche tant en ces matières. Non-seulement j’ai repris toutes les pages de mon premier ouvrage, qui pouvaient cadrer avec mon nouveau plan, mais je ne me suis fait nul scrupule d’en transcrire quelques autres que mon plan réclamait, et qui ont déjà paru dans mon Traité de l’enchaînement des idées fondamentales , où les idées fondamentales de la science économique ont dù figurer à leur rang.

Puisque j’ai mis vingt-cinq ans à interjeter appel de la première sentence, il va sans dire que je ne compte pas, quoi qu’il arrive, user d’une autre voie de recours. Si je perds une seconde fois mon procès, il ne me restera que la consolation qui n’abandonne guère les auteurs disgràciés : celle de penser que l’arrêt qui les condamne sera un jour cassé dans l’intérêt de la loi, c’est-à-dire de la vérité.

Au reste, j’ai voulu que l’étiquette ne pût tromper per-

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