LETTRE D’UNE FEMME A SA SŒUR
Ma chère sœur,
Je m'empresse de t’informer que nous avons fait notre petit voyage sans accident, mais non sans un peu de misère. Ce n'est que le lendemain que nous sommes arrivés chez nous ; la pluie, le vent et le froid nous ont obligés d'arrêter en route. Imagine-toi, ma chère sœur, que, au beau milieu d’un long chemin de montée, nous avons essuyé une averse des mieux conditionnées. Le
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vent tout d’abord a fait tourner mon parapluie et l’a brisé : adieu la protection. Il ne me restait plus qu’un vieux châle que j'ai utilisé comme j'ai pu. La maison la plus proche était encore à une bonne distance ; lorsque nous y arrivâmes, j'étais toute ruisselante, toute transie de froid, et le déluge continuait toujours. ‘“ Mon Dieu, dit la maîtresse du logis en m'ouvrant la porte, vous devez bien être trempée jusqu'aux os. Vite il faut changer de vêtements, ma bonne dame.” Je ne me fis pas prier, tu peux le croire, et en quelques instants l’opération fut faite. Louis avait eu plus de chance que moi, il ne fut pas obligé de changer d’habits.
‘* Prenez un petit verre pour vous réchauffer, dit alors cette maîtresse femme ; et approchez-vous de la cheminée.” Quelques instants après, nous étions devant un grand feu, causant, riant, comme s’il eût fait le plus beau temps du monde et que nous eussions été de vieux amis. Quelles braves gens ! quelle femme au cœur d’or! oh! vive la Canadienne, ma chère sœur.
La veillée fut des plus agréables ; je crois bien que nous avons parlé de tout, au moins de tout ce dont les femmes peuvent parler. Vraiment, nous avons été si cordialement accueillis que j'aurais été heureuse de ce contretemps, si mon chapeau et ma robe n'avaient pas été endommagés par la pluie. Dans tous les cas, je n’ai pas été malade après ce bain d'orage, c’est le principal.
Notre bonhomme de père, qui avait été inquiet à cause de ce retard, ne parut pas de bonne humeur à notre arrivée. Rien de plus pressé que de lui conter notre aventure. Mais, comment ne pas gronder un peu? ‘Pourquoi donc, mes enfants, n’êtes-vous pas arrêtés avant de vous engager dans cette montée, puisqu’il y avait apparence d'orage ?—Hé ! mon cher papa, répondit Louis, je pensais que la pluie ne viendrait pas si vite.— C'est toujours comme cela, tu ne fais attention à rien.” Ce fut tout. Je t’assure que j'ai beaucoup mieux aimé cette petite ondée du bonhomme que celle du bon Dieu. Je suis enchantée tout de même de ma promenade, et je suis bien décidée d’en faire une nouvelle à
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la première occasion. Je serai plus prévoyante, bien entendu.
Tout le monde est bien. Notre vieux père est aux anges, il vous fait ses amitiés et Louis aussi. Pour moi, je vous embrasse tous avec affection.