‹ Principes de littérature [microforme]Chapitre 108 sur 225 · LETTRE D’UN ÉCOLIER A SA SŒUR · texte numérisé non relu

LETTRE D’UN ÉCOLIER A SA SŒUR

(Réponse à la précédente.)

Ma chère sœur,

Je suis content de ta lettre, elle est bien faite, et je t'en remercie cordialement. Mais, tu es une petite coquine, puisque tu veux empêcher maman de venir me voir. Sais-tu bien que c’est un projet presque criminel? Com-

ment, tu viens d'entrer au couvent et tu as déjà des mauvais desseins ! Qu'est-ce qu’on va penser de toi et des religieuses ? Je t'avertis en bon ami, ma petite espiègle, que tu me le paieras pendant les vacances. En attendant, je te pardonne, bien entendu, et je t'aime toujours. Papa est venu hier : maman, Aurélie, son mari et ses enfants sont tous bien.

Nous avons eu lundi dernier une belle séance, à l’occasion de la fête de notre supérieur. Grand soirée, discours, drame, musique, nombreuse réunion d'amis, enfin, rien n’a manqué ; c’a été magnifique. Notre digne supérieur paraissait content. Point d’autres nouvelles ; nous travaillons tous de notre mieux afin d’être bien avancés dans nos ouvrages lorsque la chaleur nous arrivera avec le mois de juin.

Comme ça donc, ma chère petite sœur, tu n’aimes pas l’arithmétique, et tu me demandes à quoi elle peut servir aux demoiselles. Voilà bien une question de petite fille. Mais, ma chérie, l’arithmétique est une des choses

les plus utiles et les plus nécessaires pour tout le monde. Comment bien conduire les affaires, se rendre compte des choses, de l'avantage qu’elles peuventprocurer, des profits, des pertes, des recettes, des dépenses, etc... si on ne sait pas compter? Ce n’est guère possible. Et, il faut en convenir, la plupart des femmes sont dans ce cas, et c’est là une des principales causes de leur infériorité. Uès qu'il s’agit de l'appréciation des choses, de calcul, de compte, etc... elles n'y voient goutte. Ce n’est pourtant pas l'intelligence qui leur manque, ni la finesse, nile cœur, mais arithmétique. Et ce n’est pas tout; écoute bien ceci. Nous vivons dans un siècle d’affaires, de spéculations et d'entreprises de plus en plus extraordinaires ; on ne parle que de millions, on ne compte que par millions, on n’apprécie que les millions. Or, ma chère petite sœur, comment comprendre quelque chose à toutes ces affaires qui ne s'expriment, pour ainsi dire, que par des chiffres, des montants si énormes, sans connaître l’arithmétique ? Vois-tu maintenant comme l’arithmétique est nécessaire ? Ne t’effraie donc pas des ditticultés que tu peux rencontrer dans cette étude, au contraire, aie toujours bon courage ; avec le travail et la persévérance on vient à bout de tout,

Adieu, ma chère sœur, je te souhaite d'être heureuse et de faire toujours de bons progrès dans la vertu et dans la science des nombres.

Page 1