‹ Principes de littérature [microforme]Chapitre 116 sur 225 · VOLTAIRE A M. PALISSOT · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A M. PALISSOT

La mort de ce pauvre petit Patu me touche bien sensiblement, Monsieur. Son goût pour les arts et la candeur de ses mœurs me l'avaient rendu très cher. Je ne vois point mourir de jeune homme sans accuser la nature ; mais, jeunes où vieux, nous n'avons presqu'un moment, et ce moment si court, à quoi est-il employé ? J'ai perdu le temps de mon existence à composer un énorme fatras, dont la moitié n’aurait jamais dû voir le jour. Si, dans l'autre moitié, il y a quelque chose qui vous amuse, c'est au moins une consolation pour moi. Mais, croyez-moi, tout cela est bien vain, bien inutile pour le bonheur. Ma santé n’est pas trop bonne : vous vous en apercevrez à la tristesse de mes réflexions. Cependant je n occupe avec madame Denis à embellir mes retraites auprès de Genève et de Lausanne. Si jamais vous faites un nouveau voyage vers le Rhône, vous savez que sa source est sous mes fenêtres. Je serais charmé de vous voir encore et de philosopher avec vous. Conservez votre souvenir au Suisse V.

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