‹ Principes de littérature [microforme]Chapitre 118 sur 225 · J. DE MAISTRE À MADAME DE GOLTZ · texte numérisé non relu

J. DE MAISTRE À MADAME DE GOLTZ

Si par hasard, madame la comtesse, il vous prend fantaisie de savoir ce que je fais et comment je vis, j'aural bientôt répondu : c’est ce que vous connaissez, c’est le mouvement d’une pendule, #ic-tac. Hier, aujourd’ hi,

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demain et toujours... J'ai beaucoup de peine à me traîner hors de chez moi: souvent même, je me refuse aux dîners roulants de Pétersbourg, pour me donner le plaisir de ne point sortir de tout le jour ; je lis, j'écris, je fais mes études ; car enfin, il faut bien savoir quelque chose. Après neuf heures, j'ordonne qu'on me traine chez quelque dame. Ici donc, ou là, je tâche, avant de terminer ma journée, de retrouver un peu de cette gaieté native qui m'a conservé jusqu’à présent : je souffle sur ce feu comme une vieille femme souffle pour rallumer sa lampe sur le tison de la veille. Je tâche de faire trève aux rêves des bras coupés et des têtes cassées qui me troublent sans relâche ; puis je soupe comme un jeune homme, puis je dors comme un enfant, et puis je m'éveille comme un homme, je veux dire de grand matin ; et je recommence, tournant toujours dans ce cercle, et mettant constamment le pied à la même place, comme un âne qui tourne la meule d’un battoir. Je m'arrête à cette comparaison sublime.

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