‹ Principes de littérature [microforme]Chapitre 119 sur 225 · J. DE MAISTRE A SA FILLE CONSTANCE · texte numérisé non relu

J. DE MAISTRE A SA FILLE CONSTANCE

Mon (Ma) très cher (très chère) enfant (enfant? ), il faut absolument que j'aie le plaisir de t'écrire, puisque Dieu ne veut pas encore me donner celui de te voir. Peut-être tu ne sauras pas me lire couramment, mais tu ne manqueras pas de gens qui t’aideront à déchiffrer l'écriture de ton vieux papa. Ma chère petite Constance, comment donc est-il possible que je ne te connaisse pas encore, que tes jolis petits bras ne se soient pas jetés autour de mon cou, que les miens ne t’aient point mise sur mes genoux pour t'embrasser à mon aise? Jene puis me consoler d'être si loin de toi ; mais prends bien garde, #0on (ma) cker (chère) enfant, d'aimer ton papa comme s’il était à côté de toi: quand même tu ne me connais pas, je ne suis pas moins de ce monde, et je ne t'aime pas moins que si tu ne m'avais jamais quitté. Tu dois me traiter de même, ma chère petite, afin que tu sois

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tout accoutumée à m'aimer quand je te verrai, et que ce soit tout comme si nous ne nous étions jamais perdus de vue. Pour moi, je pense continuellement à toi; et pour y penser avec plus de plaisir, j'ai fabriqué dans ma tête une petite figure espiègle, qui me semble être ma Constance. Elle a bien quelquefois certaines petites fantaisies ; mais tout cela n’est rien, je sais qu’elles ne durent pas. Ma chère petite amie, je te recommande de tout mon cœur d’être bien sage, bien douce, bien obéissante avec tout le monde, mais surtout avec ta bonne maman et ta tante, qui ont tant de bontés pour toi: toutes les fois qu’elles te font une caresse, il faut que tu leur en rendes deux, une pour toi et une pour ton pap. J'ai bien ouï dire par le monde qu’une certaine demoiselle te gâtait un peu; maïs ce sont des discours de mauvaises langues que ie bon Dieu ne bénira jamais. Si tu en entends parler, tu n'as qu'à dire que les enfants gâtés réussissent toujours. Je ne veux point que tu te mettes en train pour répondre à cette lettre; je sais que ta bonne maman veut ménager ta petite taille, et elle a raison. Tu m'écriras quand tu seras grande ; en attendant, je suis bien aise de savoir que tu aimes beaucoup la lecture, et que tu sais ton 7Zé/émague sur le bout du doigt.

Un bon oncle que tu ne connais pas encore, te portera bientôt de ma part un livre qui t’'amusera beaucoup : il est tout plein de belles images, et, dès qu’on t'aura expliqué comment il faut se servir du livre, tu pourras amuser toute seule. Adèle et Rodolphe s’en sont bien divertis ; à présent, c’est ton tour : je te le donne, et quand tu le feuilletteras tu ne manqueras jamais de penser à ton papa.

Ta maman, ton frère, ta sœur t'embrassent de tout leur cœur ; et moi, ma chère enfant, juge si je t’embrasse, si je te serre sur mon cœur, si je pense à toi continuellement ! Adieu mon cœur, adieu ma Constance. Mon Dieu, quand pourrai-je donc te voir ?

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LACORDAIRE A MADAME SWETCHINE

Rome, 5 septembre 1830.

Hélas ! faut-il que nous soyons si malheureux ! Imaginez que j'étais au désespoir de n'avoir reçu aucune réponse à mes lettres du 2 et du 26 juillet. Je n'ai pas cependant le cœur de vous gronder ; maïs il me semble que vous auriez dû m'écrire aussitôt que vous avez su qu’un paquet s'était perdu. Je suis comme vous fâché de cette perte, d'autant plus que ma lettre du 26 juillet était tout à fait confidentielle sur l’état de mon âme. Si le diable la trouve, il en fera son profit.

Ce que vous me dites de M. l’Archevêque, chère amie, me fait grand plaisir. J'ai reçu de lui une lettre on ne peut plus aimable et cordiale, par le dernier courrier. Voici une de ses phrases : ‘ J'espère que vos censeurs se le tiendront pour dit, et qu’ils vous laisseront en repos. Vous ne pouvez douter du bonheur que j'éprouve à vous savoir content ; jouissez de ce calme et reveneznous préparé à continuer la belle lutte où vous avez déja montré tant de zèle et de talent.”

J'aurais voulu apprendre quelque amélioration dans votre santé et je voudrais vous donner la mienne, Les chaleurs n'ont pas encore passé, à mon grand déplaisir, mais nous touchons au terme.

Adieu, chère amie, excusez ma brièveté si loin de mon cœur, la poste est menaçante. A un autre jour. Je vous ai écrit jeudi, en vous envoyant mon testament, quoique je me porte très bien. Je ne réponds pas à tout ce qu'il y a de bon et de tendre dans votre lettre, sinon que je vous aime plus que vous ne croyez.

LACORDAIRE A MADAME SWETCHINE

Genève, 29 septembre 1838.

Me voici aux portes de France, chère amie, et je ne puis m'empêcher de vous dire tout le plaisir que j'en

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ressens. Encore quelques jours et je vous reverrai ; moi qui n’espérais pas vous voir avant une année, je vais passer l'hiver à Paris... Je n'ai pas répondu à toute votre bonne lettre que j'ai reçue à Rome où je n’en ai reçu que trois ; mais je l’ai tout entière dans le cœur. Je suis bien sûr d’en avoir une autre de vous à Dijon. C'est là que je vais commencer à revivre ; car depuis deux mois, je suis comme le pauvre Juif errant, je vais si vite que mes plus chers ne peuvent m’atteindre. J'ai bien çà et là quelques petites jouissances d’amourpropre. Ce matin à Carronge, imaginez Carronge ! le commandant militaire qui visait mon passeport m'a fait de tendres compliments, et tirant de sa poche l'Uxivers religieux, m'a dit : Il est là souvent question de vous. À Chambéry, la maîtresse d’auberge m'a dit que j'étais un grand prédicateur. A Pont-de-Beauvoisin, au mois d'août, toute la douane m'a regardé. Et cependant je vous reviens modeste, quoique j'aie de plus un superbe diplôme en parchemin, signé du général des Frères prêcheurs, qui m'appelle un homme c/arissime. Et après cela, vous me traitez comme un petit garçon qui ne sait ce qu'il fait et presque pas ce qu'il dit. Le beau-frère de mon frère aîné, l'abbé Eglée, pro-secrétaire de l’archevêché de Paris, est comme cela, il m'aime de tout son cœur, et chaque fois qu’il me voit, il ne peut s'empêcher de hausser les épaules, tant il me trouve bête! Vous voyez bien, chère amie, qu’en effet le voisinage de la France me trouble l'esprit ; je suis trop heureux pour avoir autre chose, en ce moment, que la pensée d’être si près de vous...

Adieu, chère bonne amie, je vous arriverai au plus tard avec fous Les saints, afin que vous me pardonniez mes échauffourées. Tout à vous. Mes hommages au général ; parlez-moi de votre santé.

Louis VEUILLOT A PIERRE VEUILLOT, SON NEVEU.

Plombières, le 18 juillet 1886.

Bonjour, mon cher petit Pierre. Bonjour aussi, ma chère grosse Marguerite. C’est à Pierre que j'écris, parce que c’est Pierre qui m'a écrit; mais je parle à vous deux, parce que je vous aime tous les deux. Quand Marguerite m'écrira, je lui écrirai. Pourquoi Marguerite ne m'écrit-elle pas? Elle dit qu’elle est trop petite ; mais quand Pierre n'avait que l’âge de Marguerite, il m'écrivait. Marguerite pourrait écrire, si elle voulait travailler. Alors je lui répondrais. Elle recevrait des lettres sur lesquelles il y aurait: “A Mademoiselle Marguerite Veuillot, rue du Regard, n° 5.” Et le portier dirait: Voilà une demoiselle que l’on traite comme un garçon, Ce n’est pas tout. Je donnerais à Marguerite tout ce qu’elle me demanderait par écrit : des livres à images, du papier blanc, des crayons à ressort. Mais elle n’écrit pas.

Toi, Pierre, mon cher neveu, tu écris, et tes lettres me font deaucoup de plaisir ; mais elles me feraient bien plus de plaisir encore, si tu t’appliquais davantage à mettre bien l'orthographe. Fais attention à cela, L'homme doit se distinguer par la correction. Je désire aussi que tu écrives plus gros.

Il y a une autre chose que je désire bien plus, mon neveu et ma nièce : c’est que vous soyez sages. Il paraît que ça ne va pas très bien depuis quelques jours. Vous vous battez, vous criez, vous n'obéissez pas à votre maman, Ni le bon Dieu, ni papa, ni moi, ni tante Elise, ni personne ne peut être content de cette conduite. Mes petits enfants, faites plaisir au bon Dieu et à tous ceux qui vous aiment, soyez sages et obéissants. C’est par ce moyen que Marguerite apprendra à écrire, et que Pierre mettra bien l'orthographe et écrira gros et deviendra un fameux homme. Et attendant, je vous embrasse. Embrassez pour moi votre maman. Je vous apporterai quelque chose quand nous reviendrons. Priez le bon Dieu pour votre oncle qui vous aime de tout son cœur,

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