LETTRES DE JOUR DE FÊTE
biscuit de Savoie, que papa aurait fait préparer à l’avance en grand secret, et vous réciter mon petit compliment ! Puisque ce bonheur m'est refusé, je me borneral à vous dire, maman bien-aimée, que mon cœur n’est point changé pour vous ; que je vous souhaite une bonne santé, et que je prie sainte Marguerite, votre patronne, d’intercéder pour vous, auprès du bon Dieu, afin que vous soyez toujours heureuse. Puisque, chère maman, je n’ai à vous offrir, cette année, ni bouquet, ni gâteau pour votre fête, je veux du moins vous donner l'assurance d’être de plus en plus raisonnable et de travailler à tous mes devoirs avec la plus grande ardeur.
Ce matin, j'ai dit à quelques-unes de mes compagnes que j'allais vous écrire pour vous souhaiter votre fête ; elles m'ont dit qu’elles ne le faisaient pas pour leurs parents ; j'en ai été surprise, car je trouve que c’estune bien douce habitude. Au moment d’une fête, il semble qu'on aime davantage son père et sa mère ; on pense à eux continuellement ; on cherche ce qu’on pourra dire qui leur sera le plus agréable ; cela ravive les sentiments, et donne l’occasion de les faire connaître ; aussi, je me promets bien que jamais je ne manquerai à ce devoir.
Les prix sont fixés au 22 août ; quel bonheur! Dans un mois, chère maman, je serai près de vous. Nous sommes en grande occupation pour les compositions ; jusqu’à présent, je suis assez contente de moi, j’ai quelque chose qui me dit tout bas que j'aurai plusieurs prix et des accessits.
N'’en dites rien surtout.
Adieu, chère maman; dites à mon papa que je l'arme et que je l’embrasse ainsi que vous de tout mon cœur, sans oublier Ernest et Marie.