HERMINIE DE BASSE-MOUTURIE A SA SŒUR
Je suis bien émue et cependant mes forces qui déclinent si visiblement m'avertissent qu’il est temps de te faire mes adieux. Qui sait si demain je ne serai pas absorbée tout entière dans les angoisses de la lutte, et si mon corps, enfin vaincu, me permettra de répéter, avec toute la tendresse que je voudrais y mettre, ces deux mots : Merci, bien-aimée Pauline, et courage !
Merci ! Tu sais tout ce que tu as été pour moi: amie, sœur, mère, providence, tout ! Mes regards ne peuvent se porter en arrière, sans te retrouver constamment penchée sur mes douleurs, les apaisant et retenant près de toi ma vie prêce à s'éteindre.
O sœur ! quel dévouement! quels soins ! quelle générosité ! quel amour! Merci à Dieu et merci à toi.
Maintenant courage !.…
Après ces quelques lignes, émue, attendrie, la chrétienne essute ses larmes et trace d'une main ferme ces admirables conseils :
Je t'en conjure, chère petite sœur, sois forte et courageuse à cette heure où Dieu va t’envoyer la plus cruelle de toutes les douleurs. A sa sainte Mère aussi, il donna cette cruelle épreuve de la séparation la plus déchirante. Montre que tu es enfant de Marie et édifie par ta résignation chrétienne. Cette souffrance ne sera que passagère et de peu de durée, je te le promets. Remets-toi entre les mains de Dieu : il fait si bon se confier en sa sainte volonté !
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Songe que je serai toujours avec toi, je ne te quitterai pas des yeux ; un voile nous séparer1, mais 1l ne m’empêchera point de te suivre partout, en tout temps, en tous lieux. Oh! que je serai réjouie si je te vois résignée !.…
Louis VEUILLOT A M.LE COMTE DE LA Tour.
31 décembre 1858.
Mon très cher ami,
Je vous jette un mot en courant, pour ne pas laisser finir l’année et ne pas partir sans vous serrer la main. Comment, partir? Eh! oui, je vais à Rome, j'emmène Elise, et nous sommes dans les écritures et les paquets à ne savoir où donner de la tête. Dieu ne m’a pas doué de ce calme à faire les malles que je vous ai vu déployer un jour et qui m’a frappé d’une longue admiration.
Je vous écrirai de là-bas. Vous aussi, vous m’écrirez. Je serai bien reçu. On me l’a fait dire, le plus grand On du monde. Pourquoi ce voyage? Pour chercher le soleil, le repos, les indulgences, vider ma bourse, promener Elise, remplir mon cœur. L’Zudépendance belge ne pénétrera jamais ce mystère ; mais elle en trouvera autres qui l’amuseront, et moi aussi. Inutile de vous dire que tout va bien. Nous avons ici nos filles, à qui le couvent réussit fort. Eugène est bien marié ; les Juifs sont bien battus.
Adieu, cher ami. Mes compliments et ceux de ma sœur à Madame de La Tour. Nous embrassons vos enfants, Nous faisons des vœux bien sincères pour le rétablissement de votre père.
Tout à vous, LOUIS VEUILLOT.
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