‹ Principes de littérature [microforme]Chapitre 165 sur 225 · VOLTAIRE A M. TRONCHIN · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A M. TRONCHIN

Délices, 29 juillet 1757.

J'ai une grâce à vous demander ; c’est pour les Pichon. Ces Pichon sont une race de femmes de chambre et de domestiques, transplantés à Paris par madame Denis et consort. Une Pichon vient de mourir à Paris et laisse de petits Pichon. J'ai dit qu’on m’envoyât un Pichon de dix ans pour l’élever : aussitôt un Pichon est parti pour Lyon. Ce pauvre petit arrive je ne sais comment, il est à la garde de Dieu. Je vous prie de le prendre sous la vôtre. Cet enfant est ou va être transporté de Paris à Lyon par le coche ou par charrette. Comment le savoir? où le trouver ? J'apprends par une Pichon des Délices que ce petit est au panier de la diligence. Pour Dieu, daignez vous en informer ; envoyez le-nous de panier en panier ; vous ferez une bonne œuvre. J'aime mieux élever un Pichon que servir un roi, fût-ce le roi des Vandales.

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VOLTAIRE A M. DE BRENLES,

Aux Délices, 16 décembre 1760.

Vous souvenez-vous de moi? pour moi, je vous.

aimerai toujours, quoique je ne sois plus Suisse. Voici, mon cher Monsieur, de quoi il est question. Vous savez que j'ai acheté des terres en France pour être plus libre ; une descendante du grand Corneille vient dans ces terres. Vous serez peut-être surpris qu’une nièce de Rodogune sache à peine lire et écrire ; mais son pére, malheureusement réduit à l’état le plus indigent, et plus malheureusement encore, abandonné de

Fontenelle, n’avait pas eu de quoi donner à sa fille les.

commencements de la plus mince éducation. On m'a recommandé cette infortunée ; jai cru qu'il convenait à un soldat de nourrir la fille de son général. Elle arrive d'elle-même : on la dit aimable ; je me ferai un plaisir de lui servir de père, et de contribuer à son éducation qu’elle seule a commencée. Si vous connaissez quelque pauvre homme qui sache lire, écrire, et

qui puisse avoir une teinte de géographie et d’histoire..

qui soit du moins capable de l’apprendre, et d'enseigner le lendemain ce qu'il aura appris la veille, nous le logerons, chaufferons, blanchirons, nourrirons, abreuverons, et paierons, mais paierons très médiocrement ; car je

me suis ruiné à bâtir des châteaux, des églises et des.

théâtres. Voyez, avez-vous quelque pauvre ami? vous m'avez déjà donnné un Corbo dont je suis fort content. Ses gages sont médiocres, mais il est très bien dans le château de Tournay ; son frère n'est pas mieux dans celui de Ferney. Notre savant pourrait avoir les mêmes appointements. Décidez ; bonsoir ; mille comphiments à madame votre femme. Etes-vous enfin un père heureux? Vale, amice.*

* 44 Porte-toi bien, ami. ”

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