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LETTRES DE REPROCHE, 221I

pour vous de dire: “ J'ai bu du vin de Champagne autrefois en bonne compagnie ? ” Songez qu'une bouteille qui a été fêtée quand elle était pleine d’eau des Barbades, est jetée dans un coin dès qu’elle est cassée, et qu’elle reste en morceaux dans la poussière ; que voilà ce qui arrive à tous ceux qui n’ont songé qu’à être admis à quelques soupers ; et que la fin d’un vieil inutile, infirme, est une chose bien pitoyable.

Si cela ne vous donne pas un peu de courage, et ne vous excite pas à secouer l’engourdissement dans lequel vous Jaissez votre âme, rien ne vous guérira. Si je vous aimais moins, je vous plaisanterais sur votre paresse ; mais je vous aime, et je vous gronde beaucoup.

LACORDAIRE A MME SWETCHINE, Rome, 21 juin 1836.

Depuis mon arrivée à Rome, chère amie, j'attends chaque jour avec anxiété de vos nouvelles et chaque jour je suis trompé bien amèrement. Je vous ai écrit d: Marseille le ro mai, de Sienne le 18, 4e Rome le 25, et aujourd’hui encore pas un mot de vous, pas un seul, ni de personne au monde. Je suis dans une désolation d'esprit très grande et je forme mille suppositions pour m'expliquer votre silence, que mes lettres ne vous sont point parvenues, qu’on a arrêté les vôtres, que vous les avez confiées à des occasions infidèles ou en retard, enfin que sais-je à Car je ne puis croire “:? vous ne m'avez pas écrit du tout. Vous savez quei 1.esoin ona de paroles amies quand on est seul et si loin. J'ai fait hier soir, seul, la promenade la plus triste au monde, en songeant à vous, ne sachant s’il fallait attendre encore ou vous écrire de nouveau, Ce matin en disant la messe, j'ai pris le parti de vous rendre aussi ingrate que possible et c’est pourquoi je vous écris.

Sans votre silence, je serais ie” ontent de mon séjour ici. Tout le monde m'y à fait un accueil parfait,

222 APPFENDICÆF.

le cardinai vicaire, le cardinal secrétaire d'Etat, les pères jésuites, les Français qui sont ici, et enfin pardessus tout le Saint-Père.

Adieu, croyez que je ne puis être heureux sans votre amitié et ne vous lassez pas de m’en donner des preuves.

Louis VEUILLOT A M. LE COMTE DE M.

Paris, 20 octobre 1847.

Je ne serai pas plus tôt ministre des affaires étrangères, que je changerai votre position actuelle en celle d'ambassadeur, d'autant que d'ici là vous aurez eu le loisir de vous refroidir un peu. La seule chose, mon cher ami, que je vous reproche, et je vous la reproche modérément, c’est trop de chaleur, non pour le Pape, il n’y a pas d'éxcès possible, mais contre ceux que vous croyez trop vite ses ennemis.

Avec votre permission, je reste partisan des jesuites. Je ne m'explique pas votre passion contre eux et cet emportement à crier qu’on est sous leur influence et qu’on leur appartient, dès qu’on n’est pas disposé à les planter là. Je ne vois aucun autre jésuite que mon confesseur, qui aura tout à l'heure quatre-vingts ans, à qui je ne parle que de mes péchés, et qui songe aux affaires du ciel beaucoup plus qu'aux affaires du monde. Ceux que je rencontre en passant, sont dans les meilleures idées, et aussi pio-nonistes que vous et moi. Personnellement, je n’ai point à me louer ni à me plaindre d’eux. J'en a: vu qui aimaient l'Univers, d'autres qui ne l’aimaient pas.

N° 30 (page 99).

Lettres de recommandation.

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