LETTRES DE RECOMMANDATION
fils s’est avisé de donner un soufflet à son sergent ; le voilà aux galères pour la vie. Ilest venu à moi tout en larmes, je lui ai dit toute l'impossibilité de revoir ce fils ; il le sait, il m’a montré cette lettre que je vous envoie de l’abbé de Suse, aumônier du roi. Je vous conjure, monsieur, de vouloir accueillir charitablement et cordialement ce pauvre homme, cela le consolera ; dites-lui que vous lui accorderez votre protection ; et puis dans la suite nous verrons s'il y aurait quelque moyen de le servir réellement. Ti sera content de cela, et vous me ferez un sensible plaisir...
Louis VEUILLOT A M. L’'ABBÉ MORISSEAU.
17 octobre 1841.
Je réponds tout de suite à votre excellente lettre, je ne sais pas si je pourrai le faire plus tard. Béni soit Dieu de vous avoir guéri ! je lui en rends mille grâces et je regarde cela comme une faveur qu’il me fait : il me
laisse mes amis, il me les laisse pour qu’ils me donnent de bons conseils et pour qu'ils le prient de me continuer sa miséricorde. Quoique je m’applique à être très réservé dans les choses que je demande à Dieu, je lui demande ici formellement de me donner la satisfaction de vous embrasser un jour. Je sens que vous m’aïnez et dans chaque ligne que vous m'écrivez je vois battre votre cœur. Oui, mon cher ami, quoique bien occupé en Afrique et de choses bien graves, je me donnerai le plaisir de vous écriré plus souvent que je ne l'ai fait. Comptez-y.
Le jeune horloger, successeur de M. D..., c'est mon cher R..., mon fils spirituel ; car c'est par moi que ce brave garçon est revenu, il y a dix-huit mois, à la pratique de la religion, Je n'ai jamais fait pour Dieu conquête plus facile et plus douce. Je ne connais qu’une âme aussi simple et aussi bonne : c’est le peintre Emile Lafon, gendre de M. Choiselat-Gallien, autre ami de R.:. et mon enfant aussi.
L’on peut confier à R... le bonheur d’un ange. C’est la droiture, la franchise et la piété mêmes. Il est excellent ouvrier, et même plus qu'ouvrier, car son esprit est plein de ressources et d’inventions ; ilest laborieux, très rangé, doux, confiant, égal et spirituel. Il a toutes les chances de succès et il offre toutes les garanties de bonheur. Certes, je le présenterais à une famille avec plus de sécurité que moi-même ; car, pour moi, je ne serais sûr que de vouloir combattre ; et lui, il y a des combats qu’il n'aura jamais à livrer. Si vous savez qu’on le propose pour quelque personne digne de lui sous le rapport de la délicatesse des sentiments et de la piété, dites qu’on accepte bien vite, et mariez ensemble ces deux saints.
N° 31 (page 100).
Lettres de conseil.