LOUIS VEUILLOT À M. RIVALLAND, INSTITUTEUR
2 avril 1840.
Je regrette, mon cher Monsieur, d’avoir tardé à vous écrire, J'aurais dû me hâter pour tâcher de vous consoler un peu dans les nouvelles afflictions qui vous éprouvent ; mais j'ai moi-même, outre mes travaux, ma petite part de tribulations. Ma femme garde le lit depuis un mois, et un de nos enfants est malade. C'est le prix infiniment douloureux dont il faut acheter toutes les joies domestiques, les plus légitimes et les plus douces, il est vrai, dont on puisse jouir en ce monde.
Votre lettre me fait craindre que vous ne songiez à abandonner vos fonctions d’instituteur. Si la nécessité vous y oblige, il n'y a rien à dire: la volonté de Dieu se fait ainsi connaître. Mais si vous pouvez lutter, luttez encore, Ne vous laissez pas vaincre par le découragement. Croyez-en un ami qui a passé par beaucoup de fortunes diverses: ce que nous regardons comme le repos et le bonheur n’est ni le bonheur ni le repos, lorsque pour y arriver nous sacrifions quelque chose du devoir. Où Dieu nous veut, où nous le servons, c’est là que nous sommes bien, en dépit de toutes les difficultés que nous y trouvons et de tous les désirs qui nous en éloignent. Dieu agit avec nous comme ces prévoyants qui forcent leurs enfants au travail afin qu’ils acquièrent de quoi se reposer dans leurs vieux jours. Toute la vie n’est qu’un court moment, qui nous est donné pour faire notre fortune : je parle de cette fortune des chrétiens qui ne périt point avec eux, et se compose de trésors que la rouille ne peut entamer, et que les viscissitudes de la vie ne dispersent pas.
Je lirai avec bien de l'intérêt le petit récit que vous me promettez. Il aura pour effet, je n’en doute pas, de resserrer les liens que la divine Providence a formés entre nous.
Adieu, cher Monsieur. Bon courage, et priez pour moi.
Louis VEUILLOT,
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