‹ Principes de littérature [microforme]Chapitre 74 sur 225 · RÉPONSE DE M. BENJ. SULTE A UN JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. BENJ. SULTE A UN JEUNE HOMME

Un jeune homme m'ayant adressé une pièce de vers en me priant de lui dire ce que je pensais, j'ai répondu : “Vous savez fort bien que vous ne respectez pas la grammaire et que vous méprisez les règles de la versification.” Ce jeune homme avait du talent. Je l'ai revu et lui ai tenu à peu près ce langage: Ecrivez. Formezvous par l'étude, l'observation et la pratique de la phrase. Il suffit d'avoir du courage puisque vous possédez le talent, qui est un don de Dieu seul.

Ecrire ne signifie aucunement barbouiller du papier, mais travailler, penser, étudier, apprendre. Etant jeune, vous pouvez faire tout cela. Si vous avez du cœur, vous ne perdrez pas votre temps.

Sachez la grammaire dans toutes ses parties. Soignez la syntaxe, qui en est le raisonnement. Cultivez la ponctuation, qui remplace dans l'écriture le geste et le ton de la voix.

La grammaire vous fournira les ressources nécessaires au langage correct, écrit ou parlé. Elle met d'accord le verbe, cette âme, avec les mots, ces bras et ces jambes du discours. Quand vous saurez la grammaire, vous prendrez en pitié la plupart de nos journaux et de nos livres.

Une idée n’est jamais clairement exposée sans l’aide de la grammaire. Par charité pour l'écrivain ignorant, le lecteur fait semblant de comprendre. J'irai jusqu’à dire que la moitié de nos querelles viennent de ce fait surprenant : nous nous exprimons sans respect pour la grammaire ; de là les malentendus.

En prose on ne dit rien de bon sans la grammaire. En vers, c’est la même chose. Ce qui est incorrect ici

est incorrect là. Il n’y a pas deux grammaires.

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