EXEMPLES, LA SIMPLICITÉ
La simplicité qui est une vertu, loin d'être grossière, est quelque chose de sublime. Tous les gens de bien la goûtent, l’admirent, sentent quand ils la blessent, la remarquent en autrui, et sentent quand :l est nécessaire de la pratiquer ; mais ils auraient de la peine à dire précisément ce que c’est que cette vertu. On peut dire là-dessus ce que le petit livre de l’Imitation de Jésus-Christ dit de la componction du cœur: Il vaut mieux la pratiquer que de savoir la définir.
La simplicité est une droiture de l’âme qui retranche tout retour inutile sur elle-même et sur ses actions. Elle est différente de la sincérité. La sincérité est une vertu au-dessous de la simplicité. On voit beaucoup de gens qui sont sincères sans être simples : ils ne disent rien qu'ils ne croient vrai ; ils ne veulent passer que pour ce qu'ils sont ; mais ils craignent sans cesse de passer pour ce qu'ils ne sont pas ; ils sont toujours à s'étudier euxmêmes, à compasser toutes leurs paroles et toutes leurs pensées, et à repasser tout ce qu'ils ont fait dans la crainte d’avoir trop fait ou trop dit. Ces gens-là sont sincères ; mais ils ne sont pas simples ; ils ne sont point à leur aise avec les autres, et les autres ne sont point à leur aise avec eux ; on n’y trouve rien d’aisé, rien de libre, rien d'ingénu, rien de naturel ; on aimerait mieux des gens moins réguliers et plus imparfaits, qui fussent moins composés. Voilà le goût des hommes, et celui de Dieu est de même ; il veut des âmes qui ne soient point occupées d'elles, et comme toujours au miroir pour se composer.
(FÉNELON