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d'illusions est le plus fréquent et le plus nombreux après celles de l'ouïe. On en trouve de nombreux exemples dans les auteurs*. Les hallucinations de la vue, comme celles de l'ouïe, peuvent avoir lieu en l'absence du sens en question : la cécité n'est donc pas un obstacle, pourvu, bien entendu, qu'il s'agisse d'une cécité acquise, et non d'une cécité congénitale. « Une dame de quatre-vingts ans, ditB. de Boismont, aveugle depuis de longues années, faisait ouvrir tous les malins la porte et la croisée de sa chambre, pour en faciliter la sortie aux nombreuses personnes qui la remplissaient et dont elle distinguait les vêtements et les allures. »
Un genre d'ballucinalion non moins étrange est celui qui consiste à voir ou à croire voir ce qui se passe dans l'intérieur de son propre corps. « Certains aliénés assurent qu'ils voient dans leur cerveau, dans leur estomac, dans leurs intestins ; mais on n'obtient d'eux sur ces parties que des explications confuses et bizarres, à moins qu'elles ne leur soient déjà connues. »
Quelques hallucinés peuvent dessiner l'objet de leurs visions. On ne nous dit pas si le fait est fréquent, s'il a été étudié, si l'on en a tiré parti pour L'étude des hallucinations. Il est difficile de confondre avec les hallucinations de la vue les phénomènes morbides des yeux qui altèrent les sensations de ces organes. Ces phénomènes, nous l'avons vu, rentreraient plutôt dans la catégorie des illusions.
Hallucinations du toucher. — C'est dans ce sens surtout que la limite entre les illusions et les hallucinations est difficile à fixer. On sait, en effet, que les névralgies donnent lieu à un grand nombre d'illusions tactiles. Cependant il y a des exemples notables oii le caractère de l'hallucination, c'est-àdire l'extériorisation objective sans occasion externe ni môme sensorielle peut avoir lieu. De ce genre sont les illusions dont l'h alluciné Berbiguier nous a fait le long récit : « Il sentait les farfadets, comme il les appelle, aller et venir continucl-
1. B. de Boismont, p. 86; Micht-a, p. 8; et Lesage, G(7 J5/«.s, livre XII, ch. xi, épisode du comle Olluurcz.
lement sur son corps, s'appuyer sur lui pour le fatiguer et l'obligera s'asseoir. Leur pesanteur était telle qu'il craig-nait (l'étouiïer. Pour se défendre contre leur puissance, il imagina de les saisir sous son doig^t avec dextérité, et de les fixer à SOS matelas avec des milliers d'épingles, ou bien il les mettait en bouteilles'.
Hallucinations de T odorat et du goût. — Elles sont beaucoup plus rares que les précédentes : cependant il y en a des exemples, surtout dans la première période de la folie.
Nous avons vu que, dans les illusions morbides , l'erreur s'explique comme dans les illusions naturelles, par l'intervention de l'imaginalion dans la perception externe, c'est-à-dire par la fusion de deux images, l'une externe, l'autre interne, superposées l'une sur l'autre, et qui composent l'état complexe que l'on appelle vulgairement la perception. Dans l'état normal nous pouvons toujours démêler l'illusion par le moyen de l'attention et de la comparaison. Dans l'état morbide, la faculté d'attention fait défaut : c'est elle qui est la plus directement atteinte; il en résulte que l'image l'emporte sur la perception proprement dite, et l'illusion est invincible.
En est-il autrement dans l'hallucination?
Jusqu'ici on admettait, nous l'avons dit, comme différence essentielle entre l'illusion et l'hallucination, que l'illusion avait un point de départ objectif et n'était, par conséquent, qu'une altération de la réalité, tandis que l'hallucination était entièrement subjective et créée de toutes pièces par l'imagination. Mais cette théorie doit être abandonnée devant les découvertes les plus récentes de la science. Il semble bien aujourd'hui que l'hallucination, aussi bien que l'illusion, a également son point d'appui dans la réalité extérieure. S'il en est ainsi, l'hallucination, comme l'illusion, comme la perception elle-même, a une cause objective; elle ne serait pas si elle n'était provoquée du dehors, et par conséquent elle n'est pas une pure création de l'esprit; elle s'explique, comme l'illusion