‹ Principes de métaphysique et de psychologieChapitre 24 sur 58 · Les Farfadets, t, I", p · texte numérisé non relu

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et comme l'erreur normale, par la superposition de Timage intérieure sur l'image extérieure, en un mot par l'intervention de l'imagination dans la perception. Au fond, c'est une perception recouverte par une imag-e, ce qui arrive souvent même dans l'état normal, et ce qui n'a rien de contraire à l'hypothèse d'une réalité externe. Quant au caractère irrésistible de Terreur hallucinatoire, il s'explique par la disparition de la facuUé d'attention, faculté nécessaire pour constituer la perception exacte et la dégager des illusions qui peuvent l'altérer.

C'est M. A. Binet qui, par des expériences ingénieuses sur les hypnotiques, a mis en lumière de la façon la plus nette le caractère objectif de l'hallucination.

Il a fait remarquer d'abord que, dans ces derniers temps, on a attaché une grande importance aux conditions physiques des sens chez les hallucinés. Toute altération maladive, ou même tout état anormal des org^anes de la vue et de l'ouïe peut produire des hallucinations.

(( L'intluence des sensations subjectives, dit-il, sur les hallucinations n'est pas douteuse ; des bruits, par exemple, précèdent l'éclosion de l'hallucination ; et quand le phénomène est unilatéral, c'est du côté oii le malade entend ses voix que ces bruits fatiguent son oreille. On a même reconnu chez beaucoup d'hallucinés une altération directe de l'appareil auditif. Le traitement local de la maladie auriculaire, la simple évacuation d'un bouchon de cérumen, mi bourdonnet de charpie laudanisé. (Foville), ont réussi quelquefois à triompher de l'hallucination persistante. Jolly a reconnu chez la plupart des hallucinés de l'ouïe une véritable hypéresthésie du nerf acoustique; de plus, en faisant passer un courant continu à travers les oreilles de ses malades, il a réussi à provoquer dos hallucinations de l'ouïe comparables à celles qui se manifestent spontanément. Sous l'influence de la stimulation électrique, ces individus n'éprouvent pas seulement des sensations objectives ; ils entendaient des sons de cloches, des paroles brèves, comme celles-ci : Ein Riss, — Ein Stich, —

Der Heilige Geist, ou même des phrases plus longues : Dcr Tckj geht ietzt zu Eiide, ou même des vers. Enfin les recherches de Maury (Alfred), qui ont le caractère de véritahles expérimentations, ont montré que les hallucinations qui se manifestent dans le passage de la veille au sommeil (hallucinations hypnag-ogiques) peuvent être provoquées par une action externe sur les sens. »

En outre, toutes les expériences tendent à prouver que riiallucinatiou suit exactement les mêmes lois que la perception externe.

La première expérience de ce genre est celle de Brewster, au commencement de ce siècle.

On sait que, lorsque Ton presse son œil d'une certaine manière, on ohtient une image double de l'objet que l'on a sous les yeux. Brewster a eu l'idée de faire la même expérience sur un halluciné : lui ayant pressé l'oeil comme nous venons de le dire, l'image hallucinatoire devint double comme ri mage normale.

Cette expérience a été l'origine de toutes celles qui ont été faites à la Salpêtrière par le docteur Féré, et surtout par M. Alfred Binet'.

On sait que, par le moyen de la suggestion, on peut susciter dans un sujet favorable des hallucinations artificielles, qui se comportent exactement de la même manière que les hallucinations spontanées : par exemple, elles obéissent à toutes les lois de l'optique. C'est ce qui résulte des expériences suivantes.

1° Expérience du prisme. — Cette expérience, due au docteur Féré, n'est qu'une simple variante de celle de Brewster. Le prisme, en effet, dédouble et fait dévier l'image hallucinatoire, tout comme la pression oculaire ; la seule différence c'est que le prisme produit la diplopsie en agissant sur le faisceau lumineux avant qu'il arrive à l'œil, tandis que la pression latérale arrive au même résultat en déplaçant légèrement l'axe

i. Revue philosophique, mdl Y^i'i.

oplique, parce que, dans les deux cas, les deux images ne se font pas sur des points identiques de la rétine.

Les expériences suivantes ne sont que les variantes de celle du prisme.

2° La lorgnette. — En se servant d'une jumelle ordinaire, on voit les objets se rapprocher ou s'éloigner selon qu'on place devant l'œil Toculaire ou l'objectif de la jumelle. « Nous avons réussi à produire ce phénomène, dit M. Binet, sur nos trois hypnotiques. On sug-gère au sujet la présence d'un chat ou d'une souris sur une table voisine ou sur un mur ; si ensuite on lui fait contempler l'objet de son hallucination avec une lorgnette, le sujet voit ces animaux se rapprocher ou s'éloigner, suivant le sens dans lequel il regarde à travers la lorgnette. »

3° Le miroir. — Un objet réel se réfléchit dans un miroir quand certaines conditions sont remplies relativement à la position de l'objet, du miroir et de l'observateur. Dans les mêmes conditions, l'objet imaginaire se réfléchit également. On suggère à l'hypnotique la présence d'un objet quelconque, pigeon, rat, livre, sur un point de la table que l'on indique avec le doigt ; en faisant réfléchir ce point de repère dans le miroir, on fait apparaître au malade un second pigeon, un second rat, un second livre : l'expérience réussit toujours \ De toutes les expériences précédentes et de beaucoup d'autres semblables, l'auteur, M. A. Binet, tire les conclusions suivantes, dans lesquelles il résume ce qu'il a appelé la théorie des poi7its de repère :

« L'œil de l'hypnotique ne cesse pas d'être sensible aux ravons lumineux qui partent des objets extérieurs ; il en résulte qu'au moment où la suggestion verbale fait naître riiallucination, l'image qui se construit dans l'esprit du sujet s'associe, par une action inconsciente, à l'impression lumineuse qu'il ressent simultanément. Par exemple, si le malade aies yeux

I. Voir le détail de ces expériences et d'autres semblables, trop loagucspour être résumées ici (par exemple l'cxpérieuce des portraits), dans le travail de M. Binet {Revue philosophique, mai 1884, p. 392).

lixés sur une table, c'est la vue de ce point qui entrera en connexion avec l'image hallucinatoire. Mais l'cxpérimentaleur est le maître d'assigner à l'hallucination tel siège qui lui plaît, en attirant l'attention du sujet sur le point qu'il a choisi. Quelle que soit la manière de procéder, le résultat est toujours le même ; l'image provoquée no reste pas à l'état de phénomène subjectif; elle s'organise avec une sensation visuelle; elle est extériorisée sur une partie quelconque d'un objet extérieur qui sert désormais au sujet de point de repère. Or c'est en agissant sur ce point de repère matériel qu'on imprime des modifications à l'image hallucinatoire. »

On le voit, l'hallucination n'est pas un phénomène exclusivement subjectif; elle se compose, pour une part, d'une donnée extérieure et objective, et pour une autre part d'une construction imaginalive de l'esprit; mais c'est toujours sur une base matérielle et réelle que l'esprit travaille et construit son image. Le réel précède l'imaginaire. Rien de plus illogique, par conséquent, que de prendre pour type de la perception ce qui n'est que consécutif et surajouté. Il n'est donc pas vrai que la perception soit une hallucination vraie, puisque, par définition, l'hallucination est une perception fausse.

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