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Distinguer sûrement les deux éléments de l’étiologie médicale, les assigner, dans tous les cas, à l’ordre auquel ils appartiennent pour ne pas donner à l’occasion ce qui est à la cause, et surtout à la cause ce qui est à l’occasion, est la première tâche de l’analyse étiologique ; elle n’est pas sans offrir parfois quelques diilieullés. L’occasion, en effet, ne se présente pas toujours nettement extérieure, et isolée de l’organisme; elle semble souvent en faire partie, et il est alors aisé de la prendre pour la cause morbifique réelle; d’autant plus que cette occasion morbide, qui siège au sein même de la texture organique, n’est pas, la plupart du temps, primitive, mais secondaire et produite par un agent externe. Tels sont les cas où une occasion extérieure détermine directement un effet physique ou chimique au milieu des tissus ou des liquides de l’économie. Celte altération physique ou chimique ne constitue pas la vraie cause de la maladie ; elle n’en reste que l’occasion tant qu’elle demeure dans l’ordre physique. La cause ne surgit tout entière que lorsque l’ordre vital est mis en jeu, lorsque l’altération est ressentie par la vie, et que l’impression morbide, fait vital et cause réelle de la maladie, apparaît. 11 en est ainsi, par exemple, quand, par une absorption vénéneuse, ou virulente, ou miasmatique, la composition du sang est altérée, d’une manière sensible ou insensible. Cette altération du sang n’est pas la maladie ni sa cause effective et prochaine, quoi qu’on en dise; elle ne peut l’être que dans le sens organicien de la maladie lésion. Suivant les données réelles, c’est une
DE l.’ÉTIOLOtilE.
occasion île niènie nature que les conditions morbides externes, et tant qu’elle restera isolée de la vie, qu’elle n’aura pas provoqué l’impression délétère, elle demeurera sans signification ni résultat. Ce trouble chimique du sang est jusqu’alors étranger à la vie, extérieur en quelque sorte, quoique intérieurement compris dans l’agrégat organique. Il n’a pas d'effet morbide plus direct et nécessaire que toute autre condition placée en dehors de l’économie, telle, par exemple, que la constitution atmosphérique ou l’influence épidémique, qui par elles-mêmes ne sont rien. Toutes ces conditions ne deviennent causes morbifiques que lorsqu’elles sont conçues par l’essence vivante, qu’elles sont réalisées en une impression vitale. C’est pourquoi , sur un certain nombre d’individus soumis aux mêmes occasions morbides, aux mêmes absorptions miasmatiques, les uns contracteront une maladie, les autres seront indemnes, et, parmi les premiers, les formes morbides seront variables par l’intensité, par la nature, par l’espèce. C’est que, chez les uns, la condition morbide, même ayant pénétré l’agrégat, sera restée sans retentissement sur la vie ; la cause morbifique ne se sera pas éveillée, et la maladie, privée de sa raison d’être, aura manqué. Chez d’autres, la vie aura ressenti de celte occasion morbide telle ou telle impression ; telle ou telle cause morbifique se sera développée, et une maladie aura surgi en rapport avec la cause.
Que de problèmes mal posés en médecine, que d’erreurs accréditées, que de vérités obscurcies, par cela seul que ces notions fondamentales sont méconnues! Nos analystes de la matière organique, en isolant un virus, ne croient pas seulement tenir les conditions physiques, l’occasion spéciale d’une cause morbifique; non, ils s’imaginent avoir découvert la cause elle-même, et ils conçoivent la maladie comme échappée, tout en armes, de celle cause. Que de vitalistes commettent les mêmes confusions! Puisant leurs convictions dans de vagues
aspirations ou dans des aperçus incomplets, humoristes obscurs
au même titre <|ue d’autres sont chimialres savants, ces médecins invoquent comme cause de la plupart des pyrexies, fièvres intermittentes, continues ou éruptives, un prétendu empoisonnement du sang, une intoxication spéciale. Ils admettent que des molécules miasmatiques, que des ferments pathogéniques, que des semences ou graines morbides pénètrent dans nos tissus, s’y multiplient à l’infini par une sorte de fermentation qui se communique è la masse entière des humeurs, ou y germent comme sur un sol fertile et approprié, et y fructifient en un épanouissement morbide qui conclut à la production d’un nombre immense de nouveaux germes. Ces explications sont émises comme représentant tout au moins le génie, le mode général d’action de la cause morbifique. Or, en les interrogeant avec quelque sévérité, on s’aperçoit vite qu’elles sont entièrement physico-chimiques, quoique d’une physique et d’une chimie vagues, et dépourvues de caractères précis et scientifiques. On voit qu’elles personnifient la maladie et son développement dans une existence extérieure, dans des semences étrangères à l’organisme; qu’elles suppriment la vie et sa spontanéité pour transporter l’activité et la vie dans ces graines qui germent, et poussent leurs mille racines et rameaux morbides sur le sol organique. L’économie n’est plus que lr terrain passif de la maladie; elle n’a plus qu’à lui offrir des conditions favorables à son éclosion. La maladie devient une véritable entité au lieu d’être un simple mode, et de laisser l’être à la substance vivante. Les rapports des choses sont dénaturés, et les questions de doctrine et d’art perverties.