CCII
Sunt-ce là toutes les évacuations critiques? Ne nous a-t-on pas accusé déjà d’avoir oublié, parmi elles, les hémorrhagies? Or, nous ne pouvions, dans une même description, rapprocher les hémorrhagies des évacuations proprement dites; celles-ci s’opèrent dans les glandes, et tiennent de près au travail physiologique, aux fonctions normales de ces organes; les autres s’effectuent par la rupture du réseau vasculaire sur un point, et sont dues ainsi à un acte anomal, entièrement pathologique, sans analogue dans les conditions régulières de la santé. Ces deux sortes d’actes critiques- sont donc distincts et dans leur mode de production et dans les conditions auxquelles ils se rapportent; ils le sont aussi dans les solutions que les uns et les autres amènent. Les hémorrhagies n'en constituent pas moins, dans certains cas, une crise parfaite. L’observation des faits, l’étude des circonstances dans lesquelles ils se produisent, le démontrent au clinicien et en livrent la raison au physiologiste.
(Jue l’on tienne compte, en effet, des deux faits constituants de toute hémorrhagie critique. En premier lieu, c’est le liquide commun, l’humeur mère, le fluide d’où découlent tous les autres, et dont la constitution règle, en quelque, sorte, la nutrition entière; c’est ce liquide qui fournit l’évacuation hémorrhagique. En second lieu, l’hémorrhagie critique ne se fait pas sans préparation, au hasard, ni sous une pression mécanique; elle se rattache à une concentration, à une fluxion
active sur tel ou tel point; de sorte qu’il y a une synergie d'actes toute particulière, consentie, voulue par l’économie; il s’établit ainsi temporairement un centre vasculaire nouveau, indépendant, à un certain degré, de la circulation commune. En considérant donc le liquide évacué et le mode île l’évacuation, y a-t-il lieu de s'étonner que l’hémorrhagie puisse devenir une crise parfaite? Ne relève-t-elle pas directement de la vie commune? N’esl-elle pas une sorte de vie commune se développant outre mesure sur une région de l'économie, dans un département organique, dirait Bordeu? Tout à coup, au plus fort de l’orgasme sanguin qui la traduisait, cette vie locale excitée décline, et à mesure que l’évacuation du centre circulatoire anomal se prolonge, tomlie au niveau de la vie ordinaire, souvent même au-dessous, faisant ainsi succéder la faiblesse à l’excitation. Comment ces enchaînements d’actes ne seraient-ils pas pathologiquement fonctionnels et critiques?
Cependant l’hémorrhagie n’est pas une crise normale, car elle n’est pas un aboutissant de la marche régulière des maladies ; c’est un effort exceptionnel de la nature médicatrice, une détermination presque subite qu’elle prend sous telle ou telle influence; ce n’est pas une crise de coction et de maturation, pour me servir du langage ancien ; elle appartient à la période de crudité, et juge une maladie qui n’est pas préparéo à l’être. On ne peut la prévoir de loin, y disposer peu à peu l’organisme; elle se présente toujours comme phénomène soudain et insolite; et, en meme temps, quoique symptôme insolite, l'hémorrhagie ne peut fournir la crise d’une maladie à cause affective profonde, à forme maligne ou ataxique, par exemple. Par sa soudaineté, par sa durée limitée, l'hémorrhagie, même considérable, n’est guère apte qu’à juger des maladies simples, de rapide évolution ou des accidents morbides subits, lièvres éphémères, synoques, fluxions peu enracinées ou encore mobiles. Ces maladies, empreintes ou non d’une apparente vivacité, mais superficielles, faiblement con-
çues par l’économie, et ne pénétrant pas dans la vie saine et commune, se laissent déraciner brusquement; la nature réagissante peut les juguler par l’hémorrhagie, non celles qui se sont incarnées dans un mode franchement spécial de l’unité vitale.
La crise hémorrhagique reste donc crise commune, mais crise commune accidentelle et insolite; elle épuise subitement la réaction, plutôt qu’elle n’en est le terme légitime et prévu.