‹ Principes de pathologie généraleChapitre 90 sur 180 · CX · texte numérisé non relu

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Pénétrer mécaniquement ou chimiquement la cause prochaine des maladies, est une faiblesse que les médecins ont eu de toute antiquité. Il en est peu qui, même en proclamant les plus hautes vérités médicales, n’y aient joint ce côté d’erreurs que l’amour naturel des systèmes suscitait sans cesse. Les principes philosophiques n’étaient pas assez sévèrement formulés pour garantir contre l’iuariité de ces recherches. Aussi se renouvelèrent-elles à travers les âges. D’IIippocrate à Galien, de Thémison à Broussais, la cause matérielle prochaine des maladies préoccupa la science.

Toutefois il y a une distinction à établir entre les médecins qui sacrifièrent à ce préjugé : pour les uns, la connaissance de la cause matérielle et première lut la connaissance fondamentale, d’où découlaient la notion de la maladie et toute idée thérapeutique ; ceux-là furent les vrais systématiques. D’autres touchèrent à cet ordre de causes sous les suggestions des sens qu’ils ne surent pas repousser; mais, loin de fonder sur lui la science et l’art, ils regardèrent cet ordre de notions comme accessoire, et placèrent au-dessus tout un ensemble de hautes vérités qui imprimèrent à leur science un caractère supérieur.

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(je turent là ceux qui continuèrent l’œuvre du père de la médecine et constituèrent les traditions hippocratiques.

Ne pouvant ici reproduire toutes ni même les principales hvpolhèses que suggérèrent les interprétations de 1 action première des causes des maladies, nous nous bornerons à quelques exemples propres à faire saisir le génie de ces interprétations. Ce génie est demeuré fidèle à lui-même et se traduit de la même manière, que l’on considère son œuvre dans le passé ou dans le présent de la science.

Pour juger du passé, nous interrogerons l’un des fondateurs de la médecine générale, le promoteur du baconisme en médecine, partisan décidé de l’expérience, è la fois inspiré du souffle hippocratique et de l’esprit de système, Baglivi. Peu conséquent dans ses affirmations, mal ancien et toujours sévissant parmi nous, nous l’avons vu juger sévèrement ceux qui fouillent le un stère des causes prochaines. » 11 n’y a pas, dit-il, un seul médecin un peu sincère qui fasse difficulté d’avouer son ignorance relativement à la cause, interne et immédiate des maladies. » Cependant, après cet aveu, il ajoute sans hésitation: « Quoi qu’il en soit, il est possible d’indiquer un certain nombre de moyens fort propres à jeter du jour sur la cause immédiate de chaque maladie. »

Ces moyens ont de telles analogies avec ceux d’aujourd’hui, qu’ils montrent bien, pour leur part, à quel point nous sommes enchaînés au même cercle d’erreurs, incapables, non de l'éviter, mais d’en tracer un nouveau.

Baglivi nous propose comme moyens d’éclairer la cause immédiate des maladies l’examen des excrétions et celui de.principes retenus dans l’économie. L'urine et les matières stercorales sont placées au premier rang dans celle catégorie. < L’analyse chimique nous a mis à même de connaître les principes de l’urine. C’est un sel ammoniacal qui, dans l’état naturel, constitue l’un de ses principaux éléments, et c’est à lui que les urines doivent leur coloration et leur poids. Bans

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l'état morbide, au contraire, les sels varient dans leur nature et leurs combinaisons presque autant que les maladies. Un peut donc, en examinant 1’urine et l’intensité de sa coloration, juger de l’abondance des sels qui les produisent ou de leur appauvrissement. Quand il survient chez quelqu’un une suppression d’urine mortelle, il se déclare d’abord une sorte de stupeur intellectuelle, du tremblement, un frisson général ; viennent ensuite la fièvre, la paralysie et d’autres affections nerveuses ; d’où il est facile de conclure quelles sont les maladies que peuvent produire les sels de l’urine quand ils sont en excès dans le sang. Si l’urine, dans une maladie aiguë, devient tout à coup légère et incolore, c’est un signe qui annonce du délire ou d’autres phénomènes cérébraux ; on peut donc arriver à connaître la cause immédiate de ces sortes de maladies en connaissant la véritable nature des principes constitutifs de l’urine, et la science peut ensuite nous fournir les moyens d’y porter remède en nous apprenant ce qu’il faut opposer à ces principes. * Est-ce Baglivi qui a écrit ces dernières lignes, ou l’un de nos médecins chimistes? Ne retracent-elles pas toute la logique et les prétentions de la chimiatrie moderne ?

Continuons notre citation : « On peut en dire autant des matières stercorales ; leur coloration , leur odeur, sont des signes qui permettent de découvrir la nature de la cause prochaine, ou, pour mieux dire, celle de la cause antécédente, dont la cause prochaine n’est qu’une connaissance immédiate. Si ces matières sont très jaunes, ou plutôt vertes, noires, cela indique une abondance extrême de sels acides, écres, vilrioliques ; si, au contraire, elles sont blanches, copieuses ou liqi (ides, c’est qu’il existe une certaine inertie dans le ferment des premières voies, ou bien les parties sulfureuses -et salines qui donnent aux matières stercorales leur coloration et leur odeur ne s’y trouvent plus en quantité suffisante. »

L’étude des symptômes qui précédent ou accompagnent une maladie peut aussi, suivant llaglivi, éclairer sur les causes pro-

« haines. Il apporte encore «les exemples à l’appui. « Les personnes, dit-il, frappées d’apoplexie séreuse ont la face pille; elles sont ensevelies dans une sorte de sommeil de plomb, le pouls est petit ; les vomitifs leur font beaucoup de bien, ainsi que les purgatifs ; la saignée, au contraire, leur fait beaucoup de mal, etc. De tout cela, on peut déduire que cette espèce d’apoplexie reconnaît pour cause immédiate quelque principe visqueux, lent et épais.

» Dans les cas d’apoplexie sanguine, au contraire, la face est extrêmement rouge, les artères et les veines de la tête sont gonflées, le sopor est moins lourd, le pouls moins faible ; la saignée diminue le mal, un vomitifl’aggrave, ainsi que tous les moyens énergiquement perturbateurs. La conclusion que l’on peut tirer de cet ensemble de symptômes, c’est que la cause qui les produit consiste en de certains obstacles qui embarrassent dans le cerveau et les parties voisines la circulation du sang, celle des esprits ou des autres fluides qui s’v précipitent et s’v entassent.

« Dans la colique bilieuse, on voit survenir tous les jours une aphonie ou une raucité de la voix qui dure quelquefois aussi longtemps que la maladie elle-même. Or, on observe souvent celte raucité de la voix dans les fièvres bilieuses; d’où l’on peut déduire avec raison que, dans la plupart des maladies, l’aphonie et la voix rauque sont des motifs suffisants pour nous faire soupçonner que la cause prochaine de ces maladies doit être la bile ou quelque principe âcre, volatil et sulfureux. »

Enfin, Baglivi savait appeler à son aide l’expérimentation au moyen d’agents morbifiques, et en déduire le mode d’action de la cause dans certaines maladies; c’est ainsi qu’il chercha à déterminer la cause prochain»' des fièvres mésentériques. « Le désir, dit-il, de jeter plus de jour et quelque certitude sur la cause véritable des fièvres m’a engagé, depuis deux années environ, à produire la fièvre cher les chiens et quel-

de l'étiologie. ‘lh '

ques autre:, animaux par des moyens qui me sunl propres. Celte méthode consiste à injecter dans les veines des liquides de diverse nature, spiritueux, aromatiques. Acres, acido-àeres ou autres semblables; j’ai soin, du reste, de mêler les mêmes substances dans les aliments et les boissons jusqu’à ce qu’enfui la fièvre se déclare, line fois celle-ci produite, j’observe avec soin sa violence et son caractère, l’inappétence, la faiblesse, les sécrétions intestinales, les tremblements, les périodes, tous les symptômes enfin qui se manifestent et qui varient d'habitude comme les liquides employés dans l'expérience (1). >

C’en est assez pour faire juger par quelles spéculations les médecins de la renaissance, sous l’influence grandissante du mécanicisme et du chimisme renouvelés, croyaient pouvoir atteindre à la connaissance des causes prochaines de la maladie. Ces vaines théories corrompent souvent les plus saines inspirations du médecin de Rome. Comment d’ailleurs Raglivi aurait-il compris autrement cette cause prochaine lorsque, dans ce même chapitre de l’étiologie, il donne de l’organisme cette singulière définition : « Qu’est-ce que le corps humain? Un faisceau de fibres mêlées de mille manières, enchaînées l’une à l’autre et se mouvant sous l’impulsion d’un fluide qui semble tenir, dans l’économie, la place du ressort en mécanique ; admirable unité de structure, d’où viennent ces sympathies de l’organisme célébrées par le grand Hippocrate sous des noms variés : consensus umts, conspirât io una , consentie nlui omnia. » Quelle triste interprétation de la plus féconde pensée hippocratique!

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