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CXII

Nos modernes éditeurs de causes prochaines n’ont rien ajouté aux méthodes indiquées par Baglivi ; ils ont procédé à

(1) Ces citation» sont empruntées à l>\oellente traduction dp Baglivi, publiée par M. le docteur Bnucher (de Lyon), sou» re titre : /V farci oisiement de lu

médecine pratique.

la détermination du mode de production physique de la maladie en étudiant, comme lui, les symptômes, les lésions, la nature des excrétions, celle des principes retenus dans l’économie, et enfin l’expérimentation de tels ou tels agents morbifiques. La forme est devenue plus scientifique, les procédés d’analyse plus exacts ; la conception de la cause et son mode d’action sont restés aussi profondément chimériques.

Nous ne soumettons pas à notre examen la systématisation étiologique produite à grand bruit par Broussais. Le physiologisme dichotomique semble certainement plus loin de nous que les explications causales, souples et variées de ltaglivi. Nul ne prétend aujourd’hui forcer la science entière à passer sous le joug d’une étiologie inflexible et toujours une. Cependant, Broussais, oublié, n’a pas passé sans laisser des traces plus ou moins cachées de son système. Nous n’avons pas seulement recueilli, dans leur opiniâtreté, sinon dans leur fougue, ses convictions de sensualiste ; l’irritation et l’inflammation subsistent encore comme cause première d’un nombre immense de maladies. A leur aide, on a constitué la classe démesurément enflée des phlegmasies ; et elles ne sont point encore bannies, pour tous, de la classe des fièvres.

Pour avoir une idée de la pathogénie instituée par les inspirations affaiblies du physiologisme, nous analyserons rapidement le mécanisme morbifique par lequel M. le professeur Bouillaud explique la production et la filiation symptomatique de la fièvre continue. Suivant lui, l’irritation phlegmasiqiie gastro-intestinale est la cause première, cause mère, de tous les phénomènes; elle est toute la maladie dans l’origine; mais bientôt apparaissent les symptômes de putridité et d’adynamie. C’est qu’à la phlcgmasie se joint un foyer de putridité qui se forme secondairement et sous nos yeux. « Les débris ulcérés, dit M. Bouillaud, les lambeaux gangréneux de la membrane muqueuse enflammée et désorganisée, la suppuration qu’elle fournit, toutes ces matières réunies aux excréments contenus

UK l.’ÉTIOLOGIE.

dans l'intestin ne sont-elles pas propres à Tonner un véritable foyer d’infection putride? Le météorisme du ventre, résultat de lu distension des intestins parties gaz fétides accidentellement produits dans leur intérieur, est un des symptômes locaux qui prouvent qu’en effet ces organes sont le siège d’une funeste décomposition putride. »

Par quel mécanisme cet amas putride délermine-t-il tout l’ensemble des symptômes putrides et adynamiques? L’auteur pose la question et la résout, t 11 se présente une difficulté, dit-il, que nous allons franchement aborder. Il s’agit de savoir comment, dans les cas d’un foyer putride local, il se manifeste des phénomènes d'une putridité générale. Cette circonstance ne peut s’expliquer, ce nous semble, qu’en admettant que, ;’i la faveur des organes absorbants, une certaine quantité des matières putrides contenues dans ce foyer, pénètre dans le sang, l’infecte et lui communique pour ainsi dire le mouvement fermentescible auquel la partie primitivement malade est elle-même en proie. Suivant cette hypothèse, qui ne répugne pas à la plus saine physiologie, la putridité, au moyen de l’espèce de levain qui circule dans le sang, se généralise en «pielque sorte comme l’irritation inflammatoire se généralise, de son côté, par l’intermède du système vasculaire et du système nerveux ganglionnaire. »

Voilà un mécanisme pathogénique de la fièvre continue, typhoïde, nettement dessiné. L’irritation broussaisienne rend compte du début. Les foyers locaux de putridité, et la généralisation de celle-ci par la masse sanguine expliquent l’apparition successive des symptômes. Nous ne chercherons pas à démontrer l’insuffisance de ces explications. En se plaçant sur le terrain même choisi par l’auteur, il y aurait à demander comment il se fait que des symptômes putrides et adynamiques se manifestent dès le début et bien avant que les détritus organiques et gangréneux, joints à la présence des matières stereorales, aient constitué le prétendu foyer putride. O foyer

serait d’ailleurs aisé à vider, et celte évacuation ne devrait-elle pas prévenir l’infection putride, cause de si redoutables symptômes? En est- il toujours ainsi? Et lorsque les purgatifs agissent favorablement, est-ce parce qu’ils procurent un simple dégagement mécanique? En outre, les symptômes du début et ceux d’une évolution plus avancée sont-ils en rapport avec l’étendue et l’intensité des prétendues lésions inflammatoires de l’intestin et du foyer putride qui suit? Qui l’affirmerait?

Ces difficultés, et bien d'autres, ont soulevé de tels scrupules, que la plupart des médecins n’osent plus soutenir, à l’égard de ces fièvres, une patliogénie aussi précise; ils éditent de préférence une patliogénie vague, où la première image du mécanisme morbigène est confusément entrevue, et do là ils induisent obscurément la succession des symptômes. Ainsi ils adoptent comme action primitive de la cause morbifique une contamination du sang par un miasme ou contage supposé. De cette contamination surgit une espèce de fermentation putride de la masse du sang, de laquelle sort l'enchaînement des symptômes, l’évolution entière de la fièvre continue. Celle fermentation putride du sang est certainement une hypothèse; nul ne l'a démontré; mais, cette hypothèse relève de l’ordre physico-chimique, et elle délivre de la dangereuse extrémité d’en appeler à une force vitale, à la vie comme cause et raison infime de l’évolution morbide.

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