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CXIX

De lu doctrine étiologique. — De lu vraie faune morbifique : et de l'occaftton morbide.

Les conditions de l’étiologie pathologique ne sont pas nouvelles pour nous, nous les avons implicitement exposées dans notre étude des lois essentielles de la vie. Ces conditions sont, en effet, identiques avec celles des rapports qui s’établissent entre le monde vivant et le monde inanimé.

Nous l’avons vu, le monde extérieur offre des aliments à l’activité vitale, fournit à la vie des conditions de fonction ; mais ce monde et les forces qui l’animent demeurent foncièrement étrangers à la vie. Rien de physique ne pénètre dans l’ordre vital ; la vie tire exclusivement d’elle-mème ses déterminations propres. La vie est cependant incessamment solli-

citée par le monde extérieur : cette excitation permanente est le trait d’union qui met en contact ces deux mondes ; sans elle, un abîme les séparerait pour toujours. Mais la perception de l’extérieur physique, aliment continu de l’intérieur vivant, n’empèche pas ce dernier de puiser en lui seul son principe d’action. Les propriétés du monde physique entourent et pressent l’être vivant, elles ne le pénétrent pas directement et comme telles ; elles n’en font jamais partie intégrante et lui demeurent étrangères, même quand on les rencontre dans la matière qui vit ; car alors ce n’est pas en tant que vivante que la matière les possède. Les propriétés physiques se transforment et s’animent, lorsqu’elles semblent gagner les êtres animés ; elles y sont conçues vivantes et non acceptées dans leur nature première. Physiques en deçà de l’organisme, elles n’y entrent qu’en se transfigurant, qu’en devenant phénomènes et actes vitaux; dès lors elles y entrent et y sont, non plus physiques, mais vitales. Elles appartenaient au règne de la juxtaposition , elles passent dans le règne supérieur de l’intussusception, lequel les embrasse et les représente en un ordre nouveau. Le monde physique est eu quelque sorte conçu, engendré, senti par le monde vivant. Le fait vivant s’enfante à l’approche du fait extérieur ; il n’est jamais créé par ce dernier.

La doctrine étiologique est contenue tout entière dans ces considérations ; il suffit de l’en dégager.

§ cxx.

Une première question s’oflre à notre examen : où faut-il chercher la cause réelle des maladies? Sera-ce dans le monde extérieur, dans les milieux d’ordre physique, chimique ou mécanique, où tant de médecins, même de ceux qui se croient libi •es de tout esprit de système, l’ont jusqu’ici placée ?

Qu’est une cause? Au sens de l’organicisme, c’est un fait qui parait en occasionner un autre ; au sens philosophique et

réel, c’est la raison intérieure et génératrice des phénomènes; c’est l’unité engendrant la pluralité, la force réalisant le composé, l'activité animant la substance, l’infini développant le fini. Dans ce sens, et même d’après 1a première conception, peut-on dire qu’une force, qu’un mouvement, qu’un fait extérieur et physique occasionne, c’est-à-dire cause une maladie? Mais une maladie est un fait vital : or, la vie seule détermine et cause tous les faits vitaux. Le fait extérieur peut exciter et non causer un acte organique et vital. D’après ces notions, comment concevoir une prétendue cause de maladie qui émanerait du monde physique? Pour que cette cause fût réelle et en puissance d’effets, il faudrait que la maladie n’appartint pas à l’ordre vivant, qu’elle ne fût pas la vie elle même sous une forme anomale, qu’elle fût un fait d’ordre physique, une lésion, un trouble.

D’ailleurs, conçoit-on une cause dont les effets seraient d’ordre différent et surtout d’ordre supérieur à elle ? L’unité peut-elle enfanter une pluralité d’autre nature qu’elle? La cause et l’effet ne doivent-ils pas être adéquates l'un à l’autre, et l’effet peut-il surpasser la cause? Les systèmes sunsualisles équivalent la maladie à une lésion physique ; pour eux, il est logique et nécessaire qu’une cause physique cause la maladie. Pour nous, la maladie étant un fait vilal, la cause vraie de la maladie doit être vitale elle-même, rien ne pouvant produire mouvements et phénomènes vitaux que la vie elle-même. Par conséquent, un fait qui parait susciter de soi une détermination vitale, doit être d’essence vitale lui-même. La cause réelle des maladies ne saurait donc provenir de l’ordre physique et des milieux ambiants.

Quel rôle joue donc ce dernier ordre dans la constitution étiologique? Le même que celui qui appartient au monde physique, par rapport à la vie. Le monde physique ne cause pas la vie, mais il lui foumit des conditions nécessaires pour le libre exercice de sou activité, pour le développement de ses

facultés spontanées. Il en est de même de la maladie : les influences exlérieures, physiques, ne la causent pas, mais elles lui sont des conditions d’origine, des occasions d’èlre. La cause morbifique réelle est intérieure et vitale ; l’occasion, les conditions de celte cause sont au contraire d’ordre extérieur et physique. La vie ressent et représente toutes les propriétés favorables, toutes les existences de l’anorganisme qui aident à la sienne, et elle les reproduit en impressions et actes vitaux harmoniques ; pareillement, la maladie représente en impressions et actes morbides l’hostilité, ouverte ou cachée, de toutes les forces contraires de la nature, de tous les faits nuisibles des milieux environnants, La cause morbifique est l’impression ressentie par la vie de telle ou telle de ces conditions ennemies, véritables occasions morbides. Ainsi comprise, elle peut être dite la raison intérieure et génératrice des phénomènes morbides.

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